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aussi elle mettra au jour votre valeur éprouvée ». Qu'est-ce que ce couplet sur la bravoure de l’armée autrichienne, sur son artillerie, sur la victoire qui « avec son secours ne saurait être douteuse », ce qui signifie qu'elle le sera, si ce secours manque ou reste limité ? Quelle est cette armée française dont la bravoure seule sera le boulevard, dans une lutte nécessairement « opiniâtre » « avec un colosse puissant » ? La fin sonne le glas de l'effort français : « Soldats, vous aller combattre encore une fois. Je vous promets sur ma parole impériale que ce sera la dernière et alors vous pourrez retourner au sein de vos familles et au prix de votre amour persévérant pour la patrie et ma personne, jouir du repos désiré. Alors vous pourrez avec orgueil jeter les yeux sur l'Europe que vous avez vaincue et où votre courage héroïque restera après des siècles dans un souvenir éternel. Après cette dernière lutte qui vous procurera les derniers lauriers de votre victoire, je conclurai une paix qui sera digne de mon peuple et de moi » 55. Autrement dit : les Français sont à bout de souffle, leur principale force est dans leurs alliés autrichiens; si cet appui leur manque, Napoléon ne pourra plus demander de miracles à ses soldats qui n’aspirent plus qu’au repos. Ceci, bien observé, n’était pas une impression à répandre dans les troupes françaises, ni dans les troupes polonaïises, westphaliennes, saxonnes appelées à voisiner à l'aile droite avec l’armée autrichienne. C’est précisément pourquoi ce document fut semé dans la région par les Autrichiens ou les Russes, par les uns et les autres peut-être, par des agents en tout cas intéressés à miner l’esprit combattif de laile droite. Ceci en effet ne pouvait intéresser directement que cette aile et les habitants de la région où elle stationnait, en attendant que les Autrichiens l'y remplacent : ceci s'adresse d’ailleurs à un public intelligent capable d’interpréter un texte et à des gens susceptibles de comprendre français, à la noblesse polonaise dont les demeures s’échelonnent entre Lwow et Varsovie autour de Sieniawa, Radom, Lublin, Pulawy, Maciejowice. Ce lancement de tracts était une première forme d'offensive contre le moral déjà très atteint des populations et contre celui des troupes. Ceci se passe dans la zone du Duché où l’on ne commence à avoir quelques notions sur la France révolutionnaire et napo-
(35) Pricarp et TUETEY, Corresp. inédite de Napoléon 1°, t. 5, p. 395, n° 7291. Copie provenant d’un général russe, achetée en 1852 par le Miaistre de la guerre à Mme Sichler.
léonienne que depuis la fin de 1809; que l'Autriche a administrée pendant quatorze ans. Tout ceci crée dans le rayon où cantonne l'aile droite un état d'esprit que n’ont pas connu les 4 et G corps relevant d’Eugène.
Un dernier soupçon de candidature : à Dresde, toute conversation insolite de Napoléon avec un personnage haut placé, éveille l’inquiétude des chercheurs de candidats au trône de Pologne. Le 17 mai, Kanikov se donne la peine d'écrire à Roumiantsov : « On a remarqué qu'aujourd'hui pendant la messe l'Empereur Napoléon a fait appeler le Prince Frédéric, neveu aîné du Roi, pour lui parler; ce jeune Prince sortit aussitôt de l'Eglise pour se rendre auprès de $. M. qui était dans son appartement » %6,
Tous ces problématiques candidats ne font qu’une très relative concurrence à Jérôme lequel ne fait jamais acte de candidat, a l'air d’ignorer qu'il soit celui de l’Empereur et ne
semble avoir, en dehors de la direction de l’Aile droite, d’autre -
préoccupation que l’état de la Westphalie. Il s’agit d’ailleurs présentement de guerre, non de couronne.
Voici le 277, arrivant à franc étrier M. de Flahaut, le beau Charles, l’amant de la reine Hortense, l’homme qui à assuré à la comtesse Annette Potocka « le charme d’une affection pleine de mystère » et fait de son séjour à Paris en 1810 « le temps le plus heureux » de sa vie qui fut longue. Hortense dit en 1812 poétiquement : « Je vis partir celui que j'aimais et mon cœur en fut navré »#%. Flahaut, pouvait comme tout le monde perdre la vie dans un combat; il pouvait aussi retrouver l’âme sœur qui Penlèverait à l'affection de l’ardente fille de Joséphine. Flahaut à Varsovie, près d'Anna Potocka : quelle émotion pour tous deux ! Elle ne fait pas lombre d’une allusion dans ses Mémoires à la présence de son ami à Varsovie le 27 mai 1812, elle qui parlera de la réunion de Flahaut avec Dombrowski à Sedan en 18145. Peut-être a-t-il laissé un billet de souvenirs et hommages : du moins il a remis à Jérôme un ordre de Berthier, une lettre de l'Empereur, et a poursuivi sa route sur Lwow, chargé d’une mission près de Schwarzenberg. A son retour, il rendra
(36) Glavny Archiv, n° 5046, Dresde 5/17 mai.
(37) NIEMCEwICz, Pamietniki, t. 1, p. 326
(38) Mémoires de la reine Hortense, publiés par le Prince Napoléon avec notes de Jean Hanoteau (Plon, t. 2, 1927, 391 p. in 8°, p. 149)
(39) Porocxa (Anna), Mémoires, p. 354