‹ Jérôme Napoléon et la Pologne en 1812Chapitre 68 sur 97 · TAN · texte numérisé non relu

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sure excessive pour ces derniers; que continuer ainsi, c’est encourager les abus; que les personnes en quartiers, qu’elles soient civiles, militaires, officiers même, doivent comme les soldats toucher leur ration; qu’un avis à ce sujet donné par l’intendant général à l’ordonnateur général polonais Wassilewski, devait être publié par le journal; que ce n’est pas la volonté de l'Empereur qu’un pays si surchargé doive encore supporter l’entretien gratuit des officiers; qu’en conséquence Luszcezewski devra s'entendre avec les autorités westphaliennes, selon la volonté de l'Empereur, pour organiser un nouveau régime, publier dans les villages et les villes le règlement établi, en vue non peut-être de supprimer les abus, comme on l’aurait dû faire au début, mais du moins d’améliorer la situation. Luszezewski, qui travaille plus que personne, incriminé par le Comte Potocki, qui en fait fort peu, mais parle avec facilité, se défend. Il a depuis longtemps signalé tout ceci : d’où une note, que le Comte a présenté au roi Jérôme. Ce roi ayant transmis l’affaire à Marchand, Luszczewski n’a pas manqué d’exposer à ce général de quel poids était pour lhabitant l'entretien des officiers. D’après le Général, les officiers doivent être nourris, mais pour éviter les abus on rédigerait un règlement qui serait communiqué au ministre, soumis au roi et enfin remis au ministre aux fins de publication. Luszczewski ne cesse, mais en vain, de redemander et ce règlement qui devait indiquer ce qui est dû aux militaires en quartier et la suppression pour les habitants de l’obligation de nourrir les officiers. Si d’ailleurs le Conseil juge qu’il en faille reparler au roi Jérôme, c'est le Président qui doit le faire au nom du Conseil ». Le bon Luszezewski, se jugeant de peu de poids, s’efface donc : il oublie que Potocki une fois déjà est intervenu comme Président. Le non moins effacé Sobolewski avise alors le Conseil que l’ordonnateur Wassilewski, ayant voulu imprimer et afficher la note de l’intendant général touchant la table des officiers, en a été empêché par le général Dutaillis, ceite note parlant d’indemnités; or les officiers français seuls touchent des indemnités, et ceux des troupes alliées n’en touchant pas, doivent avoir droit à la table. Perdu dans ce maquis, le Conseil invite son Président, à demander au roi de Westphalie, sinon que les habitants soient dispensés de nourrir les officiers et officialistes westphaliens, du moins qu'il y aït des prescriptions allégeant cette charge.

Préalablement, le Président devrait voir le général Marchand pour préparer ce règlement » :

Il semble possible d’enrayer les excès westphaliens : Jérôme lui-même s'occupe de limiter ceux des grands chefs; à Marchand incombe le soin de mettre fin à ceux des officiers, et alors les hommes n’auront plus qu’à bien se tenir. En fait, la question n’est soluble pour les officiers que si Jérôme leur fournit une indemnité, comme l'Empereur le fait pour les siens. Marchand acculé là, d’ailleurs chargé de besogne et s’attendant chaque jour à un ordre de mise en mouvement de l'aile éroite, ne se soucie pas de perdre du temps à organiser la vie en station du corps westphalien. Jérôme en pense autant et, de plus, sait son trésor en déficit de 2 millions par mois. Etant donné ceci et le sans-gêne des troupes saxonnes sur le territoire polonais de leur souverain, pourquoi Jérôme lancerait-il Marchand dans une enquête sur la situation matérielle des officiers westphaliens logés dans ce département de Varsovie que demain peut-être tout le corps d'armée aura évacué ? Encore quelques jours de patience sans doute et il ne sera plus question de cela.

En attendant, Luszezewski voit Varsovie « à la veille de manquer de grains pour sa consommation » et sans autre moyen d'éviter une catastrophe que d’en faire venir par eau de Cracovie, Radom, Lublin. Il à ordonné aux préfets d’accélérer ces envois « après avoir retenu la quantité nécessaire aux besoins des troupes » et prie Marchand d’enjoindre aux chefs de corps « de ne point mettre obstacle à ces transports dont les conducteurs seront munis de certificats des préfets, d'en respecter la propriété et celle des chariots, chevaux et bœufs chargés ou retournant à vide » 15%.

Le même jour au Conseil, le Comte Potocki pousse un autre Cri d'alarme. L'arrivée de l'Empereur est prochaine or, les meilleurs appartements en ville ont été occupés souvent sans nécessité par les autorités westphaliennes. Où pourra-t-on loger décemment la cour impériale ? Potocki propose que Luszezewski confère avec ces autorités, et les fasse passer dans d’autres logis pour laisser les meilleurs à l’entourage de l'Empereur 15, Marchand semble vouloir s’éterniser

(58) Archiwum Akt dawnych, Prot kél 7 Ministrow Se RE LA ycR, okôl Rady Ministroôw, 368 séance, 4 pire Ne NE 22 mai, Lusczewski, à Marchand.

) chiwum Akt dawn sie Ô inistro 5 ol et yc rotokél Rady Ministrow, séance 368,

au premier étage du palais Potocki, d’où Mesdames Stanislas et Alexandre ont dû partir pour se confiner au rez-de-chaussée. Le comte n’est pas homme à prier Marchand de s’en aller : il préfère infliger cette corvée à Luszezewski que cela fera mal voir des Français, mais si fatigué et vieilli que cela n'a plus d'importance. Veut-il juger par le degré d’empressement que montreront les dignitaires westphaliens, si Napoléon doit vraiment venir à Varsovie 11. Croit-il à cette venue ? Est-il prêt à sacrifier ses relations avec Jérôme au besoin d’être le courtisan de l'Empereur ? D'autre part, le Château royal n'est-il pas assez grand pour l'Empereur et sa suite ? Alors pourquoi ces alarmes sans cause ? S’agit-il de simples chicanes visant Marchand et autres, et par dessus leur tête Jérôme ? C’est douteux.

Le 23, le roi a d’autres soucis : ayant appris que Partillerie à cheval saxonne n’est approvisionnée qu'à 128 coups par obusier, il mande par Marchand à Reynier qu’elle doit Pêtre à 200 « et plus si faire se peut, car on ne peut pas fournir des munitions des autres corps à cause de la différence des calibres ». Reynier doit done sans retard faire venir cela de son parc de réserve ou de la Saxe. D’autre part Marchand enjoint à Reynier de ne pas retenir les convois de Cracovie « Nous avons ici toute la cavalerie, plus de la moitié de l’artillerie, une distribution de 8.000 rations par jour » à faire. « Ainsi, c’est sur Varsovie que vous devez diriger tous les fourrages; les vivres continueront à être acheminées sur Gora, d'où l'excédent vous sera transmis. La distribution des fourrages a manqué hier et nous nous trouvons au point de tomber dans le plus absolu dénuement ». Il avertit enfin le chef du 7 corps que le Roi passera en revue son corps d'armée du 30 mai au 2 juin 1%.

Précisément Reynier lui donne avis du projet que les Russes semblent avoir d'entrer dans le Duché, et lui parle d’une prétendue victoire des Tures sur les Russes. Marchand lui énumère les forces que l'Empereur a déjà sur place et lui. montre « que les Russes pourraient payer cher un mouvement qu’ils feraient en avant ». « D'autre part « on n'ose pas

(161) Le 25 mai, le comte Liven écrit à Barclay de Tolly, annonçant la présence à Varsovie de Napoléon, indiquant même l’emploi de son temps. Les fêtes de Dresde battent alors leur plein (Rousskaïa Starina, mai 1912, p. 430-444. T. En mai 1812).

(162) Arch. Min. Guerre, Varsovie 23 mai, Marchand à Reynier.

æroire ici à la victoire des Turcs ». Il annonce enfin à Reynier : « Le Roi part après-demain pour aller à Modlin, où il doit avoir une entrevue avee le vice-roi. Je ne pense pas qu'il soit de retour ici avant le 27. Dans ce cas, je crois qu’il partirait le 29 pour aller voir la division de grosse cavalerie qui appuie sa droite au Wieprz et sa gauche à Karezew sur la Vistule. L’intention de S. M. est de voir ensuite la division polonaise de cavalerie légère qui est à Lukow et environs. De là le Roi irait peut-être coucher à Pulawy, d’où il partirait le lendemain pour voir vos deux divisions de grosse cavalerie. Je serai à portée de vous faire connaître le jour fixé, où S. M. pourrait voir vos deux divisions. Vous savez que Îles événements peuvent changer beaucoup à ces projets » 1. On est donc déjà sur le qui vive.

Il est intéressant de collationner à ce moment divers renseignements réunis par les services de Bignon. Dans un rapport d’Ostrolenka daté du 15 mai : « Tous les renseignements confirment la marche des Russes par Grodno vers Bialystok. Il se trouve 2 ponts près de Grodno, un ancien, l’autre nouvellement construit. On dit que toutes les troupes qui étaient arrivées à Grodno, sont déjà entrées dans le district de Bialystok et il n’y est resté que les régiments de Platow, un régiment de Calmouks, et un détachement d’artillerie à cheval. Une division entière venant de Lida doit se réunir ces jours-ci dans le district de Bialystok 154 Le 17 Bignon écrit à Bassano que « le séquestre apposé sur les terres du Prince Dominique Radziwill 1%, s'exécute maintenant sur la totalité de ses biens et avec une grande rigueur. D’autres personnes en sont pareillement menacées, mais on est sans inquiétude sur les suites; on espère que ces menaces n'auront pas le temps de recevoir leur application » 1%, C'est donc que les hostilités paraissent imminentes. Dans un rapport de Lomza du 19, on lit : « Deux régiments de la garde de la division du grand duc de Constantin et le régiment de Platow se sont portés dans le district de Bialystok; ils cantonnent aux environs de Grodne ». Dans un autre rapport de Lomza du 20, on lit encore : « Le 17, il est arrivé de Grodno vis-à-vis de Losñce 4 officiers su-

(163) Arch. Min. Guerre, Marchand à Reynier, Varsovie 22 mai. (2° lettre). é

(154) Arch. Min. Aff. Etr. N° 330, 1812, folio 22. (165) Par les Russes en Lithuanie.

(166) Arch. Min. Aff. Etr. N°

330, foli - i RM Mon a olios 24-25, nouvelles transmises

père de la princesse Dominique Radziwill.

périeurs, dont un des hussards de la garde, un du génie et deux de Cosaques; ils ont été plus de trois heures à observer la position de notre côté. Deux régiments de hussards de la garde, deux de Cosaques et un de chasseurs à pied sont arrivés à Grodno; ils font partie de la seconde division de Dolgorouki, qui doit se porter dans le district de Bialystok. Les divisions de Korsakow et de Zubrzycki composées de 12 régiments d'infanterie et d'autant de cavalerie sont en marche des frontières de la Suède pour se rendre dans le gouvernement de Grodno 17. Le 22 Bignon écrit à Bassano, que ses agents « ont une peine extrême à trouver maintenant. Ges émissaires. Les juifs n’osent même plus se hasarder sur le territoire russe » 1%, On est donc en droit de s'attendre à une action imminente. Et encore que Jérôme et Marchand ne puissent croire Constantin assez imprudent pour se risquer à une offensive, du moins ils doivent la prévoir.

D'autre part, Jérôme reçoit par Berthier l’ordre de l’Empereur de rapprocher la cavalerie polonaise de la Narew pour « laisser de la latitude au Prince Vice-Roi, qui a 80.000 hommes à nourrir par Plock, le chef de l'aile droite gardant la disposition de la région située à l’est de cette rivière pour nourrir ses troupes. Le roi de Westphalie est chargé de plus de rétablir la manutention de Pultusk, les fours d’Ostrolenka, de former un magasin de farine sur chacun de ces deux points et d’y en faire conduire de Varsovie » 1%.

Tandis que Jérôme a de telles préoccupations, Niemcewiez est allé se promener en voiture à un mille de la ville, pour que « la vue de la verdure chasse ses idées noires » et il a « trouvé là au contraire la misère et les vexations. Ici déjà, plus d'ordres du Gouvernement ni des autorités militaires supérieures, mais ceux des chefs de corps, qui sont de prendre tout ce qu'on trouve. Le colonel Ox 17 à fait prendre à Willanôw 40 bœufs, tant du château, que des paysans. Un autre détachement a pris à Natoline les dernières bribes de foin et d'avoine laissées là pour les besoins de la maison. Un troisième a mis au pillage Wolice.

Quand on s’est plaint de ceci au roi de Westphalie, il a ré-

(167) Arch. Aff. Etrang. Nr. 330; folio 27.

(168) Idem, folio 39.

(169) Correspondance de Napoléon, t. 23, p. 484 Nr. 18706, Dresde 21 mai à Berthier.

(170) Il n’y a pas de colonel Ox; ce ne peut être que le Général baron d’Ochs.

pondu : « Mon armée n'est pas une armée de demoiselles ». Si Jérôme défend les maisons de plaisance contre ses généraux, il a par contre de l’indulgence pour la mise en pratique du système débrouille au profit de l’homme de troupe ou de son cheval : le prince Joseph n’a-t-il pas dit lui-même, que la grande affaire d’actualité était, que la troupe soit nourrie ? Au reste Jérôme a autre chose à faire qu'à répondre à toutes les menues plaintes.

Mais Niemcewiez une fois lancé ne s'arrête plus : « Qui peut compter les autres vols ? et ainsi un peuple, qui verse partout son sang pour Napoléon et qui à 60.000 soldats, connait les mêmes outrages que s’il était une juiverie lâche et et sans armes »171, Nous passons donc en quelques lignes d’Ochs à Jérôme et de Jérôme à Napoléon. Cest l'Empereur, qui est la cause première, done le coupable, plus que Jérôme même. Mais cet antinapoléonisme est-il spontané ? Niemcewicz a écrit le 20 mai : « Le manque de vivres n’est pas moindre en France et à ce qu'on affirme (mais peut-être cette affirmation est-elle née du mécontentement), Napoléon ayant acheté une masse énorme de blé à un prix insignifiant, l’a vendu très cher aux Anglais. Et maintenant les habitants doivent avoir recours aux bouillons rumfort et autres succédanés » 172, Ici on est en présence d'un bruit tendancieux, lancé par une puissance hostile.

Le 24, Marchand envoie à Reynier et à Vandamme l’itinéraire que suivra le roi dans le voyage d'inspection qu'il va entreprendre à travers le rayon occupé par les 8, 7e corps et 4° corps de cavalerie. Le 28 il ira coucher à Maciejowice, où il « sera charmé » de voir Reynier, et où il passera la revue des cuirassiers le 29 au matin. Il couchera le 29 à Lukow, où il passera le matin du 30 la revue de la division Rozniecky. Il demande à Vandamme qu'Hammerstein à Kock fasse tenir prête une escorte de 50 hommes avec 6 chevaux de troupes, pour les personnes de sa suite, et 40 des meilleurs chevaux de trait des environs, qu'il fera demander chez les seigneurs pour être attelés et conduire 6 voitures du roi jusqu’à Miechow. Là, Reynier est prié d'établir un relai de 34 chevaux d'artillerie, qui seront attelés aux mêmes voitures jusqu’à Pulawy, où Jérôme ira coucher le 30, et d'où, le lendemain,

(171) Niemcewicz, Pamietniki, t. LD e325 (172) Idem, Pamietniki, t. LD: 392. k

ils le remmèneront jusque Kozenice. À Miechow et à Pulawy, des escortes de 50 hommes et 6 chevaux de troupes pour les courriers et écuyers de $S. M. devront également être préparées par les soins du chef du 7° corps 1%. Le 31 au matin le roi passera vis-à-vis Pulawy la revue de la 2 division du 7° corps; le 1* juin au matin à Kozenice celle de la 1° division. Deux relais de 36 chevaux d'artillerie et de 6 chevaux de troupes ou de paysans seront alors préparés par Vandamme sur des points que le roi devra connaître à Kozenice; et deux escortes de 25 hussards auront été envoyées par Hammerstein. Le roi passera ce même 1* juin la revue de la 1" division westphalienne ou même du corps tout entier à Gôra, ou dans tel emplacement que Vandamme jugera plus central et plus convenable, après quoi Jérôme rentrera le soir coucher à Varsovie 174, Cette randonnée de cinq jours est donc organisée par Marchand, dès le 24; donc assez à l'avance pour être réalisée sans difficulté. Le nombre des chevaux demandés s’explique suffisamment par l’état des routes et la nécessité de parcourir en peu de temps des distances considérables.

Tandis que Marchand et Jérôme préparent cette rapide inspection qui fait présager des hostilités imminentes, se présente au roi un voyageur de marque, le comte de Narbonne, fils naturel de Louis XV, ancien ministre de Louis XVI, compagnon de route en 1810 et adorateur malheureusement platonique de Mme Potocka. Narbonne ne vient pas à Varsovie pour honorer d’un nouvel assaut les charmes de la jeune comtesse, que sans doute Jérôme n’invita pas ce jour là, mais dont peut-être il put malicieusement parler à ce vieux beau entre deux conversations sérieuses. Narbonne revient de Wilna, où il a porté à Alexandre une lettre ou plutôt « comme l’on dit » à Varsovie, un ultimatum; où il semble être allé risquer une tentative d’accommodement in extremis. Il revient en hâte vers Napoléon pour lui faire connaître le résultat de sa démarche; et, entre deux relais, il déjeune avec le frère de l'Empereur auquel il donne la primeur de son-entrevue. Il apprend à Jérôme, qui en fera part au comte Potocki, par lequel la chose ira de suite à Niemcewicz, que le tsar l’a reçu très courtoisement; lui a montré ses cuirassiers et demandé, s'ils lui plaisaient. Narbonne, comprenant que c’était la guerre, a ré-

(173) Niemcewicz, Pamietniki, t. 1, p. 322.

(174) Arch. Min. Guerre, Varsovie 24 mai, Marchand à Rehnier, Varsovie 24 mai, Marchand à Vandamme (l'itinéraire est en annexe).

pondu : « La partie est si belle, que certainement l'empereur ne la refusera pas » 1%, Ainsi donc les Polonais craignant la paix pouvaient se rassurer : c’est bien à la guerre qu'on va et le compte rendu de Narbonne à Napoléon ne peut manquer de la déclancher. Tout ceci rapproche Jérôme et les gouvernants du Duché, si tant est qu’il s’en soit éloigné. Adam Czartoryski est aussitôt averti par les siens de la visite de Narbonne 1%.

Précisément à la séance du Conseil de ce jour, Sobolewski, ministre de la police, a présenté un rapport du bourgmestre de Géra, qui se plaint que les autorités militaires westphaliennes aient arrêté les provisions envoyées de Sandomir à Varsovie par la Vistule. La conduite des soldats à l’égard des habitants les force à quitter leurs maisons; on leur prend en route chevaux et bœufs, on leur coupe leur blé en herbe. De cette séance, Stanislas Potocki se rend à l’audience du soir chez le roi, auquel il fera. part de ces faits 177. Jérôme écoute son exposé, fait des déclarations, témoignant du meilleur vouloir, et reconnaît même, que la bonne volonté de ses subordonnés ne répondait pas toujours de façon efficace à la sienne 18. Il ne s’agit donc que de collaborer à une œuvre de “police générale.

Cette fois Niemcewiez s’en prend « à la mollesse des ministres, notamment à celle de Luszezewski; s’il avait eu de la hardiesse dès le début, l'insolence n'aurait pas pris le dessus; mais lui, le préfet et le président de la ville, ayant perdu la tête, dès le premier jour, ont donné de laudace à la racaille » 1%, Tout cela est facile à dire : mais Niemcewiez le constate lui-même, non sans inquiétude : « Il n’est encore venu aucune réponse au courrier » envoyé à Dresde après la séance du 16. Par contre le Tout Varsovie des sphères offi- - cielles et aristocratiques sait le rôle que joue à Dresde la reine Catherine : le dîner de gala du 18, et surtout la réception du corps diplomatique par cette princesse le 21, doivent donner beaucoup à penser aux ministres du Duché et faire beaucoup

(175) NremcEwicz, Pamietniki t. 1, p. 325.

(176) Le Comte Zamojski écrit à son beau frère Adam Czartoryski, le 26 mai: « Ma femme et ma belle sœur Vous remarquerons des détails sur M. de Narbonne; n’ayant pas de temps du reste. » Muzeum XX Czartoryskich A. D. N° 267 listy Staniskawa hr. Zamojskiego do Szwagra X. B. C. t. 1, 1802-1823, fin de lettre 26/5/1812.

(177) Protokôt Rady Ministréw, séance 369, 24 mai, folio 223.

(178)Idem, Séance 370, 26 mai, folio 224.

(179) Niemcewicz, Pamietniki, t. 1,2320.

parler Mmes Potocka, Zamojska, de Würtemberg, de Vauban, Nakwaska et autres. Si Catherine et Jérôme allaient régner sur la Pologne ! Sans doute, on ne se presse pas de publier dans la Gazette le compte rendu des fêtes de Dresde; on attend un communiqué officiel; mais on n'en est que plus perplexe.

Le 2% mai vit done comme le 16 une séance extraordinaire : il n’y est question que de la pénurie du trésor, qui ne pourra plus satisfaire que quelques jours encore aux dépenses causées par les travaux de fortifications et les troupes, et de la nécessité où l’on sera, de fermer la caisse à la fin du mois. Une seule espérance, — l'Empereur : un seul remède, l'envoi de Matuszewiez à sa rencontre à Poznan pour expliquer « à son Ministre ou au Monarque lui-même, s’il daigne accorder une audience », l’état réel du trésor, et le besoin impérieux que l’on a, d'utiliser les produits placés dans les magasins, Ce qui permettra de garder un peu d'argent pour les fortifications et la paye des troupes. Tout ceci dans l’intérêt du pays et en vue de la réussite des plans de l'Empereur. Dans le cas où le courrier envoyé à Dresde une semaine auparavant rencontrerait à son retour le ministre Matuszewiez, ou si l'affaire avait été réglée à Dresde dans le sens désiré, ce ministre rentrerait à Varsovie 150.

A la vérité, tout ceci peut sembler inutile : Sobolewski et le sénateur Wybicki ont déjà été délégués pour présenter à l'Empereur à la frontière du Duché les hommages des Varsoviens au résurrecteur de la Pologne. Mais à cet endroit et en ce moment, ils peuvent être porteurs de compliments, non de doléances, et ils n’ont pas assez de cran pour le rôle qu'assume Matuszewicez. Sobolewski, homme « respectable et timide, marmottera à peine un demi mot ». Wybicki est un vieillard de 65 ans, dont l’entrée dans la politique est antérieure à la confédération de Bar, qui s'occupe de sciences et de littérature; et qui, rentré à Varsovie avec l’armée française, tout. dévoué à l'Empereur, « tout en exagérations, se taira, dit Niemcewicz, sur notre situation critique et se répandra en

rotestations sur l’empressement du peuple à accepter tous Fe sacrifices » 181, On leur a adjoint en renfort le prince Alexandre Sapieha « calomniateur par tempérament, homme

(180) Protokôt Rady Ministrow, séance 369, 24 mai folio 223. (181) Nremcewicz, t. 1, p. 325. CIeszkowski, Senatorowie Ksiestwæ Warszawskiego p. 73.

mauvais et frivole, qui flattera pour se recommander et se pousser. De telles gens trouveront accès et seront crus, parce qu'ils parlent d'une manière, qui concorde avec l'intérêt de ceux, qui règnent 1®. Il n’y avait donc à compter sur aucun de ces trois personnages.

Stanislas Potoeki, qui paraissait dès lors tout indiqué pour parler affaires à l'Empereur, ne semble pas avoir tenu à aborder fermement la question sérieuse. Ce fut donc Matuszewiez qui fut choisi — et cette fois à l’unanimité — pour exposer à l'Empereur l’épouvantable situation. Et, dit Niemcewiez, ïl est dommage, que eela ne se soit pas fait plus tôt ». Matuszewiez partit le 25 pour Poznan ,

Trois jours auparavant, Napoléon avait écrit au Comte Mollien : « Je Vous préviens, que pour mettre le gouvernement du Grand Duché de Varsovie en état de payer la solde des troupes, je donne l’ordre à l’intendant général, de lui faire compter par le payeur général de l’armée une somme d’un million en deux paiements de 500.000 frs. Vous ferez porter ce million comme placement dans l'emprunt ouvert par le roi de Saxe à Paris chez les banquiers Perregaux, Laffitte et Cie et Vous aurez soin de faire remplacer cette somme dans la caisse du payeur » 1%, Ce versement ne s’est donc pas fait comme l'écrit Zoitowski 1% à la demande pressante de Matuszewiez, parti de Varsovie le 25 et qui ne verra l'Empereur que le 30. \

Napoléon, au moment précis, où le secours le plus minime paraît un bienfait, accorde ce minimum d'aide, qui fait espérer une suite plus ample : puis il passe à d’autres questions.

Le 23 l'Empereur mande au Major Général d’avertir Eugène, Ney et Jérôme : 1° que le 4 corps doit appuyer sa gauche à la Drevenz, sa droite à Wizigrod, se placer sur trois colonnes de Lipno à Rypin et Lautenbourg, de Plock à Soldau, de Wizigrod à Plonsk et Nawa, en tenant ses masses près

(182) Idem, t. 1, p. 325, Le général Krasinski écrit à sa femme : « Tout ce que tu aimes, je l’aime, outre la chère Princesse Sapieha, que je n’aime pas plus à présent, que jadis et qui ne fait que crialler et pialler et dire des sottises à Varsovie (Opserat 22 juin) Correspondonce du Général Vincent Krasinski, Bibliothèque Krasinska.

(183) Niemcewicz, t. 1, p. 325.

(184) BroTONnE, Dernières lettres inédites de Napoléon 1°, +027 p. 278, 22 mai 1812.

(185) Auf die dringende Bitte der warschauischen Minister, welche ihm nach Posen entgegengereist waren. Zocrowski, Die Finanzen des Herzogtums Warschau, tome 2, p. 90.

de la Vistule et ses trois manutentions (Thorn, Plock, Wizigrod) bien approvisionnées. 2° que la Wkra peut être la ligne de démarcation entre le 4° et le 5° corps; que tout le pays entre Wizigrod, Plonsk, Mlawa et la Narew doit être à la disposition du 5° corps; que Pultusk, Ostrolenka, Rozan et même Przasnitz doivent être occupés par ce corps, qui se nourrit par Varsovie 186. Jérôme doit se douter, que ces dispositions en colonnes et ces délimitations de zones dans le sens de la longueur préparent un bond en avant. Le 25 à midi il commence à passer en revue sa garde au Jardin de Saxe et très en détail, comme on peut le faire, non en vue d’une parade à effet, mais en vue d’un départ en campagne. « C’est un vrai roi Caporal », dit dédaigneusement Niemcewiez; il se tient, jacasse, prise comme son frère, pensant avoir le génie de Napoléon. Ce soir il a couru à Modlin; après-demain il ira jusque Lukow. Celui qui l’a poussé à cela, c’est le général Rozniecki, homme inquiet, vain, intriguant sans cesse de tous côtés qui à voulu se faire valoir avec le corps de notre cavalerie qu’il commande. Et c’est pour que Rozniecki puisse faire le faraud, que nos chevaux doivent emmener au galop la voiture du jeune roi, et que nos escadrons doivent, quand . s'ouvre la campagne voler à qui mieux mieux pour l’escorter » 187. Encore que Rozniecki soit bien portraituré, il n’est pour rien dans tout ceci. Le 25 au soir Jérôme court à un rendezvous avec Eugène : quand il ira à Luk6w, sa course intéressera autant les Westphaliens et les Saxons que la division Rozniecki.

Pendant que galope Jérôme, on annonce toujours l’arrivée de l'Empereur à Varsovie : le 26 arrivent 32 de ses domestiques, 60 de ses chevaux. On ne peut plus douter : Luszcezewski se multiplie, s'entend avec Dutaillis au sujet des logements à donner aux personnalités accompagnant Napoléon. Un projet va être présenté à la Municipalité 156.

Ce jour là tombe à Varsovie pour 24 heures le colonel Thomas Lubienski venu de Prusse orientale pour embrasser le

(186) Du Casse, Mémoires sur la Campagne de 1812, p. 46-7. Remarquer que cette lettre commence ainsi: « Expédiez sur Je champ un officier au Vice Roi pour lui faire connaître, que les dispositions contenues dans sa lettre du 10 mai, sont mauvaises. DATE

(187) Nremcewicz, Pamietniki, t. 1, p. 325. Il dit ensuite (p. 326) que Jérôme serait parti pour Modlin le 26 de très bon matin. ;

(188) Archiwum Akt dawnych, Protokét Rady Ministrôw, 370° séance 26 mai, folio 226. Niemcewicz, Pamietniki p. 326.

ministre de la justice, son père, avant le départ imminent pour la campagne. Thomas voit Joseph Krasinski, aide de camp de Kniasiewiez, général de division et « sous-chef d'état-major du roi de Westphalie, commandant de l’aile droite ». I voit aussi les princesses Eustache Sanguszko, Sulkowska, Sapieha, et passe une charmante soirée chez la comiesse Zamojska, toujours très belle, avec la princesse de Wurtemberg, Mmes Chodkiewicez, Stasiowa Potocka, etc. 1%. Intéressantes sont les relations de ce Lubienski avec le clan des dames Czartoryska, au moment où il vient pour se livrer à des effusions familiales. Un de ses frères va bientôt montrer quels liens étroits se nouent entre les Czartoryski et les Lubienski.

Niemcewiez continue à s’en prendre aux Westphaliens et à Jérôme : « Leurs pillages sont devenus tels qu’ils arrachent les restes de foin et d’avoine aux revendeuses après le marché, forcent les brasseries, prennent des drèches. Le « roiteletlapin » tolère tout cela. Ses soldats volent chez les marchands de fer des faulx, des faucilles pour avoir, là où ils iront, de quoi couper nos moissons encore vertes. Belles perspectives d'avenir » 1%. Seul, Potocki, devant un Conseil de cabinet réduit à Luszezewski, Sobolewski et Lubienski, se porte garant du bon vouloir de Jérôme 11. Stanislas Zamojski écrit à son beau-frère Adam Czartoryski : « Mamy tu trzpiota, ktéry ma Kréla powierzchownosé, ale nie wiecej ». Le Matuszewiez est parti. Le prince Joseph avait fait cette motion, il y a huit. jours de l'envoyer au Roi en exposant l’état du désordre et de l’anarchie, accompagné de la démission du Ministère, si on ne leur offrait pas les moyens de porter remèdes. L’incertitude si l'Empereur serait à Dresde ou non, a fait que l’on s’est contenté de faire cette représentation par écrit. Ce dont je suis au désespoir, car chaque délai est mortel dans un tel moment. Dieu sait si on voudra prendre quelque mission avant qu'on se soit arangé ou qu'on ait rompu en visière avec la Russie: cependant les choses ne peuvent plus aller, et, — uniquement sous le rapport des subsistances pour les armées — exigent de l’ordre ». Ainsi Matuszewicz parti pour Poznan où il exposera à l'Empereur la situation telle qu’elle s’offrait à lui, lors de la fameuse séance du 16 mai, est « le Matuszewiez »

(189) LuBrenskr, Général Tomasz Pomian Lubienski, t. 1, p. 237-8.

(190) NIEMCEWICZ, Pamietniki, t. 1, p. 326.

(91) Archiwum Akt dawnych, Protokét Rady Ministroôw, 370° séance. 26 mai, fol. 224.

l’agent de la maison Czartoryska. C’en est fait de son opinion flatteuse pour le bon sens de Jérôme. Zamojski décrète : « Nous avons ici un évaporé qui a l'extérieur d’un roi, mais rien de plus ». Le nom de Jérôme avoisine le souvenir de l'assaut du 16; Zamojski est au désespoir que l'affaire n’aïît pas réussi : chaque délai est mortel dans un tel moment, Dieu sait si l’on osera aller plus loin. Et il y a ces mots écrits en travers en marge de tout ce passage : « Gardez ceci pour vous » l?2. Au lendemain de l’attaque du 16, faite en son absence de Varsovie, Jérôme pouvait encore produire un bel effet sur les princesses nées Czartoryska : le 26, le clan a coordonné son action et il coupera désormais au frère de l'Empereur tous ses effets.

(192) Archiwum Muzeum XX Czartoryskich, A. D. N. n° 267, Stanilas Zamojski do X. A. C. fin de lettre 26/5/1812.

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