‹ Jérôme Napoléon et la Pologne en 1812Chapitre 72 sur 97 · DAT · texte numérisé non relu

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compte du dévouément de ce dernier et de l’impatience où il était de culbuter les Russes, ce que l'Empereur n'aura pas trop l’air de croire‘. Kanikow écrit alors de Dresde

« Quoiqu’on prétende que le Prince Schwarzenberg ait pendani son ambassade à Paris pris d’autres sentiments que ceux qu'il avait auparavant et que c’était ce qui lui a valu la nomination au Commandement du corps destiné à agir contre les Russes, il y a des avis secrets d’après lesquels il vaut bien mieux que ce soit lui qu’un autre qui ait eu ce commandement » #1. :

Qu'il v ait eu une entente entre les gouvernements russe et autrichien en 1809 pour éviter de se combattre, c’est clair; qu'il y en ait eu une nouvelle le 2 juin 1812, c’est connu. Mais il ne semble pas que ces ententes aient été circonstancielles; il semble qu’il y ait eu une entente permanente entre les cepartageants de la Pologne, entente qui entrainait - une action permanente; l’emploi en commun de certain agent qu'on reprend ici, quand on à dû le sacrifier là ou qu’il sy est brûlé; la prise en commun de certaines mesures.

En Galicie orientale, à Lw6w, commande le Général Wintzingerode, solide gaillard de 42 ans qui a servi dans les iroupes de Hesse, puis en Autriche en 1790, puis en Hesse encore en 1792, puis en Russie en 1797, en Autriche en 1799, d’où, en, 1805 on l'envoie en mission à Berlin pour attirer la Prusse contre Napoléon, après quoi il accompagne Alexandre 1*. De 1807 à 1812, il est rentré dans l’armée autrichienne où il est nommé feld maréchal-lieutenant. En 1812, il passera dans Parmée russe. En avril 1811, Bignon écrit : « On regarde comme un très mauvais voisin pour le duché le général Wintzingerode qui commande à Léopol. Ce général qui déjà deux fois a été au service de Russie et deux fois au service d’Autriche, employé aujourd’hui par cette dernière puissance, mais conservant une forte pension de la première, n’a pris, à ce qu'il paraît dans les deux pays que les sentiments d’une aveugle animosité contre la France, sans les avoir abjurés ensuite à l’exemple des chefs de ces deux Empires. C’est ainsi un homme qui conserve en 1811 les dispositions qui furent celles de la cour de Pétersbourg en 1806 et celles de l’Autri-

(40) RaPpr, Mémoires des contemporains pour servir à l’histoire de la SSSR et de l’Empire, Paris, Bossange frères 1823, 439 p. in 8»,

(41) Glavny Archiv, n° 6021, Dresde ce mai.

che en 1809. Ce n'est point là par conséquent un ami pour le duché. On prétend que, par toute sa conduite, par les bruits qu’il fait répandre, il sème dans cet arrondissement des inquiétudes de toute espèce qui tendent à égarer l'opinion et à gâter l'esprit publie. On croit que ce serait rendre un service Véritable au duché et à la cause commune que de faire éloigner ce général de cette frontière et on se persuade que, dans l'état actuel d'intimité des cabinets de Paris et de Vienne, il ne faudrait pour cela que la plus légère insinuation de la part de S. M. l'Empereur et Roi » #. En avril 1812, la situation n'a pas changé, bien qu’alors soit signé le traité austro-français.

L'affaire Vandernoot en est un signe. Ce jeune agent qui sait le russe, l'allemand, le polonais, envoyé par Bassano à Bignon et qui a déjà fait du renseignement en Ukraine, est attaché au dépôt des chevau-légers de la garde #. Il s’est rendu en uniforme d’officier à Lwôw : or, fin avril, le gouverneur de Galicie, M. de Goës, en fonctions depuis 1809, l’invite à quitter cette ville, en termes qu’« on peut regarder comme un ordre véritable. soit par suite de quelque penchant pour les Russes, soit par crainte d’être lui-même l’objet d’une observation importune ». La seule raison qu'ait donné Goës est « le système de neutralité adopté par la cour de Vienne, le principe qui fait refuser des passeports aux officiers russes, ne permettant pas de tolérer le séjour d’officiers français en Galicie. Rien ne prouve qu’en effet ont ait refusé des passeports à des officiers russes ainsi que le met en avant le gouverneur. J'avoue que je trouve injurieux pour l’uniforme de la garde impériale qu’un officier à qui on n’a poinl eu de reproche à faire, ait été forcé dans ce moment de quitter une ville qui appartient à S. M. l'Empereur d’Autriche. Cet acte d'expulsion me semble un abus d'autorité d’un gouverneur et il n’est pas à supposer qu’un procédé pareil soit la suite d'ordres supérieurs. Je crois done pouvoir, sans sortir de la circonspection convenable , donner à M. Vandernoot un nouveau passeport pour retourner à Léopol. Ce passeport sera motivé sur des affaires de famille qu'il n’a pu terminer. Si l’autorité autrichienne prend ainsi le dessus et a pu faire partir un oïficier français, toute autre personne que j’emploierai là, pourrait courir d’autres risques, si elle venait à

(42) HANDELSMANN, Instructions et dépêches tonISs 314 (43) Idem, t. 2, p. 14, 4 janvier 1813, HE SES ;

être découverte, et cependant Léopol est un point où il importe d’avoir un agent » “,

Kanikov écrit à Roumiantzov : « A l'exception peut-être d'un très petit nombre de généraux et officiers, il semble que les militaires autrichiens ne sont guère contents de marcher contre les Russes. La seule idée d'agir pour la France et de concert avec les Français, blesse leur point d'honneur. Il y en a qui ont parlé là dessus d’une manière si hardie qu’ils on attiré sur eux la surveillance de la police, mais on craint de les punir. Tel est l’esprit de l’armée, lorsqu’on ne lui a pas encore fait connaître l’alliance contractée avec la France; mais du moment qu’elle sera rendue publique, il est à supposer qu'il pourra arriver bien des choses inattendues, car la haine contre la France a poussé de trop fortes racines dans l’armée » #. Niemcewiez confirme la chose en ces termes : « Alfred Potocki arrivé de Paris par Vienne dit qu’en dchors de François et de Meiternich, tout le gouvernement autrichien, l’armée, la noblesse, le bas peuple, tout est contre les Français » #, C’est surtout par Île sud-est de la Pologne, par la région intermédiaire entre Lwôw et Varsovie que ces notions entrent avec le plus de force dans le pays.

Il suffit de voir combien sont fréquentes et intimes les relations entre Kanikov et Esterhazy, ministre de Vienne à Dresde, surtout pendant les fêtes de Dresde, pour comprendre ce qui se passe. Le 12 mai, parlant de lalliance francoautrichienne, le prince Esterhazy assure à Kanikov « que loin de la confirmer les dépêches du Comte Metternich lui annonçaient que sa cour était résolue de maintenir ia neutralité » 47. Le Prince de Cobourg, le 22, confie à Kanikov que l'Empereur François lui a dit n'avoir pu résister aux instances de la France en vue de ce traité du 14 mars, mais n’avoir pas changé d'avis au sujet de l'Empereur des Français dont les vues et les intentions n’ont pas cessé d’être regardées par lui comme dangereuses pour le repos de toute l’Europe » #. Le 28, Kanikov sait que Napoléon voulait « obtenir de l'Autriche encore 69.000 hommes de réserve et des provisions pour les troupes françaises »; mais « qu’il n’a rien été conclu ici, ni

(44) HANDELSMANN, Instructions et dépêches, t. 2, p. 86, 28 avril 1812. (45) Glavny Archiv, n° 6021, Dresde mai, sans date.

(46) Niemcewicz, Pamietniki, t. 1, p. 327, 27 mai.

(47) Glavny Archiv, n° 4783, Dresde 30/12 mai.

(48) Idem, n° 5297, Dresde 10/22 mai, chiffrée et en russe.

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