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vous »%, Mais ceci dit, il parle à Adam, comme on parle à un agent : « Ni l'intérêt que m'ont inspiré les idées qui nous ont occupés, ni la résolution de les mettre en œuvre, quand les circonstances s’y prêteront, ne m'ont abandonné un instant. Les papiers ci-joints peuvent vous en convaincre, mieux que iout ce que je pourrais vous dire. Il ne s’agit donc que de déterminer la marche la plus avantageuse pour assurer le succès de nos plans et, pour que vous soyez mieux à même d’assurer votre jugement, je crois utile de vous donner quelques indications sur les opérations militaires. Quoiqu'il ne soit pas impossible que nous puissions nous porter jusqu'à la Vistule, même la passer et avoir le moyen d'entrer à Varsovie, il est plus prudent de ne pas baser nos calculs sur des chances aussi avantageuses; de là, la nécessité d’arranger nos démarches pour ne pas compter sur les ressources et l'effet que la possession de Varsovie pourrait nous procurer. Cest done . dans nos provinces qu'il faudra créer le centre d’action.. Je me contenterai seulement de rappeler l'étendue immense de terrain que les armées russes oni derrière elles pour se retirer et ne pas se laisser entamer; et les difficultés qui, # mesure, augmenteront pour Napoléan, en s’éloignant si fort de ses ressources. Si la guerre commence, on est résolu à ne plus poser les armes. Les ressources militaires qu’on a rassemblées sont très grandes et l’esprit public est excellent, en différant essentiellement de celui dont vous avez été témoin les deux premières fois. Il n’y a plus cette jactance qui faisait mépriser son ennemi. On apprécie au contraire toute sa force, on croit des revers très possibles, mais on est décidé malgré cela à soutenir l’honneur de l'empire à toute outrance. Quel effet la jonction des Polonais ne ferait-elle pas dans ces circonstances ? C’est immense et cette masse d'Allemands menés par force suivraient certainement l'exemple des premiers. Ne serait-il donc pas possible de produire ce grand résuliat ? La Suède a conclu une alliance offensive et défensive avec nous. Le Prince royal brûle du désir de devenir l’antagonisie de Napoléon contre lequel il à une ancienne inimitié personnelle. Comme Polonais, vous ne pouvez pas vous aveugler sur tous les malheurs auxquels votre patrie s'expose, si, suivant les étendards de la France, elle donnaït à la Russie un droit
(39) MaAzADE, Mémoires du Prince Adam Czartoryski, Paris, Plon 1887, 2 vol. in-8°, 2 vol. p. 279 et suivantes.
de se venger d'elle pour tout le mal qu'elle lui aurait fait. Je désire que vous me donniez une liste d'individus sur lesquels nous pourrions compter pour l’exécution de nos plans. Il serait très avantageux, si, dans le nombre, il y avait des militaires du duché. Me conformant à vc conseils, j’ai mis jusqu'ici une grande modération envers ceux de vos compatriotes dans nos provinces qui sont notés pour être très malintentionnés pour la Russie, espérant que cette modération serait très appréciée. Cependant, elle a produit plutôt l'idée que c’est une sorte de crainte qui oblige à dissimuler envers eux. La guerre une fois commencée, il serait très urgent de déterminer la ligne de conduite qu’on suivra envers eux. La sécurité générale en dépend et je désire beaucoup que vous me donniez là-dessus vos idées. C’est à Vilna, mon cher ami, que je vous prie d'adresser votre réponse, la faisant passer par M. Lanskoy, gouverneur de Grodno ou de toute autre manière qui vous paraîtra la plus sûre, la plus prompte. M. Klutzchinski vous porte celle-ci. Adieu, mon cher ami, la Providence seule connaît l'issue réservée à tous les grands événements qui se préparent. Il m'aurait été bien doux de vous revoir à Vilna, pour où je pars dans 3 jours, ne fut-ce que pour peu de temps dans des moments aussi intéressants : je n’ose vous le proposer, sentant tout le danger qu’il y aurait pour vous. Ne prenez pour guide dans tout cela que votre prudence ét croyezmoi de cœur et d'âme tout à vous, pour la vie. Mille respecis à toute votre famille, à laquelle je porte une sincère affection ».
Ainsi donc, Alexandre révèle à Adam son plan de campagne défensive à outrance et son traité du 5 avril avec la Suède. C’est là une offensive hardie contre la conscience, belle de scrupules et timorée, de l’ex ministre qui ne pourra dès lors l’abandonner sans le trahir et mesure avec terreur le danger qu’il courrait en s’y risquant. La menace de vengeance contre la Pologne, si elle s’unit à la France est claire; la me-
nace de représailles contre les Polonais de Lithuanie compro-
mis avec la France à la forme d’une invite à Czartoryski de s’interposer, s’il veut rester persona grata, faute de quoi, ils seront frappés. Il y à un ordre direct du tsar au prince de fournir une liste de partisans sûrs parmi lesquels il devra y avoir des militaires du duché : ceci suppose dans le pays un travail de séduction incompatible avec la neutralité chère à Linowski. Alexandre associe à Adam dans sa « sincère affec-
tion » « toute la Famille », et ce mot resserre la solidarité entre cette Famille et Adam. L’invitation à garder une neutralité de surface en évitant de venir à Vilno, s’orne de l’indication de la voie par laquelle on peut correspondre. Le Prince Adam a reçu cette lettre à Sieniawa, fin avril : elle n'a traversé le duché que si ses porteurs l’ont voulu, s’acheminant de Grodno à Pulawy et de là à Sieniawa. Fin avril, Adam Czariorysky n’est done pas un Polonais capable d'arbitrer le conflit entre Napoléon et Alexandre; c’est un agent, malgré lui peut-être, mais un agent du tsar, tenu vis-à-vis de lui à une sûre obéissance.
Si l’on en croît son beau-frère Zamojski, le Prince Adam est dans une position désespérante : « après avoir rêvé toute sa vie le rétablissement de la Pologne, il se trouve dans le moment de la délivrance de sa patrie, enchaîné de manière à n'y pouvoir prendre part. Sujet, ami, serviteur de l’Empereur Alexandre, six fois il a demandé sa démission et six fois la réponse de l'Empereur a été un refus. Tout récemment encore, il en à reçu une qui renfermait quelque chose de dur, même de cruel. L’empereur écrit au Prince Adam que c’est par rapport à lui qu’il a montré tant de ménagements pour les Polonais, mais qu’il ne se eroira plus tenu à la même conduite, si le Prince s’obstine à vouloir le quitter, en sorte que cette lettre semble vouloir faire dépendre du prince Adam le traitement qu'on ferait ultérieurement aux habitants des provinces polonaises russes et jeter sur lui la responsabilité de cet état de choses. Le Prince Adam ne croit pas pouvoir se déclarer encore. » Bignon écrit ceci à Bassano le 13 juin, et sa conversation sur ce sujet avec Zamojski date de quelques jours seulement #2.
Adam Czartoryski fait lui-même allusion à deux de ces démissions en 1810, dont l’une a été publiée par Mazade . La lettre du 25 janvier/6 février 1812 semble avoir été aussi une démission. La lettre du tsar du 13 avril est le dernier refus #. Le prince a démissionné encore le 22 mai 1812, le 4# juin #. Il est donc toujours fonctionnaire de l’Empire russe le 31 mai, puisque, à cette date, il n'a pu recevoir avis
(40) HANDELSMANN, Instructions et dépêches, t. . 98.
(41) Mémoires de Czartoryski, t. 2, p. 242, 1527 nov. 1810: p. 285 et suivantes, 4 juillet 1812.
(42) Idem.
(Mémoires de Czartoryski, t 2, p. 285-290.
que sa démission est acceptée. Il l’est encore, puisque le 4 juillet il écrira encore à Alexandre : « Je dois répéter mes instantes sollicitations et porter encore une fois aux pieds de V. M. I. ma demande formelle de démission. D’après l’article 6 de l’acte de la Confédération, tous les Polonais ayant des places militaires ou civiles en Russie sont sommés de quitter le service de cette puissance » ##. N’ayant reçu aucune réponse, il la demandera encore quoique sur un autre ton de Karlsbad le 16 août et de Vienne le 9 octobre #. L'obstination que met cet incorrigible et amusant démissionnaire à ne croire une démission donnée que quand elle a été acceptée, ne permet pas le 31 mai de le regarder autrement que comme un fonctionnaire de l'Empire russe. « Toute sa famille » ne peut d’ailleurs agir qu’en conformité avec lui, sous peine de le compromettre.
Jérôme en arrivant à Pulawy tombe donc dans une tranchée évacuée d'avance par l'adversaire. Pulawy ne sera ni un salon où l’on fera assaut d’amabilités de part et d’autre, ni un cabinet où Jérôme pourra discuter les conditions de laccession de la Famille aux vues de Napoléon. Si les relations de Jérôme avec les princesses Czartoryski (Sophie et Marie) eussent pu faire admettre la possibilité de la première alternative, en aucun cas il n’a pu espérer voir se réaliser la seconde. Or, la distance est si faible d’un acte de courtoisie à un geste diplomatique, que la Famille désireuse de s’épargner tout soupçon du tsar, devait renoncer à toute manifestation de politesse à l’égard du frère de Napoléon. C'est pourquoi il y eut tout au plus près de Jérôme un observateur de ses faits et gestes en la personne du prince Constantin Czartoryski.
Aussi bien, ce n’est pas par ses conversations directes ou indirectes avec l’ancien ministre d'Alexandre 1*, que Jérôme est chargé d’inquiéter le tsar. Il s'agit d’une démonstration militaire : il importe qu'Alexandre sache et le plus tôt possible que Jérôme vient d'arriver à Pulawy, qu'il a passé en revue les troupes de l'aile droite, comme si cette partie de la grande armée allait procéder à une offensive imminente. Il passera done en revue les Saxons le matin du 31 en face du château : il donnera ordre qu’on prépare 100.000 rations de
(44) Idem.
(45) Idem, p. 290, 298.
biscuit à Lublin, et qu'on lui tienne prêt là un logement comme s’il allait y revenir. Il peut être tranquille : en répétant, comme une confidence de l'Empereur qu’il attend, d’un jour à l’autre, des ordres pour se porter sur Lublin avec toute son armée, y donner la main à Schwarzenberg, et pénétrer en Wolhynie par Zamose et Wladimir à la tête de plus de 100.000 hommes #, il est sûr que ce bruit sera recueilli par les espions qui pulluient autour de lui et franchira sans retard la frontière en direction de Wilno; qu’il ira aussi de Pulawy à Sieniawa et, passant par la maison de Lanskoy à Grodno, atteindra également Wilno par cetie voie.
Jérôme de plus, par vanité de Bonaparte, et aussi pour souligner, et accuser l’importance de son séjour à Pulawy, lui donner l'apparence d’une certaine durée, a daté de cette résidence un décret intéressant le royaume de Westphalie. Et ce fait n’est resté inaperçu ni des agents russes, ni des Polonais, ni de Roumianisov. Jérôme entretient alors une active correspondance avec Catherine. La reine a écrit de Dresde au roi les 23, 25, 26 au roi. C’est dans sa lettre du 23 qu'elle a écrit ces phrases qui ont retenu l'attention de la postérité : « Depuis que forcément je vois un peu plus clair en affaires, je me crois obligée de te dire qu’il est temps enfin de faire marcher les ministres à la française, puisque telle est notre constitution et de ne pas trouver des obstacles et des traverses dans tous les esprits; je crois aussi que tu devrais mettre plus de sévérité, plus de rigueur vis-à-vis de ces Messieurs, car ils ne marchent pas assez dans notre système » 47. C'est sous l’impression de cette lettre que Jérôme a quitté Varsovie pour Pulawy. Le matin du 51, il a reçu à Pulawy même par le prince de Hesse arrivé en poste, la leitre de Catherine du 25 chargée de reproches de Napoléon qui l’étonnent d'autant plus qu'il se voit chargé par l'Empereur d’une importante mission de confiance #. Cette lettre et une lettre du 26 qui vient aussi d'arriver, concernent surtout des questions financières. Il s’agit de trouver de l’argent : la reine envoie à Jérôme, les rapports du conseil d'Etat du 20 mai, et du Conseil des ministres du 24, dont Pichon aflirme qu’ils ne contiennent que des moyens impraticables de produire des ressources.
(46) Mémoires de Jérôme, t. 5, p. 317.
(47) Mémoires et Corresp. de Jérôme, t. 5, p. 473-4.
(48) Idem, t. 5, p. 481. Jérôme à Catherine, Pulawy, 31 mai à 8 h, du matin.
Malchus affirme qu'il est impossible d’exhausser les impôts, Pichon est convaincu du contraire; Malchus avance qu'on ne peut établir les contributions foncières sur le pied français; Pichon croit qu’on le peut en abolissant la corvée et en payant aux cultivateurs les transports militaires #. La lettre du 27 sera une longue recommandation de la reine à J érôme qu’« avant de prendre aucune espèce de parti relativement aux finances » il eût « attendu et bien pesé les deux rapports du ministre des finances et de M. Pichon » qu'il leur a demandés °°.
Jérôme répond une première fois à Catherine à 8 heures du matin en faisant remarquer que « Pichon est beaucoup trop ambitieux, qu'il faut le retenir; que les autres ministres ont autant d'intérêt que lui que tout marche; qu’il faut éviter d’avoir l’air de protéger ou les Allemands ou les Français; voir souvent le ministre des finances et rassembler souvent les ministres en conseil 5! ». Puis, l’après-midi, il récidive, — il pleut 5? — : il a lu, relu ces rapports, et réfléchi. Il s’est « convaincu par les chiffres que, vouloir augmenter les impôts de 14 ou 15 millions est un rêve de M. Pichon qui se croit encore aux Etats-Unis ». Il s’est donc arrêté aux points contenus dans une lettre à Siméon que la reine devra lire avant de la transmettre. Il engage Catherine à ne pas se fier au trio Pichon, Bongars, Bercagny : « Comme ils parlent mieux, ils séduisent, mais n’ont jamais rien fait de bon que ce qui regardait la besogne que je leur ai confiée; quand ils ont voulu sortir de leur cercle, ils n’ont fait que des bétises. Crois en mon expérience, chère amie, ne te laisse pas séduire par des paroles; juge toi-même et tu feras, après les avoir écoutés, mieux qu'eux tous % ». Et alors, Jérôme agissant en conformité avec le conseil qu’il donne, fait rédiger sous ses yeux et signe un décret fixant la contribution foncière au cinquième du revenu imposable 54,
(49) Idem, t. 5, p. 474-5. Cath. à Jérôme, Dresde 26 mai.
(50) Idem, t. 5, p. 476. Cath. à Jérôme, Dresde 27 mai.
(51) Mémoires et Corresp. de Jérôme, t. 5, p. 482
(52) BoLTENSTERN, Mémoires d’un page, p. 77.
@3) Mémoires et Corresp. de Jérôme, t. 5, p. 483, Jérôme à Cath, Pulawy 31 mai soir.
(54) « Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, vu l’art. 16 de l'acte constitutionnel et les art. 5, 6, 59 et 60 de la loi du 21 août 1808 sur la contribution foncière, considérant qu’il est urgent de faire disparaître les inégalités qui existent dans les rôles de perception jusqu'à présent en usage, sur le rapport de Notre Ministre des finances, Notre Conseil d'Etat entendu; Nous avons décrété et décrétons. Art. 1%