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faires étrangères, de tenir en mains les fils de toutes choses. Il demande à Bignon de ne correspondre qu’« avec lui seul », car dans le duché « la place de Président du Conseil est absolument nulle », et ce n’est que « dans les cas d'urgence » que Bignon pourrait « s'adresser au ministre, chef du dépar- __ tement que regarderait l'affaire en question » 57. Et, agissant
. ainsi, Senfft contribue certainement pour beaucoup à annuler la situation du Président du Conseil du Duché.
Quand Michel Oginski, frère utérin de Lubienski, rentrant de France en Russie passe à Dresde en 1811, Kanikov l’amène en persona grata à un bal donné par Senfft 8. Ce dernier se complait à cultiver avec les Czartoryski des relations de parenté qui se traduisent pour les Czartoryski par « le versement d’une somme dont, les fonds leur manquant pour la payer, l'avance leur fut faite par le comte Zamojski ». La famille Czartoryski ayant « mis de la cajolerie à se trouver une relation de parenté avec Mme de Senfft, de cette cajolerie adroïtement conduite, il est résulté une sorte de liaison qui oblige ce ministre à quelque démonstration d’égard et de complaisance. Les intentions de M. de Senfft n’en sont pour cela ni moins droites ni moins pures » pense Bignon 5. Peut-être, mais c’est à Senfft que Matuszewiez doit d'être ministre des finances et pour un peu Lubienski lui aurait dû de remplacer Potocki; quand aux relations entre Senfft et Kanikov, elles semblent si bonnes, que c’est plaisir d’en parler.
On peut laisser de côté les nombreux cas où le pseudonyme on ne peut convenir qu’à Senfft comme personne qualifiée renseignant Kanikov. Il suffit de noter les renseignements auxquels son nom est nettement accolé. Le 4 mai, « le duc de Dantzig est encore ici; le comte de Senfft m’a confirmé hier que ce maréchal était nommé pour commander les vieilles gardes » %. Le 8, le comte de Senfft « m’a dit, ainsi que le général Gersdorf, qu'un courrier arrivé hier du corps saxon, en a rapporté des rapports du 3 mai datés de Radom où il était encore. Il semble cependant qu'on s'attend qu’il se rendra incessamment à Lublin. Le roi de Westphalie se trouve à Varsovie où, il établit, dit-on, pour le moment, son quartier
(57) HANDELSMANN, Instructions et dépêches, t. 1°", 15 avril 1811, p. 318. (58) OGinskI, Mémoires, Le 3 D:r20:
(59) Re Instructions et dépêches, t. 1, 20 sept, 1811, p. 417. 21 déc. 1811. 479.
(60) Cohy Archiv. n° 4445, Dresde 22 avril/4 mai.
général. Le Comte de Senfft m'a confirmé qu’il commande les troupes saxonnes, Westphaliennes et varsoviennes qui forment ensemble l'aile droite. Le corps du Prince d’Eckmühl doit avoir passé la Vistule; d’après les dernières nouvelles, ce maréchal était à Plock 61. Le 42 mai, à l’occasion de l’arrivée prochaine de Napoléon : « Le comte de Senfft m’a dit seulement à cet égard qu’il est à supposer qu’il compte s’arrêter quelque temps à Dresde. Le bruit ayant couru que les hostilités avaient commencé, le même jour Senfft a assuré à Kanikov « au contraire qu’ils n’ont rien reçu dernièrement concernant les armées » LE Le 17 juin : « Le régiment de cavalerie du Prince Jean a eu l’ordre de suivre l’armée et celui du prince Maximilien a reçu aussi l’ordre de se tenir prêt. J'ai parlé à ce sujet à M. de Senfft qui m'a nié ce qui avait rapport au régiment du Prince Maximilien, mais a avoué la marche de l’autre, disant que ce régiment a été regardé comme l'équivalent au déficit des malades de leur corps et a ajouté que d’autres états de la Confédération, et il m'a nommé la Westphalie et le Wurtemberg, envoyaient aussi des renforts à l’armée en supplément à leurs contingents » %. Le 20 juin, Senfft, interrogé par Kanikov au sujet de la réunion de la diète à Varsovie par l’ambassadeur De Pradt, lui répondra avec une ambiguité et un embarras qui paraîtront suspects à Kanikov et ne proviendront que de l'ignorance réelle où est le ministre saxon des intentions de l'Empereur. Senfft dira en réalité le fond de sa pensée à Kanikov, suppléant à son manque d’informations à l’aide de « quelques phrases dites d’un ton confidentiel par lesquelles il me faisait comprendre que le Roi n’a pas été consulté ni même prévenu sur les projets de l'Empereur Napoléon auxquels ienait la nomination de cet Ambassadeur et que S. M. n'a guère eu de part aux dispositions relatives à la Diète qui doivent avoir été dictées par l’Empereur des Français. Il avouait qu’en effet cette ambassade était de nature à exciter l'attention et que même le choix d’un ecclésiastique pour la remplir semblait annoncer des plans étendus » 54 Ainsi, le roi est quelque peu froissé, De Senfft auquel échappent les affaires du Duché est inquiet, Alexandre est averti de tout et cela doit l’intéresser. Quand Senfft avertira Kanikov que la
(61) Glavny Archiv, n° 4517, Dresde 26 avril/ 8 mai. (62) Idem, n° 4784, 30 mai/12 juin.
(63) Idem, n° 6609, Dresde 5/17.
(64) Glavny Archiv. n° 6739.
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guerre à commencé, ce sera en de tels termes que ce dernier écrira à Roumiantsov : « D’après ce qu’il m'a annoncé, je ne me crois pas obligé de quitter cette ville Je compte rester ici en attendant les ordres de S. M. » S.
Il est difficile de croire qu’un homme aussi prudent que Senfft n’ait pas, en échange de ses confidences, obtenu des renseignements utiles de Kanikov qui n’a guère pu lui cacher ses conversations avec Metternich, ni lui en taire le sujet; l'annonce du traité secret austro-russe du 2 juin pouvait en termes plus ou moins discrets lui être faite. N’est-il pas parent des Czartoryski ? Ceux-ci ignorent-ils, peuvent-ils ignorer qu’un accord de ce genre est à la veille d’être conelu ? En tout ceci, Senfft a plus pour but sa sécurité personnelle que le service de Frédéric-Auguste qui a pu fort bien tout ignorer. Mais Senfft, c’est Breza et Breza, c’est Lubienski. Tout ce clan en sait assez pour prévoir la complicité de Schwarzenberg avec les Russes, en escompter par avance les effets. Senffi, Lubienski, les Czartoryski, sans collaborer ouvertement à ce travail, agiront de façon à le faciliter sans se compromettre.
Sur le flanc droit de l’aile droite de la Grande Armée, de Lwéw à Varsovie en passant par Sieniawa et Pulawy, une offensive indéfinissable, insaisissable est imminente. Ce n’esi pas la guerre, l'attaque avouée et brusquée : c’est une paralysie de tout, une contamination aboutissant à une sorte de maladie du sommeil, une fuite continuelle de renseignements utiles à l’ennemi. Le centre de cette toile soigneusement tissée est l’éternelle Famille, la grande candidate au trône de Pologne, dans laquelle il eut fallu résolument choisir un roi pour tout sauver ou qu’il eut fallu traiter de la façon que recommande Lagowski et qui, sans gagner nulle couronne, mène un jeu qui doit à nouveau faire sombrer la Pologne.
(65) Idem, n° 7124, Dresde 16/33 juin.