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promenade en gondoles. Au son du canon à Pilnitz et de deux chœurs de musique, Leurs Majestés revinrent à Pilnitz et de là à Dresde. Le 3 vers cinq heures, l’impératrice, la reine de Westphalie et le duc de Wurzbourg se sont rendus dans les jardins des princes Antoine et Maximilien. Le 4, Catherine, « reprenant son incognito », s’en alla vers Cassel par Leipzig 1, où elle s'arrêta pour quelques emplettes. Elle arriva à Napoléonshôhe, le 6, à sept heures du matin, « en très bonne santé; elle envoya le même jour de longues dépêches au Roi ». Le soir les habitants de Cassel illuminèrent. Le lendemain, dimanche, le Conseil d'Etat se réunit sous sa présidence 1°.
En quoi a consisté son rôle à Dresde, il est difficile de le dire. Les choses ne semblent pas avoir toujours marché à souhaït. Rentrés à Cassel, les courtisans de la reine se déclarèrent « enchantés des lecons d’amabilité, que cette Princesse a reçues de $S. M. l’Impératrice des Français et de la reine de Saxe » 11, Or, ou elle n’a pas compris ces leçons, ou elle a voulu les oublier, ou les courtisans se sont mépris n'étant que « des courtisans du second ban ». Elle écrit en effet à son père au sujet de Marie-Louise. « J’ai eu beaucoup de peine de me séparer d'elle, car elle m’a traitée avec la plus grande amitié » 12, Elle écrit à l’impératrice elle-même sur un ton de grande sincérité : « Ma très chère sœur. Je ne pourrais Vous exprimer à quel point j'ai du regret de Vous quitter, dans le moment surtout, où la similitude de nos peines pouvait me faire espérer d’adoucir les Vôtres en les partageant aussi sincèrement. Si, dès le premier instant, j’ai ressenti pour Vous l'amitié d’une sœur, Je puis Vous assurer, qu’elle s’est augmentée d’après celle que Vous avez bien voulu me témoigner à Dresde. Je vous prie de me donner bien souvent de vos nouvelles, de me parler avec détail de l'Empereur. Dans ma solitude j’ai besoin d’être consolée par là et d'apprendre que les personnes que j'aime et révère. jouissent de tous les succès que je leur désire » “$. Elle a également fait savoir au roi
(109) Supplément au Nr. 47 de la Gazeta Warszawska du samedi 13 juin, Dresde 4 juin, p. 831.
(110) Arch. Min. Aff. Etr. T. W. Nr. 344, Cassel 8 juin, Reinhard à Bassano.
(111) Gazeta Warszawska Nr. 49, samedi 20 juin, Cassel 6 juin, p. 861. Arch. Aff. Etr. Nr. 344. Cassel, 8 juin.
(112) Du Casse, Catherine de Wurtemberg p. 68, Au roi de Wurzbourg, Napoléonshôhe 7 juin. 8 ;
(113) Lettres de l’Impératrice Marie-Louise et de la reine Catherine. (Revue des Deux Mondes, 15 mai 1928, p. 403).
de Wurtemberg : « Etant venue ici pour voir PEmpereur et l'Impératrice, je passe aussi la plus grande partie de mon temps avec eux; et Vous apprendrez sans doute avec plaisir, qu'ils m’ont reçue à merveille. L’Empereur est venu me voir le lendemain de mon arrivée et est resté plus de trois quarts d'heure chez moi. J’ai done pu, ce qui s’appelle causer avec lui et ma satisfaction a été extrême de voir qu’il approuve le zèle que j’apporte à me bien acquitter de mes nouveaux devoirs et qu’il daigne le compter comme un moyen de remplacer les lumières, qui peuvent me manquer » 14. Napoléon s’assure que Ja maison royale de Westphalie remplit toujours le rôle pour lequel elle est faite.
En sa qualité de régente, at-elle été amenée par l’Empereur à participer à la place de Jérôme et en son nom, à quelque arrangement diplomatique ? C’est tout à fait improbable. Elle écrit en effet à Jérôme le 26 mai : « M. Siméon sort de chez moi pour me dire, que le Duc de Bassano lui a dit aujourd'hui de me demander un décret pour la sortie des bestiaux du royaume de Westphalie. Je crois bien, que tu ne t'y refuseras pas plus que l'Empereur d'Autriche et le roi de Saxe; mais j’ai répondu à M. Siméon, que je ne pouvais accorder personnellement chose pareille sans avoir ton agrément préalablement. Je crains bien que l'Empereur ne m'en veuille; mais je préfère tous les inconvénients au malheur de te déplaire » 45, Il s’agit de la chose la plus importante pour l’armée, l’alimentation, et d’une mesure peu dangereuse pour un pays d'élevage. Si Catherine ne veut pas décider ellemême dans une affaire, où il est si évident que Jérôme n’hésitera pas, l'Empereur pourrait moins encore l’entrainer dans des pourparlers comportant des engagements précis et graves.
Elle est d'autant moins accessible à de telles suggestions, qu’antérieurement au 26, Napoléon lui a parlé de Jérôme sur un ton de mécontentement, qui l'a fait pleurer : « Ce n’est pas en faisant la cour aux femmes, a dit l'Empereur, et en tournant la tête à trois ou quatre d’entre elles, qu'on gagne l'estime et le dévouement d’une nation » 16. La note Matusze-
ue Mémoires de Jérôme, t. 5, p. 472, Catherine à son père, Dresde ai.
: pe Du Casse, Catherine de Wurtemberg. Correspondance inédite, (116) KremscamMinr, Geschichte des Kônigreiches Westphalen, p. 505.
SHC Lettres de 1812, p. 320. Du Casse, Cath. de Wurtemberg,
wiez et quelques échos des réceptions de Krolikarnia et de Willanow ont produit leur effet. L’empereur a dit à la reine, que Jérôme ne sortait pas de Varsovie, ne voyait rien par luimême, qu’il ne lui donnait pas les satisfactions qu’il avait de Davout et même d’Eugène; qu’il s’amusait trop et obtenait trop peu des autorités du Duché 17, En fait, il ne faut pas exagérer l'effet de ces offensives de papier dirigées de Varsovie ou d’Elbing contre Jérôme, bien moins efficaces que ne l’eut été l’envoi en mission à Dresde de Matuszewicz. Kanikof écrira à Roumiantsof le 25/7 juin, c’est-à-dire après le départ de l'Empereur, de Catherine, de tous les hôtes de la Saxe : « Les candidats qu'on nomme ici pour le trône de Pologne sont les rois de Saxe, de Westphalie, de Naples et le grand duc de Wurtzbourg; mais {a pluralité des conjectures. <st pour le roi de Westphalie » #8. Cette impression finale des fêtes de Dresde ne peut être négligée.
Intéressantes sont les instructions un peu tardives de Jérôme à sa femme pour son séjour à Dresde. D'abord il annonce l'envoi d’une « boîte à portraits pour le marquis Piatti, chef de service » près de Catherine; et de présents de la va- Jeur de « 2.400 frs pour chaque chambellan », « de 1.800 pour chaque gentilhomme, de 6 à 800 pour les pages et l'officier commandant » l’escorte de la reine. Les libéralités aux fonctionnaires de la cour de Saxe ont-elles plu ou non à Frédérie- Auguste naturellement assez ladre ? Les propos de l’entourage de Catherine en font douter.
« Je suis bien heureux, poursuit-il, que l'Empereur et Jl'Impéraitrice t’aient vue avec plaisir : tu sais que tout ce qu’on fait pour toi, m'est plus sensible que ce que j’éprouve moimême. Ecris-moi dans les plus petits détails la manière dont Vous aurez passé votre temps dans cette entrevue qui, j’espère, aura de bons résultats. Si tu trouves une circonstance favo-
(117) Mémoires de Jérôme, t. 5, p. 481-2. Jérôme à Catherine, Pulawy 31 mai, 8 h. du matin : 1°) Je ne conçois rien à ce que t’a dit l’Empereur; je suis continuellement en route et je t’écris de Pulawy, extrême droite de mon armée; je reçois des lettres de l’Empereur, qui sont frès aimables et très confiantes et par contre le prince de Neufchatel m’écrit que l’Empereur a désapprouvé ce qu’a fait le Vice-Roi -t les lettres peu convenables du prince d’'Eckmühl, Tu vois que c’est bien différent de ce qu’il t’a dit. 2°) Je n’ai pas voulu donner une seule soirée; je me couche de bonne heure, je me lève de même et fait toutes mes affaires; mais je ne puis donner des ordres aux ministres du grand duché, parce que le roi de Saxe, avec raison, le trouverait mauwais ».
(118) Glavny Archiv, Nr. 6052.
rable pour parler à l'Empereur du mauvais état de nos finances (puisque nous avons près de 2 millions de déficit par mois), tu peux le faire; mais il ne faut pas oublier que dans ce moment où il a toutes les affaires de l'Europe dans la tête, il ne faut pas l’importuner par le tableau de ce déplorable état, auquel il ne peut rien dans ce moment et dont il nous dédommagera amplement à la fin de cette campagne. Tu ne dois pas également lui donner l’état de situation des troupes à moins qu’il ne te le demande #? ». Il y à un contraste visible entre l'attitude du couple royal, préoccupé, non de la Pologne, mais des finances de la Westphalie, et celle de Napoléon qui veut que Jérôme gagne le dévouement de la nation polonaise.
Catherine a questionné Jérôme sur la durée de son séjour à Dresde et sur son retour immédiat ou non à Cassel. Jérôme répond : « Il n’y a pas de doute que tu doives rester à Dresde, tant que l’Impératrice y sera; mais, à moins que l'Empereur ne désire positivement que tu l’accompagnes à Prague, tu ne dois pas songer à ce voyage 1° parce que tu pourrais te trouver dans une fausse situation en Bohême auprès des deux Impératrices et que telle chose qui est bien, quand l’Empereur est là et que nous sommes en France, serait déplacée, quand Il n’est plus présent et que tu es en pays étranger. Tu es naturellement princesse française et traitée comme telle, quand tu es en France; tu ne peux être que souveraine et traitée comme telle, quand tu es dehors. 2° Parce que ce voyage coûterait fort cher et que tu sais que nous devons viser à beaucoup d'économie, pour payer les dettes qui nous restent et subvenir aux dépenses que je suis obligé de faire dans ce pays où il faut tout payer comme à Cassel et où tout est fort cher : un bouteille de mauvais vin coûte 10 frs ». Rien ici qui indique l'intention de rester en Pologne; par contre Jé- Res et Catherine doivent améliorer leur situation en Westphalie.
Chose curieuse, il est question d’un voyage à Varsovie : « Tu peux compter sur tout ce que l'Empereur t'a dit, et dès qu’il à promis à l'Impératrice de la faire venir à Varsovie, il lui tiendra parole. Tu ne dois pas douter combien je serai heureux de te revoir et tu peux regarder cette lettre comme une permission de partir de Cassel en même temps que l’Im-
(119) Mémoires de Jérôme, t. 5, p. 469-71, Jérôme à Catherine 21 mai.
pératrice partira de Paris » 12, La nouvelle de ce projet de voyage de Marie-Louise et de Catherine à Varsovie mérite d'être mis en relief, puisqu'il émane de l'Empereur. Jérôme en est avisé après qu’il a promis à Willanow de faire venir la reine. Envoyer là Jérôme, c’était l’amener à y entraîner Catherine : et si Napoléon a « pensé » à Jérôme, il doit penser à faire venir la reine à Varsovie. Cette idée du voyage des deux belles-sœurs en Pologne, peut faire penser de plus en plus Napoléon à Jérôme pour ce pays : mais cela reste fort vague.
L'Empereur à Dresde songe plutôt à compléter ses moyens d'assurer le succès de la campagne qu'à épiloguer sur les résultats de ce succès encore insaisissable. On peut croire la reine écrivant à son père : « Je ne puis rien Vous dire d'ici, malgré la réunion de tant de souverains : ils ont gardé pour eux les résultats de leurs délibérations ». Elle répète une semaine plus tard : « Je ne puis vous donner de nouvelles, malgré le voyage que je viens de faire, d'abord parce qu’il n’y a encore rien de sûr et que tout se passe en on dit et ensuite parce que dans le siècle où nous sommes, il est dangereux de s’occuper même de ceux-là; je suis bien impatiente de sortir de ce moment d'incertitude 121.
Kanikof a écrit à Roumianisof : « Malgré cet étalage de grandeur et de domination, qui entourait ici l'Empereur des Français, il semblé que sa présence a produit une impression peu agréable sur le public de cette ville. L'idée de la guerre, qui l’a conduit ici, répand un mécontentement général; elle est déjà onéreuse pour ce pays, par les impositions qu’elle exige avant d’avoir commencé et elle présente encore des maux plus grands, si elle se fait. On dit même qu'une grande partie de ses généraux est contre cette guerre et qu’ils y vont avec beaucoup de répugnance. Plusieurs personnes prétendent, et le Prince Esterhazy est du nombre, que ce souverain sent luimême combien l’entreprise dans laquelle il est embarqué, est grave et hasardeuse et qu’il ne serait pas fâché de s’en retirer, s’il pouvait le faire convenablement. Il doit l'avoir témoigné lui-même au Due de Weimar dans une conversation qu’il a eue avec ce prince » 1P$, Catherine a éprouvé quel-
(120) Mémoires de Jérôme, t. 5, même lettre, p. 470-471.
(121) Du Casse, Catherine de Wurtemberg. Correspondance inédite, Dresde 31 mai, p. 67 et 7 juin, p. 68.
(121 bis) Glavny Archiv., Nr. 6052, 25/7 juin.
que chose de pareil : « Le départ de l'Empereur, écrit-elle le 31 mai, ses adieux, nous ont fait bien de la peine; en mon partculier, j'en ai pleuré; enfin, il est à craindre, que tout espoir d’accommodement ne soit évanoui et qu’il n’y ait plus aujourd’hui qu'à attendre les événements. Et elle s'inquiète au sujet de son frère; elle demande à son père de lui conserver ses « boniés paternelles, qui sont plus que jamais nécessaires à son esprit agité » 121tr, « J’ai à peine pris le temps de me reposer, écrit-elle le 7 juin; les ministres s'étant présentés et comme les affaires marchent avant tout, il faut leur sacrifier jusqu’à son repos. Je tâche de m'occuper d’affaires le plus possible, pour me distraire des violents chagrins du moment actuel. Non seulement je me trouve seule, isolée, mais dans des circonstances critiques et dans un moment où je ne puis prévoir linstant de ma réunion avee le roi » 122.
Il n’y à pas un éclair de joie en tout ceci, aucun sursaut de cette allégresse qui fait vibrer les jeunes gens qu'un but nouveau est venu animer et passionner. Qu'a-t-elle appris à Dresde, qui puisse ainsi l’oppresser ? Ce que l'Empereur a reproché à Jérôme, l'existence de la note Matuszewiez ? Elle sent, en femme, on ne sait quelle absence de bon vouloir autour de Jérôme.
Précisément, ils ne semblent jamais avoir été plus unis. En dehors de ses quelques réceptions, Jérôme paraît avoir éprouvé le même sentiment d'isolement que Catherine ». A Okuniev, dit le page Von Lehsten, il y avait un grand camp. Le roi y allait très souvent en voiture : en somme Jérôme devait s’ennuyer à Varsovie » 12 bis, « I] m’écrit presque journellement, écrit Catherine le 31 mai; mais lui-même est en course et sera maintenant plus que jamais tantôt ici, tantôt là ». « Le seul adoucissement que j’éprouve à ces peines réunies, reprend-elle le 7 juin, c’est l'exactitude avec laquelle il me donne de ses nouvelles. J’en reçois tous les jours des courriers ordinaires, indépendamment des courriers extraordinaires, des lettres de 4, 5 et 6 pages » 13. De son côté, elle lui a écrit le 15, jour de son départ de Cassel, le 18 dès le len- “demain de son arrivée à Dresde, le 23, le 28, deux lettres le
(21ter) Du Casse, Catherine de W
(122) Tdeme a à e de Wurtemberg, p. 67.
is) BOLTENSTERN, Erinnerungen eines Pagen, p. 73-74. (123) Du Casse, Cath. de Wurt. Cond . 67-68.
26; le 27, et deux autres lettres encore avant de quitter la Daxe tt,
Pourquoi Napoléon a-t-il fait venir Catherine à Dresde ? Pour affirmer, semble-t-il, aux yeux de l'Empereur d'Autriche, des rois de Prusse et de Saxe, qu'il y avait toujours un royaume de Vesiphalie, qu’il était un état allemand allié et attaché à l’empire français, qu’il tenait, lui, l'Empereur, cet état en grande considération.
Napoléon avait besoin d'éviter que cette réunion comprit trop de gens, qui lui fussent peu attachés. Ce n’était pas trop de Frédéric-Auguste et de Catherine, pour contrebalancer l'influence que pouvait avoir l'entourage de François 1* ou de Frédéric-Guillaume sur les princes allemands. À remarquer, que Napoléon prit soin de réduire au strict minimum le séjour du roi de Prusse à Dresde : encore ce séjour a-t-il assez duré pour que la comtesse de Lœwenheim, la favorite de Jérôme ait été cause d’un incident entre Catherine et Frédéric- Guillaume #5. Il était du reste plus commode d’avoir à Dresde Catherine princesse allemande, que Jérôme, qui eut été le seul prince français, c'est-à-dire trop en vedette. Sans doute, enfin, l'Empereur « pensant » à Jérôme et Catherine pour la Pologne, voulait-il se rendre compte une fois de plus de ce que pouvait Catherine. Et sans doute l'épreuve a été satisfaisante, puisque Catherine a été « contente de l'Empereur », ce qui signifie que Napoléon lui a témoigné sa satisfaction, puisqu’enfin le voyage de l’Impératrice et de Catherine à Varsovie reste décidé 126.
Pendant que sur la scène de Dresde se joue cette pièce à grand spectacle, à Varsovie on broie du noir au sujet de Jérôme. Le 17 mai pendant que Jérôme passe sa garde en revue à Willanow et que Catherine approche de Dresde, Niemcewicz écrit : « L’esprit si mauvais dans les troupes autrichiennes, est, si possible, encore pire dans les troupes westphaliennes, composées de divers peuples, Hessois, Hanovriens,
(124) Mémoires de Jérôme, t. 5, p. 465, p. 469, 473, 481, 474, 475, 484. La lettre de Catherine à Jérôme des Mémoires p. 474, n’est pas celle de Du Casse. Corresp. p. 66-7.
(125) Mémoires de Jérôme, t. 5, p. 484, Jérôme à Catherine, Pulawy, 81 mai soir. ; : E Ps
(126) Idem, t. 5, p. 486. Jérôme à Catherine. Varsovie, 3 juin. Du, reste, bonne amie, dès le moment que l’Impératrice viendra, tu peux te mettre en route : personne au monde n’éprouvera plus de bonheur en voyant un être que l’on chérit, que je n’en goûterai en t’embrassant.
Prussiens. Ils marchent sous les ordres de gens, qui leur ont fait tort, pour se battre dans une guerre, qui ne les intéresse pas. Tous les vœux vont à leurs ennemis : je tremble qu'ils ne lâchent pied devant les cosaques. Le cœur des citoyens bat en pensant à l’importance des approvisionnements de réserve; d'eux dépend notre existence ou notre perte » 7. se
Le 18, le roi, ayant exprimé le désir de passer la nuit à Lazienki au lieu de rentrer en ville, De la Ville-sur-Illon envoya un mot au président de la Municipalité, Wegrzecki, pour lui demander 20 lits avec la literie nécessaire l$. Jérôme se croyait évidemment à Paris ou à Cassel : il oubliait qu’il était à Varsovie, un lundi de Pentecôte, c’est-à-dire un jour où l’on ne trouve rien ni personne, dans un pays où, fort longtemps, lits et literie ont été moins que modestes; où il couchait, sans doute sans le savoir, sur le matelas de Mme Nakwaska; dans un pays, dont Mme de Staël dira quelques semaines après : « Partout des débris de magnificence à côté de la plus grande misère. Ce contraste se retrouve souvent en Pologne; il n’y a pas de lits dans les maisons mêmes où règne l’élégance la plus recherchée » 1%. Wegrzecki envoya ce qu'il put, c’est-à-dire quelque chose d'assez misérable. Jérôme lava la tête à son préfet du palais : celui-ci furieux et croyant à du mauvais vouloir, se précipita le 19 au matin à l'Hôtel de ville où était réunie la municipalité, empoigna Wegrzecki par la poitrine et se mit à aboyer après lui. Le malheureux se défendit sur ce qu’il avait déjà été fourni 40 lits pour le Palais Brühi et que la ville, étant pauvre, ne pouvait faire davantage. D’après Ostrowski, cette scène n’aurait été qu'un incident d’une longue lutte entre le Roi, qui s’efforçait de recevoir le plus possible et la municipalité, qui voulait fournir le moins qu’elle pouvait. La Ville-sur-Illon aurait dit : « Ne savez- Vous pas, Monsieur, que le roi, au cas où Vous lui opposeriez une plus longue résistance, est à la tête de 100.000 hommes et que sur un signe, il saurait réfréner le mauvais vouloir de la municipalité et de son président ». À quoi Wegrzecki aurait répondu avec flegme : « Je connais très exactement le chiffre des troupes que commande actuellement S. M.; mais Je pense qu’il serait bien aussi, que Vous avertissiez le roi, que moi président de la ville, j'ai également, prêts à répondre
(127) Niemcewiez, t. 1°, p. 320.
(128) Idem, t. 1°, p. 321.
(129) Mme Sragz, Dix années d’exil : Départ de Vienne, p. 131.
à mon appel 100.000 habitants pour repousser par la force toute injustice ». Ceci avait calmé l’intendant de Jérôme. D'après Niemcewiez, Wegrzecki aurait provoqué la Ville-sur- Illon en duel, et remis à Luszezewski un rapport, que celuiei n'aurait pas osé transmettre à Jérôme. De ceci d’ailleurs nulle trace dans les procès-verbaux des séances du Conseil des ministres. Niemcewiez conclut : Wegrzecki aurait dû non provoquer, mais arrêter la Ville-sur-Illon pour insulte faite à des magistrats réunis et dans l'exercice de leurs fonctions » 130.
Le registre des procès-verbaux des séances du Conseil mu- -nicipal n’existant ni à l'Hôtel de ville, ni aux Archives principales des actes anciens où sont les papiers de la Municipalité, il est difficile de juger de l'authenticité de ce récit. Quelques jours auparavant, De la Ville-sur-Illon, faisant des reproches au « Président de la Police » de Varsovie, Zabtocki, paraît du moins très courtois. Agissant comme « commandant du Q. G. de S. M. le Roi », il écrit à Zabtocki : « J’ai l’honneur de Vous inviter d’avoir la bonté de donner Vos ordres que les haubergistes et les hôtels garnis soient plus exacts à Vous rendre compte des étrangers, qui logent chez eux, car il en viennent touts les jours et même à la Cour, qui ne se trouve point sur Votre liste, que Vous m'envoyez le matin. Il paraît que les portiers ainsi que les hommes employés aux barrières ne rendent point compte de toutes les personnes qui viennent en ville ou en sortent. Dans la liste que Vous m’envoyez le matin, je ne vois jamais le nom d’aucune femme. Je désire avoir la liste non seulement de tous les hommes, mais aussi de toutes les femmes étrangères, qui viennent en ville et qui n'y demeurent point ordinairement. Agréez, je Vous prie, ete. » 11, La réponse de Zablocki, faite le lendemain, après envoi d'ordres dans les auberges et aux barrières, est d’un fonctionnaire consciencieux, poli, empressé à faire ce qw’on lui demande 2.
Par contre, dans le dossier des plaintes adressées au Préfet contre le président de la Municipalité, se trouve à la date du 1% juin une lettre de ce préfet au Ministre de l'Intérieur débutant ainsi : « Deux semaines ne se sont pas encore écou-
(130) Niemcewicz, t. 1°, p. 321. OsTrowsxi, t. 2, p. 186.
(131) Archiwum Gtéwne Akt dawnych, R. 1812, Nr. 246 Meldowania roinych Os6b, Nr. 126 Varsovie le 14 mai 1812.
(132) Idem, même pièce : au verso et sur l’autre feuille les minutes des ordres et de la réponse en français.
lées, depuis que j’ai eu à porter plainte contre l’activité insu bordonnée et contrariante dans l’exercice de ses fonctions de M. Wegrzecki, président de la Municipalité, au sujet d’un rescrit, et déjà aujourd’hui il offre matière à une nouvelle plainte » 1%, Nakwaski ne paraît donc pas tres satisfait du chef de la Municipalité varsovienne, et nous pourrions en l’absence de tous autres documents douter du récit souvent tendancieux de Niemcewicz et d'Ostrowski, qui ici paraît un peu trop scénique pour être vrai. Quoi qu'il en soit, Jérôme ne semble avoir pu pousser à un incident aussi regrettable.
Cependant le roi s’occupe avec un zèle méritoire de faire construire à Stezica le pont que Reynier veut construire en amont du confluent du Wieprz et de la Vistule. Il est prêt à lui donner l’ordre de démolir ce qui a été fait; puis il lui fait expliquer le but à atteindre : « avoir le moyen de faire passer la Vistule à tout le 7° corps, de manière à appuyer sa droite au Wieprz, et sa gauche au & corps ». Il admet qu’étant donné l’ignorance où était Reynier de ceci, son raisonnement pouvait se défendre. Il accepte même qu’on poursuive les travaux en amont du Wieprz, puisque Reynier assure qu’en cas de nécessité il ne lui faudrait que vingt-quatre heures pour le transporter à Stezica. Il donne des ordres pour faire cesser tout. frottement entre Reynier et Allix 1%# Tout commence donc à. marcher à souhaït de ce côté. ,
Or, à peine at-il pris ces mesures, qu'il reçoit par Berthier ces ordres contraires de Napoléon : Ecrivez au roi de Westphalie à Varsovie qu’il a eu tort de jeter des ponts sur la Vistule; que c’est une opération militaire, que de jeter des ponts sur un fleuve aussi considérable que la Vistule; que je aurais prescrite, si je l’avais jugé convenable; que, si ce n’est pas encore fait, il ne faut pas le faire; que des bacs et quelques bateaux de réserve sont suffisants; que des ponts occuperaient un grand nombre de bateaux nécessaires à la navigation et aux approvisionnements de l’armée; s'ils sont jetés, qu’il les laisse » 1%. En somme ce pont, dont Napoléon ne voulait nullement et que Jérôme voulait plus au nord, se cons-
(133) Arch Glôéwne Akt dawnych, R. 1812. Nr. 1 Akta zaÿaleñ na FÉES AARnICpe Re Miasta Stotecznego Warszawy od czerwca , pièce 6.
(134) Arch. Min. Guerre, Willanow 17 mai. Marchand à Reynier, Var- Sovie 19 mai, Marchand à Reynier. ; (135) Correspondance de Napoléon, t. 23, p. 475 Nr. 18700. A. Berthier, Dresde 17 mai.
truit et le plus au sud possible : c’est Reynier qui a eu le des-sus. Le roi et l'Empereur s’en accommodent, parce que cela constitue après tout l’amorce d’une opération feinte dans lesud du Duché. Pourtant le succès remporté par l’entêtement de Reynier, l’incitera, comme le craignait Jérôme, à d’autres interprétations des ordres donnés, qui seront de graves accrocs dans la trame du plan général, et ceci se produira au moment le plus inopportun.
Quant au 8° corps, l'Empereur ayant défendu « de ne plus. rien toucher aux magasins de Varsovie », son chef; Vandamme est forcé de lui créer des magasins à Gôra Kalwaria. à. l’aide de ce qu’il pourra « tirer des départements de Lublin et de Cracovie, par le fleuve et les routes voiturables. Le roi a ordonné à M. Dupleix, ordonnateur en chef de ses troupes d'aller en personne faire les réquisitions nécessaires pour la consommation journalière et l’approvisionnement de 20 jours de réserve ». Et Vandamme correspond avec Reynier dans un esprit tout amical pour assurer la protection des convois 156.
L'Empereur, ayant envoyé le capitaine d’Hautpoult à Zamosé pour avoir un rapport circonstancié sur cette forteresse, point d'appui au sud de l’aile droite, demande aussi à Jérôme de le renseigner sur le nombre des fours de cette place, sur le pont et les fortifications de Praga, sur l’état du pont de Modlin. Le 17, Napoléon attendait encore les « observa-. tions » de Jérôme sur Modlin; il ne les réclame plus le 25. Ce même 17, l'Empereur demande à son frère de voir « aussi en quel état sont les ouvrages, qui avaient été commencés à Serock » 17, Jérôme paraît d’ailleurs s'être déjà préoccupé de cette question à en juger par la note suivante non datée du Prince Joseph au Roi : « Il avait été convenu avec le Maréchal Prince d'Eckmühl que, dans le cas d’une invasion des Russes sur le territoire du Duché, la plus grande partie du 5° corps se porterait à Sierock. Dans cette position l’on couvre Varsovie et l’on est en mesure de se porter contre le corps ennemi soit qu’il vint de Brzesé ou de Bialystok. Pour faciliter cette opération, on a jugé nécessaire de réunir des matériaux pour jetter des ponts sur la Narew et de relever des ouvrages existant autrefois à Sierock et près de Wierzhica, qui seraient des
.(36) Arch. Min. Guerre, Au Q. G. à Obory 19 mai, Vandamme à Reynier.
(137) Archiwum Gtôwne Akt dawnych, Nr. 2019. Correspondance de trois princes français, fol. 42. Note remise à S. M. le Roi de Westphalie.
têtes de pont et permettraient de déboucher plus aisément. Dans cette vue, on étendrait ces ouvrages autant que possible, en faisant en avant de petits réduits et des abattis : cette dernière mesure aurait lieu en même temps que le mouvement de l’armée. On s’occupe en ce moment à relever l'ouvrage de Wierzhica et à jetter un pont sur la Narew. Cette disposition était d'autant plus nécessaire qu'un régiment de cavalerie se porte actuellement entre la Narew et le Bug » “.
Napoléon mande à Berthier : « Ecrivez au roi. qu’il se rende à Pultusk de sa personne pour y voir le pays; j'avais fait établir une manutention à Pultusk, je désire qu’il fasse connaitre si elle existe encore et combien il y a de fours; s'il y à des ponts à Ostrolenka et à Pultusk et dans quel état se trouvent les ouvrages de campagne que j’ai laissés à ces têtes de ponts » 159.
Pendant ce temps, la division Kleist passant de l'aile droite à l'aile gauche a quitté la zone de commandement de Jérôme et vient contrarier les mouvements du corps du vice-roi Eugène (4° corps) 142.
Le 20 mai, lendemain de leur conflit, Wegrzecki et La Ville sur Illon doivent à nouveau s'affronter. Latour-Maubourg arrivé à Vorsovie, exige que la Municipalité nourrisse et loge les 30 personnes qui l’accompagnent 1#1, Ce petit homme maigre, grisonnant, poli, aimable, a un parler bref qui ne semble admetire aucune objection #2. La Ville sur [llon voit done Wegrzecki et retient 13 chambres. Niemcewicz continue .ses jérémiades : « Les outrages privés deviennent de plus en plus des dommages publics. L'affluence de troupes si nombreuses, leur stationnement quatre semaines à la même place a vidé tous les magasins; des réquisitions plusieurs fois répétées ont vidé les granges privées; des milliers d'ordres se croisent, se contrecarrent et quand ils sont devenus inexécutables, ils causent un pillage général. Chaque corps fourrage pour soi, défonce les greniers et ce qu’il navale pas, il le prend sur ses charrettes et file à quelques milles de là. Partout, la population a quitté
(138) Archiwum Gtéwne Akt Dawnych, N° 2019. Correspondance des trois princes français, fol. 42, Note remise à Sa Majesté le Roi de Westphalie.
(139) Corresp. de Napoléon, t. 23, p. 475, A. Berthier, Dresde 17 mai.
(140) Arch, Min. Guerre, Plock 18 mai 1812, Eugène à Berthier.
un PR Pamietniki, t. 1, p. 321.
Archives de lUniversité de Varsovie, Lagowski :Pamietnik wypadkôw r. 1812. À la date du 20 mai. É :
ses hameaux et s’est cachée dans les bois; le chaume des toits a été enlevé. On ne voit que la terre nue et le ciel. Dieu veuille qu’à un prix si élevé nous arrivions enfin à acheter une patrie et que les souffrances des générations actuelles puissent assurer le bonheur de celles qui suivront » 14, Bignon qui ne souffre pas de ceci comme les Polonais, écrira trois jours après : « Le mal de ce pays va toujours croissant. L'esprit d’exagération qui se mêle à tout grossit encore les désordres que commettent nécessairement des troupes dont les subsistances n’ont point été assurées. Le mal est très grand, il faut en convenir; mais, plus d’une fois cependant, j’ai reconnu pour faux des faits qu’on m'avait présentés comme très positifs » 4, C’est Bignon évidemment qu'il faut croire, plutôt que Niemcewiez intoxiqué par les geignards entendus de tous cotés. Pourtant, cet esprit d’exagération, naturel ou entretenu, est à lui seul un fait aussi redoutable que les désordres qui l’ont fait naître. C’est une digue difficile à rompre. Toute cette ambiance réagit contre Jérôme.
Ce même matin du 20, autre histoire pénible. Jérôme, Ia veille, avait ordonné aux cuirassiers saxons, westphaliens et polonais de se rendre à Wola pour être passés en revue. Puis vers 11 heures du soir, il avait ordonné qu’on ne leur fit pas dépasser Willanow. Or, ils étaient déjà presque arrivés quand l'ordre leur parvint : De Lorge et d’autres généraux se firent serupule de les faire retourner. D'autre part Jérôme, non averti, est à Willanow à 8 heures du matin, n’y trouve personne et rentre à Lazienki de mauvaise humeur, tandis que les troupes fatiguées l’attendent en vain à Wola #5.
Il vient de recevoir une nouvelle lettre de Davout et y répond : « Mon Cousin, l'Empereur m’a annoncé son arrivée à Dresde le 16 et le Prince de Neuchatel me fait connaître que S. M. s’y considère dès ce moment comme à son Q. G. : je suppose que Vous en êtes également instruit. Je viens de recevoir Votre lettre d'Elbing en date du 15. Je m'aperçois que
(143) Nremcewicz, Pamietniki, t. 1, p. 321-322.
(144) HANDELSMANN, Instructions et dépêches, t. 2, p. 89, 23 mai. Les lettres d’I. P. Odental à Bulgakov publiées par Dolgov (Rousskaïa Starina, avril 1912) montrent comme tout aussi triste la situation en Lithuanie. « À Vilna, en avril, on donne 18 roubies en argent pour 100 roubles en assignats. En mai, la vie est si chère que, quand l’Empereur a vu le compte des dépenses après la semaine sainte, il a voulu partir, pendant que sa présence était cause de tout ».
(145) Nremcewicz, Pamietniki, t. I, p. 321. =
vous avez mal interprété le sens de la mienne en supposant que j'aie voulu Vous faire entendre que Vous deviez agir d'après mes instructions et que vous étiez sous mes ordres. Je vous ai dit seulement que, par les instructions que J avais personnellement reçues, j'étais chargé du commandement de l'aile droite et du soin de couvrir Varsovie en cas d'attaque des Russes. D’après cela, puisque vous m'informiez que vous aviez également ordre de couvrir Varsovie, je pensais qu il fallait, si les opérations militaires nécessitaient cette action simultanée des deux corps d'armée et que l'un de nous dût avoir le commandement, il me paraissait qu’alors, il était dans les convenances qu’il m'appartint. Du reste, mon Cousin, vous vous souviendrez que ce n’est pas moi qui ai donné Jieu à cette question tout à fait oiseuse. J’ai purement désiré Vous faire connaître que, de même que je n’avais pas la prétention d'adresser des ordres aux généraux qui servent sous vous, il était naturel que vous n’en donnassiez pas à ceux qui servent sous moi et qu’il était plus régulier et plus expéditif que nous communiquassions franchement et directement comme chargés de concourir au même but. Je n’ai apporté dans cette diseussion ni humeur, ni amour-propre; j'ai cru qu’il était utile de s'expliquer pour bien s'entendre. Toute mésintelligence pourrait devenir funeste. J’ai dans le temps adressé au Major général copie de vos lettres et de ma réponse, non pour me plaindre, mais pour l’inviter à tracer positivement la ligne que chacun de nous devait suivre; vous avez de votre côté jugé convenable d'en entretenir l’Empereur directement. J'en suis fâché parce que je pense que, vu sa prochaine arrivée, cette ‘explication entre nous n’avait aucune espèce d’importance, puisque le commandement appartient à lui seul, lorsqu'il est présent. Le Prince Vice-Roi m'ayant fait connaître qu’il avait reçu l’ordre d'occuper la droite de la Narew, j'ai retiré les
troupes que j'avais sur cette rive. Cette lettre n'étant à d'autre fin, etc. » 146,
Et le conflit ne s'arrête pas là. La lettre de Davout a été apportée par son aide de camp, Dentzel, chargé de plus par le maréchal sur l’ordre, dit-il, de l'Empereur, dè réquisitionner le blé existant sur le Bug, et de le faire emmagasiner à Modlin. Luszezewski répond à Dentzel avoir déjà opéré sur
(146) Voïenno outchony Archiv, ot. 2 n°
F 3405. Î lett érôme au Maréchal Davout, ee
Varsovie 20 mai 1812.
re
les ordres de Napoléon cette réquisition pour Modlin, les troupes et la capitale, Mais Dentzel ne se tient pas pour battu et va voir Bignon qui demande par note à Lusczewski d'aider l’action de la commission, nommée par Davout et présidée par Dentzel : un M. Bagien qui va venir, répartira comme il convient, sur les indications de l’intendant général, ce blé qui sera payé par la Prusse ou la France. Luszezewski objecte que si les autorités françaises agissent ainsi, le gouvernement ducal ne pourra suffire aux énormes distributions courantes. À quoi Dentzel répond qu’en cas de besoin, on pourra prendre ce qui manquera, dans les magasins de réserve, comme il lui semble que cela s’est fait à Thorn : «les réquisitions opérées par la commission portent jusqu'alors sur 56.000 korey dont il veut bien ne retenir que 21.000, les autres restant à la disposition du Gouvernement du Duché et Dentzel renonçant — comme compensation aux 21.0000 qu’il prend — à du seigle « qu’on . lui a dit exister sur le haut du Bug ». Les compensations de - Dentzel sont aussi vagues que ses exigences sont précises. L'affaire, portée le même jour au Conseil des ministres, les trouve très récalcitrants : ils estiment que 35.000 korcy ne les mèneront pas jusqu’à la récolte et que ce seigle du haut Bug que ne peut atteindre Davout, mais que leur enlèveront facilement Reynier et Schwarzenberg, est un objet d'échange illusoire. Le Prince Joseph observe qu’il s’agit actuellement d'alimenter les troupes, non de leur créer des réserves, mais que si l’on met les approvisionnements dans les magasins pour les en retirer, dès que besoin est, comme il s’agit toujours de satisfaire aux besoins des mêmes troupes, il n'y a rien de changé; enfin, qu’il doit être seulement bien entendu avec l'intendant général que la réquisition à été faite 147, En somme, Dentzel, alias Davout, à eu gain de cause. Ses réquisitions se substituent à celles des ministres du Duché au nord-est de Varsovie, c’est-à-dire dans la région où l’aile droite se trouve déjà en grande partie, où elle sera bientôt en totalité, où elle va évoluer pour prendre ses dispositions de combat, où Davout ne viendra nullement. Avec Davout c’est toujours ainsi il n’y a rien à faire, le Prince Joseph le sait, il a cédé et, cédant, il réduit la lettre de Jérôme à Davout à n’être qu’une
(147) Protokôt Rady Ministrôw, 367° séance 20 mai, folios 216, 217.
protestation toute platonique. Jérôme, sans pouvoir vis-à-vis du Gouvernement du Duché, ne serait pas dans son rôle en soutenant ce gouvernement contre un maréchal de France : que peut-il done ? Rien, si ce n’est écrire tous les jours à sa femme des lettres de quatre, cinq ou six pages. Le 20 au soir, il quitie Lazienki pour revenir au Palais Brühl #. L'Empereur étant à Dresde à son Quartier Général les ordres vont se multiplier : il importe done que Jérôme soit lui-même près de son Quartier Général.
Le 21 mai, dit Niemcewiez « nos trois derniers régiments d'infanterie ont quitté Varsovie ». Le capitaine Bialkowski, relatant ce fait, est vibrant : revue sur la place de Saxe devant tout l'état-major et le Sénat, consécration des aigles, allocution militaire, remise des étendards surmontés de Paigle polonais sans couronne ni globe, posé sur un petit piédestal, portant d’un côté les mots Wojsko Polskie, de l’autre le numéro du régiment; enfin défilé et marche par Praga vers Modlin 14, Quant à Niemcewiez, il lui semble qu’on soit arrivé à la fin du monde et l’on dirait qu'il a refait son journal après la retraite de Russie : « C'était un triste spectacle. Combien d’entre eux ne reviendront pas : les pleurs des parents, qui les reconduisaient, le faisaient pressentir. Ce départ n’indiquait du reste aucun mouvement militaire : ils sont partis pour changer d'air, pour éviter des maladies contagieuses qui sévissent affreusement. Le 12° régiment de Weyssenhof a 800 hommes malades du scorbut ». Il est étrange que Bialkowski n’en dise rien. « Des Allemands ont occupé le corps de garde : le Polonais est sous la garde des Allemands » 5°, Ainsi done plus de Polonais à Varsovie et cela ne signifie pas que la guerre doive commencer de suite, mais seulement que la ville sera de plus en plus rançonnée par les troupes étrangères. Niemcewiez et bien d’autres oubliaient que, s’il y avait beaucoup de Prussiens dans les troupes westphaliennes, on n'avait cependant pas en face de soi des troupes du roi de Prusse venues pour un nouveau partage de la Pologne, mais des corps de l’armée impériale venue au contraire pour affranchir de nouvelles régions de la Pologne. En fait, il y avait dans
(148) NIEMCEWICZ, Pamiçtniki, t. 1°, p. 321.
(149) BraLKkOwSKkI (Antoni), Pamietniki starego Zoinierza, p. 208, 209. (50) Niemcewicz, Pamietniki, t. 1 HD 3225;
l'administration polonaise trop de Lubienski intéressés à créer ou à entretenir une confusion de ce genre dans les esprits 297 Il est à noter que si les faits qui ont leur écho direct à . Varsovie et qui se trouvent surtout intéresser les troupes de Jérôme, ont plus de retentissement, des faits de nature iden- . tique ont lieu dans le rayon qu'est en train d’oceuper le Vice- Roi Eugène. A cette date du 21 le général Charpentier, chef d'Etat-major d’'Eugène, écrit de Plock à Grouchy qui vient avec son corps de Kalisch : « Il faut régulièrement vous défier des rapports des autorités, qui cherchent à vous détourner de passer sur leur territoire, en vous indiquant d’autres routes, où elles prétendent que vous trouverez des ressources : nous avons été constamment trompés par de pareilles assertions. Envoyez à l’avance des commissaires des guerres et un - officier sur les points que vous devez occuper, pour y réunir quelques ressources : le pays est dans une grande misère » 152. Cependant ni les Westphaliens, ni les Saxons n’ont passé là. D'autre part, il semble qu’il y ait encore dans l’attribution des fonctions importantes dépendant du Major Général quelque chose de provisoire et d’instable, qui n’est pas propre à favoriser le bon fonctionnement des services. Berthier a envoyé le colonel Bouvier à Varsovie pour commander le génie du 5° corps : en vue de l’adioindre au Général Chasseloup, il le redemande à Jérôme, qui le lui renvoie le 21 mai 1%, Bignon lui-même agissant sur les ordres de son Gouverne-
(151) Noms relevés dans le personnel administratif de la ville de Varsovie sur 12 conseillers municipaux, 4, Peter, Lange, Villamorius, Kortum n’ont pas des noms polonais; sur 6 secrétaires, 4, Rother, Brau- ner, Ritter, Grem; les deux kancellistes s'appellent Blünke, Weigert; | l’un des 2 copistes, Gnabs; le régistrateur, Grübsmacher, le buchhalter | : Petzhold, le kontroller Hoffmann, sur sept intendants de police, 3 s’ap-
pellent Kaulbars, Neubach, Delmert, sur sept secrétaires, 4, Beginn,
Johlke, Putz, Braun, sur sept policmaysters, 3 Bayer, Stephani, Kemert;
sur sept marktmeysters, 3, Freyhold, Langefeld, Dekt. L’inspecteur des
travaux publics a nom Schütz; les membres du service sanitaire, Wolff, Seeliger, Roemer, Küntze; l’inspecteur de l'assistance publique, Herman. (Archiwum Gtôwne Akt Dawnych, Akta, tyczace sie Organizacyi
Magistratu M. Warszawy w roku 1807 N° 64). En 1810 on trouve Neubach en conflit avec le Président de la ville Wegrzecki (Akta zazalen na Prezydenta Municypalno$sci M. St. Warszawy od czerwca 1810 :
même archive N° 1 r. 1812). Il est donc resté des Allemands et en bonne place.
(152) Arch. Min. Guerre, Le Comte Charpentier à M. le colonel Comte
Grouchy, Plock le 21 mai 1812, N° 11.660 .
(153) Arch. Min. Guerre, À Mgr le Prince Alexendre, le G-al C-te Marchand, Varsovie, 21 mai.
ment, ajoute aux difficultés croissantes : il a invité Luszc- ; zewski à faire cesser les entraves mises au transport des avoines achetées par la France dans le Duché pour approvi- ;
sionner Thorn. Le ministre répond que ses ordres très précis aux autorités du département ne peuvent être exécutés qu'au-
tant que les chefs de troupes « voudront bien révoquer les me- | sures d'opposition qu'ils ont adoptées ». Reynier notamment |
« a mis sous le séquestre militaire tous les dépôts qui se trouvaient sur le bord de la Vistule dans le département de Radom. On ne peut procéder à l’embarquement des denrées, qui restent à livrer » : 9.455 korcy d’avoine. En conséquence, Bignon demande le 22 à Marchand d'exiger de Reynier qu'il laisse expédier de la région de Lublin et Radom les avoines achetées par les Juifs Frenkel, Zucker et Eysenberg 154.
Ce même 22 mai, Jérôme exerce ses Westphaliens dans le jardin de Saxe, au cœur de la ville. La guerre ne peut plus être éloignée : il faut avoir les troupes en mains, elles n’en seront que plus disciplinées et, hors du rang, plus correctes avec l'habitant. Niemcewicz ne voit qu'une chose : ies maladresses commises dans les évolutions, amenant de nombreuses réprimandes du roi 5. Jérôme attire à lui tout ce qui lui est nécessaire : le 17 mai, il est parti de Cassel 800 hommes de dépôt westphaliens, et un dépôt de chevaux d'artillerie volante, pour rejoindre leurs corps en Pologne ». Dans le Duché, ils constitueront de nouvelles surcharges 156,
En attendant, les ministres polonais assaillis de plaintes, sont gagnés par l’énervement général. Le 22 mai, Stanislas Potocki expose au Conseil, que les vexations des troupes étrangères croissent sans cesse, les pouvoirs locaux ne prenant pas les moyens de les faire cesser #7; que les officiers, les généraux se font entretenir par les habitants dans une me-
(154) Idem. Bignon à Marchand, Varsovie 22 mai et Etat annexé à
cette lettre indiquant les quantités, les lieux, les noms des agents.
(155) Niemcewicz, Pamietnik, t. 1, p. 328.
(156) Glavny Archiv, Nr. 5046, Jakovlef à Roumiantsof, 17 mai.
(157) Luszezewski a dû recevoir le 22 un rapport de Garezynski, préfet de Kalisz contre des soldats du 7° de ligne westphalien (brigade Wickenberg, division Tharreau) qui ont tué le paysan convoyeur Koprowski du village de Buszanina. C’est une vieille histoire, il y a eu exhumation, expertise par le praticien de Sieradz qui réclame ses honoraires, action judiciaire; mais ces histoires rétrospectives, ajoutées aux présentes, les aggravent et les rendent plus irritantes. (4rchiv Stats- Sekreteriata Gertsogstva Varchavskavo, 1818, n° 60, Dielo s doneceniem o beztchinsvach, soverchennich otriadami saksonskich i vestfalskich voisk v predielach gertsogstva, 20 folios, du 20 mai au 9 août. L’affaire Koprowski est la seule intéressant les Westphaliens).