DIT
Jérôme eut pu sans doute attendre deux jours et signer ce décret au palais Brühl à Varsovie. Mais il peut trouver là à l’arrivée des ordres pressant l'exécution de ceux déjà reçus qui l’envoient vers Pultusk; puis il y a chez lui, comme chez l'Empereur, par politique et par simple esprit d'imitation une certaine gloriole à dater du château des Czartoryski un décret touchant les finances de la Westphalie. Ce décret de Pulawy, c'est son décret de Moscou : il n’est pas un de ces rois sédentaires qui ne sorte de leur Etat que quand un autre roi les invite ou qu’une invasion les force à s’enfuir. Les rapports des Ministres et du Conseil d'Etat vont à sa poursuite dans ses courses les plus rapides et il leur donne une suite précise sous forme de décret. De Pulawy comme de Cassel, il administre Hanovre, Brunswick. Partout où il est, il reste roi de Westphalie et a plaisir à « avoir décrété et à décrèter ». Le métier de général ne lui fait pas prendre en dégoût le métier de roi. Îl ne sacrifie pas volontiers au désir d’avoir de l'argent pour guerroyer, l'avenir du trône de Westphalie. Ce fait, vu de Pulawy, est parlant : si l'Empereur a « pensé » à Jérôme pour la Pologne, Jérôme continue à penser avant tout à la-Westphalie.
Ce décret ne restera pas un acte intéressant uniquement Jérôme et ses sujets. La Gazette de Cracovie publiera une correspondance de Cassel, 10 juin mentionnant le décret de
À partir du 1% janvier 1812, la contribution foncière sera fixée à 20 % ou au cinquième du produit net des biens fonds imposables. Art. 2. Ladite contribution continuera à être perçue par douzième. L’arriéré des six premiers mois de cette année sera réparti à sommes égales sur les six derniers. Art. 3. L’assiette en sera effectuée d’après les nouvelles évaluations faites par les experts sous la direction de l’agence des contributions directes. Art. 4. Les contribuables qui croiraient que par ces nouvelles évaluations leurs biens ont été imposés à plus de 20 % pourront s'adresser aux conseils de préfectures qui feront droit à leurs réclamations, s’il y a lieu. Les frais seront à la charge de la partie succombante. Néanmoins, aucun contribuable ne sera admis à réclamer, s’il n’a provisoirement payé la cote pour laquelle il a été porté sur les rôles. — Art. 5. En conformité de l’art. 59 de la loi du 21 août 1808 précité, la différence qui a jusqu’à présent subsisté en diverses parties du royaume dans la perception, de la contribution foncière, entre les biens fonds grevés et non grevés de rentes constituées en foncières et autres prestations en argent ou nature, cessera dès à présent. Les redevables payeront la contribution en ‘entier et seront autorisés à retenir aux propriétaires le cinquième de la redevance dans le cas où la retenue peut être exercée conformément aux articles 59 et 60 de la dite loi du 21 août 1808. — Art. 6. Notre Ministre des finances est chargé de l’exécution du présent décret qui sera inséré au Bulletin des Loix. Donné à Pulhavi, le 31 mai 1812, la sixième année de notre règne. Signé : Jérôme Napoléon {Glavny Archiv, n° 5753).
Pulawy et datant du 1* juin sa mise en vigueur %. Le 12 juin, Iakovlev écrira à Kanikov : « Pour faire face aux dépenses multipliées qu’amène l’état actuel des choses en Westphalie, le roi a signé à Pulavi un décret qui augmente limposition foncière et da fixe au 5° du revenu 5%. Iakovlev a écrit à Pétersbourg au Comte. Saltykov : « Les dernières nouvelles qu'on a reçues de S. M. le Roi de Westphalie sont du 31 mai de Pulavi où S. M. à signé un Décret portant fixation d’une nouvelle contribution foncière dont j'ai l'honneur de joindre copie. Quoique cette imposition paraîtra dnéreuse à beaucoup de propriétaires, elle devenait cependant urgente vu les dépenses extraordinaires qu’amène l’état actuel des choses; non seulement on continue avec activité les armements pour compléter l’armée, mais on fait partir chaque mois au delà de 400.000 frs pour la solde des troupes westphaliennes en Po logne » 57.
Ainsi Iakovlev à Cassel, Kanikov à Dresde, le publie de Cracovie et de la région, savent que Jérôme a signé un décret à Pulawy. La lettre et le décret reçus par Saliykov ont été enregistrés à l’arrivée le 4/16 juillet. Le gouvernement russe sait done le 16 juillet que Jérôme résidait à Pulawy à la date du 31 mai. Tout le monde sait (ou a pu apprendre, à cette occasion) ce que c'était que Pulawy. Et Adam Czartoryski a beau habiter Sieniawa; entre le 10 juin et le 16 juillet 1812 idée de la rédaction d’un décret de Jérôme à Pulawy était néanmoins déconcertante. Cela ne suppose nullement une halte à Pulawy entre deux courses à une allure effrénée, mais un séjour paisible dans le château, une installation plus ou moins longue dans un milieu où le roi de Westphalie, bien reçu, règle à son aise les affaires de son royaume, tandis qu’à côté
travaille son état-major, et que sans doute la famille Czarto- :
ryska lui prépare les soirées et réceptions qu'elle sait donner, quelque chose dans le goût du séjour à Pulawy d'Alexandre E en 1805. Cela donne à penser aux Polonais de Galicie dont beaucoup peuvent recevoir la Gazette de Cracovie; aux agents diplomatiques étrangers accrédités à Cassel et à Dresde lesquels savent ce que c’est que Pulawy, aux Russes en relations avec Takovlev, Kanikov, Saltykov. Sans doute, les liens indissolubles qui unissent les Czartoryski à Alexandre sont bien connus. Mais (55) Gazeta Kzakowska, n° 52, 29 juin.
(56) Glavny Archiv., n° 6363. Cassel, 31/12 juin. (67) Glavny Archiv, n° 6318, Cassel 30 mai/i1 juin.
les convictions politiques dans la plaine polonaise sont si mal abritées contre des sautes de vent, elles trouvent de si peu sérieux points d'appui dans le sable sur lequel elles reposent; Napoléon a tant de ressorts pour faire agir les gens. Si les - Czartoryski impressionnés par le déploiement des forces dont dispose l’empereur des Français, gagnés peut-être par quelque promesse propre à satisfaire leurs ambitions, étaient, tout en gardant une apparence temporaire de fidélité, passés en réalité au système français ! Il y a de tout cela un peu dans le nom de Pulawy au bas du décret du 31 mai. Et sans doute Jérôme eut pu passer une demi-journée de moins à Pulawy, se montrer en coup de vent une demi-heure à Lublin et signer plus tard son décret de Varsovie. Mais sans doute en paraissant satisfaire plus à la lettre aux désirs de l'Empereur, il eut en réalité produit un moindre effet.
Les moyens ne manquent pas de rétablir au plus vite la vérité : à l’est de Pulawy, il y a sur le Bug à Wiodawa un juge, M. Zawadzki qui par la Zastava (barrière) de Rupe fait en 1811 passer la correspondance de Czartoryski au tsar par Lanskoï. Des espions au service de la Russie, avertis du voyage de Jérôme, ont pu de Pulawy même faire parvenir à Rupe en une nuit la nouvelle de son arrivée et celle de son départ. En vingt-quatre heures, Constantin a pu renseigner son frère Adam du moment de l'entrée du roi à Pulawy et de sa sortie, et ainsi le mettre en position de se justifier par avance. De Sieniawa, Adam communique avec Lanskoï par le bourg d’Uscilug sur le Bug, grâce à M. Golembiowski de Poryk et au soldat de douane Froznow ‘8. Il y a aussi M. Klutzchinski 5. Effectivement, Czartoryski écrit à Alexandre, le 4 juin %, « les événements » le « décidant » « à réitérer sa demande de congé absolu ». Il confiera « cette lettre à une personne très sûre » et dans une lettre postérieure au tsar, il dé-
(58) Mémoires et correspondance du Prince Adam Czaztoryski, T. 2, p. 254, lettre du 18/30 janvier 1811, Adam à Alexandre. — Tchernischeff, l’habile homme qui a la main dans tous les tiroirs de Napoléon, qui a poussé le tsar à entrer inopinément dans le Duché, à s’y proclamer roi de Pologne et à tourner contre Napoléon tous les moyens préparés dans ce pays pour lui faire la guerre, a pour mère une Lanskoï demoiselle d'honneur de Catherine qui l’a modelé à la Potemkine. Tchermischeff, Lanskoï, Czaztoryski, trois anneaux d’une même chaîne, dont le dernier est difficile à détacher des autres. (Sorel : L'Europe et la Révolution, t. 7, p. 515, 513.
(59). Mémoires et correspondance du Prince Adam Cz. t. 2, p. 279 et suivantes, Alexandre à Adam 1° avril 1812.
(60) Idem, t. 2, p. 285-9, Adam à Alexandre, 4 juillet 1812.
clarera ne pouvoir « douter aw’elle ne lui soit parvenue depuis longtemps » 51, La même lettre du 4 juin semble d'ailleurs avoir eu un long post seriptum daté du 13 juin, et n'être partie qu'après cette date. :
Czartoryski, c'est Hamlet avec ses grandiloquences, ses perpétuelles hésitations, ses reculades devant la décision à prendre lui-même; c'est Hamlet en face d'un royaume de Danemark devant lequel il gémit et qu’il naura jamais, parce qu'ayant sans cesse des velléités d'agir, il n'agira jamais. Il ne donne pas sa démission, il demande qu'Alexandre Paccèpte; il veut abandonner Alexandre et rester son ami; il redoute Napoléon, mais les espaces sur lesquels compte Alexandre pour se défendre, lui inspirent quelque confiance; il a l’air de se croire dans une certaine mesure l'enjeu de la guerre et il s’en retire ©. Il a quelque chose de Chateaubriand et de Mme de Siaël dans sa façon de jouer au Titan entre Napoléon et Alexandre; pourtant il diffère totalement de ces deux orgueilleux, il est modeste. Il est prudent, et d’une prudence excessive, car il n’est rien et ni Napoléon ni Alexandre ne songent sérieusement à faire de lui quelque chose, en quoi ils auront tort, Czartoryski étant à cetie date le seul roi de Pologne possible.
Pourquoi ni le Prince Ladislas Czartoryski, ni Charles de Mazade, ni aucun des Czartoryski depuis, n’ont-ils publié la lettre du 4 juin ? En quoi la situation du prince Adam s’estelle avant cette date chargée de « difficultés croissantes ? » Pourquoi ne l’a-t-il envoyée qu'après le 13 ? A<-il présenté dans cette lettre des faits précis ou s'est-il contenté de nébuleuses tirades ? S'il a précisé et mentionné la présence de Jérôme à Pulawy, il a, sans le vouloir, rendu service à Napoléon. Maïs peut-être a-t-il noté que, ni ses parents ni lui n’ayant reçu Jérôme à Pulawy, ils ont offensé ainsi le roi et par suite Napoléon; que le mauvais vouloir de ces princes peut avoir les plus fâcheuses conséquences pour les chefs de la maison Czartoryska, s’ils persistent dans leur abstention, et pour la
(61) Mémoires et correspondance du Prince Adam Czartoryski, t. 2, p. 293. Adam à Alexandre, Vienne, 9 octobre 1812.
(82) Brezinsxi, le biographe de Czartoryski a noté combien les Russes ont été partagés dans leurs appréciations de son rôle comme ministre : Schilder lui donne la première place parmi les collaborateurs du tsar; Soloviov voit dans son projet de restaurer la Pologne, l’acte d’un fou furieux (Zywot Ks Adama Jerzego Czartoryskiego, Varsovie, Gebethner 1909, 2 vol. in-16.
Pologne elle-même à laquelle l'Empereur des Français jugera qu’ils ont donné mauvais exemple. Si la lettre a été conçue en ces termes, elle fait apparaître le voyage de Jérôme à Pulawy, comme ayant amené le prince Adam à exercer une nouvelle . pression plus instante sur le tsar, pour obtenir que les Czar- toryski entrent tous activement dans le mouvement qui va . préparer la restauration de la Pologne. On peut écarter réso- - lumeni l’idée d’une lettre qui n'aurait d'autre but que de renseigner l'Etat-major russe. Reste l'hypothèse d’une lettre toute en phrases vagues, en allusions dont Alexandre n’aurait pleinement compris le sens que lorsque, le 16 juillet, il aurait eu connaissance du décret de Pulawy : le vague d’une telle letire, encore qu’il soit parfois dans le style d'Adam, eut été pour lui la plus dangereuse des choses, eut incité le soupçonneux Alexandre à se demander s’il ne s’était rien passé, ne fut-ce que par personnes interposées entre Jérôme et les Czartoryski. La première hypothèse est la plus vraisemblable. De ioutes façons, il faut publier cette lettre; il faut pu- - blier toutes les lettres de la maison Czartoryski sur cette période de son histoire. Même si leurs détenteurs actuels qui . sont les héritiers du nom, et qui ont un héritage de gloire et de grandeur à conserver intact pouvaient — ce qui n’est pas sûr — avoir à craindre que le patriotisme polonais, du prince Adam Georges en parût diminué, ils le devraient. Jamais son renom ne sera attaqué à notre époque, comme il le fut entre 1830 et 1865 par les Polonais eux-mêmes. Nous sommes assez éloignés des faits pour comprendre qu’il n’y eut pas en 1812 en Pologne un groupe d'hommes qui avait le monopole du patriotisme polonais et un autre composé de traîtres à la patrie. [1 y avait de part et d'autre des gens qui envisageaient les possibilités de reconstitution de la Pologne, les modalités de cette reconstruction, les chances de durée et de stabilité du nouvel Etat. Napoléon pouvait tomber au cours d’une bataille, être assassiné; même si son règne devait durer longtemps et dans les mêmes conditions, il pouvait avoir un successeur bien moins doué que lui ou moins préoccupé de la Pologne, et alors dans tous ces cas la Pologne se serait retrouvée en tête à tête avec l’éternelle Russie. Il y à donc quelque chose de juste dans l’idée de Czartorvski de vouloir normaliser les relations de la Russie avec la Pologne. Ei il apparaît qu'il n’y a pas lieu de nous laisser ignorer la vérité sur toute l’histoire des partis politiques polonais à cette date.
Il y a trop de lacunes dans les publications faites sur cette période. 11 est trop commode de ne publier qu'une partie de la correspondance du Prince Adam Georges. On ne peut s’imaginer que ce prince ait attendu son extrême vieillesse pour écrire des Mémoires qui s'arrêtent au lendemain. d’Austerlitz S3, alors qu’au cours de son long séjour en France, il a eu tant de loisirs de le faire. Il est tout à fait étrange que les Mémoires de Dembowski s’interrompent à la veille de la guerre de 1812 pour ne reprendre qu’en 1830 %. Il est non moins bizarre que ceux de Lubienski soient muets sur l’année 1812. Ces seuls exemples suffiront. En France de même, le mauvais vouloir des héritiers de la famille Caulaincourt dans la communication des papiers de cet ambassadeur, fait douter de leur destruction réelle au cours de la dernière guerre : et la publication des fragments donnés par M. le Duc de la Force dans la Revue des deux mondes, fait désirer que ces papiers soient tous publiés.
Jérôme avant de quitter Pulawy écrit à la reine Catherine : « C'est un bel endroit, mais loin de ce que les vers de l’abbé Delille font espérer » %. D'abord Delille peint un paysage d'automne :
« Venez ici, vous tous, dont l’âme recueillie
Vit des tristes plaisirs de la mélancolie;
Voyez ce mausolée, où le bouleau pliant
Lugubre imitateur du saule d’Orient,
Avec ses longs rameaux et sa feuille qui tombe,
Triste et les bras pendants, vient pleurer sur la tombe. »
Or, on est au 31 mai. Delille écrit encore au sujet des bords de la Vistule à Pulawy :
« Quel plaisir, quand le soir jette ses derniers feux
De voir peints à la fois dans ses flots radieux
Qu'un beau pourpre colore et qu’un blanc pur argente, Le soleil expirant et la lune naissante ! »
Or, le temps est pluvieux. Delilie admire les serres :
« Là, les fleurs, l’oranger, les myrtes toujours verts, Jouissent du printemps et trompent les hivers;
D'un portique pompeux leur abri se décore,
Et leur parfum trahit la retraite de Flore ».
(63) Mémoires et Corresp. de Czartoryski, t. 1, p. 411.
(64) Demsowskr, Moje Wspomnienia, t. 2.
, (65) Mémoires et Corresp. de Jérôme, t. 5, p. 484, 31 mai soir, PuawWY.
Or, il se peut que les serres aient été fort négligées, l’absence des maîtres durant déjà depuis de longs mois. A l’éloge de la Princesse Isabelle « dont le génie orna ce lieu charmant », succède celui de Marie de Wurtemberg :
« Ta fille à ces beautés prête un charme nouveau :
Elle embellit les fleurs, le bosquet, le ruisseau,
Te rend plus chers les bois chéris de tes ancêtres.
Là, vos plus doux plaisirs sont des plaisirs champêtres; Là, communs sont vos vœux, votre bonheur commun; Vos parcs sont séparés et vos vœux ne sont qu’un »,
Or, ni la mère ni la fille ne prêtent par leur présence un charme nouveau à ce parc. La description que fait le poète du Temple de Mémoire n’est pas faite du reste pour exciter les sympathies de Jérôme :
J’y trouve le bon roi, l’usurpateur cruel
Et les traits de Henri près de ceux de Cromwell;
La chaîne de Stuart, ce livre d’Antoinette,
Par qui montait vers Dieu sa prière secrète,
Ah ! couple infortuné, sujet de tant de pleurs,
Vos noms seuls prononcés attendrissent les cœurs » 66,
Mme Delille écrira en tête de la sixième édition des œuvres de son mari : « L’inébranlable fermeté qui l'avait fait braver les menaces de la terreur, le fit résister aux séductions du pouvoir impérial et rien ne put le décider à consacrer à la gloire de Napoléon les accents d’une lyre qu’il avait vouée à retracer les malheurs de ses anciens maîtres » 57. Tout ceci, et le sentiment pénible qui se dégageait du séjour dans une résidence dont les maîtres n'étaient pas venus le recevoir, suffit à expliquer l’opinion qu’a Jérôme de Pulawy.
Avant de passer la nuit à Kozenice, Jérôme dut à Gniewaszow passer en revue une division saxonne. Ici, incident personnel, désagréable pour le cavalier très passable que paraît avoir été Jérôme : il montait un beau et fougueux cheval anglais. Cette bête fit tant et si bien qu’elle tint le roi éloigné des troupes pendant qu’elles défilaient. Les officiers de sa suite eurent de même fort à faire avec les chevaux que leur avaient préparés les Saxons : vainement ceux-ci expliquèrent-ils aux
(66) Dezizce (Jacques), Œuvres complètes, Paris, Firmin Didot, 6° édition 1840, 914 p. in-8°, p. 8-9. : 1 ;
(67) Dezizce (Jacques). Œuvres complètes, Paris, Firmin Didot, préface DAV.
Wesiphaliens que tout le mal venait du harnachement qu'ils avaient apporté, de têtières incommodes au lourd frein doré, alors que les chevaux du corps saxon étaient habitués à un harnachement très léger. Les officiers Westphaliens, au lieu de reprendre ces chevaux, préférèrent monter les chevaux de paysans de leurs guides, ce qui leur donnait près des spectateurs amusés des airs d’aventuriers » ‘8.
Le 4* juin Jérôme à Gora reprend contact avec le & corps et avec Vandamme, Ce général, tout comme Reynier et Rozniecki, est en droit de regarder cette tournée d'inspection de Jérôme comme le dernier coup d'œil jeté sur les troupes avant l’ordre de commencer le feu. Marchand lui a écrit le 29 : « L'Empereur veut que chaque corps d'armée ait à sa suite pour vingt jours de biscuits ou de farine, et, outre cette provision, du pain biscuité pour huit jours dans le sac du soldat. Faites-moi le plaisir de m'envoyer de suite l’état des moyens que vous avez en ce genre et dans le cas où vous ne seriez pas pourvu de tous ces objets, il est indispensable que vous donniez des ordres à votre ordonnateur pour que tout soit prêt dans le plus bref délai, Un auditeur au Conseil d'Etat, envoyé par l'Empereur, attend les renseignements que je vous demande ». Et il lui fait transmettre à Reynier une lettre ana-
lague °°.
La veille de l'inspection de son corps par Jérôme, Vandamme lance done cet ordre du jour : « Soldats, Le moment approche
où je vous parlerai de combats et de victoires. Le grand Napoléon sera bientôt à la tête d’une armée formidable. Il ne vous reste que quelques jours pour vous préparer aux plus grands événements qui fixeront enfin la destinée de nos beaux pays. En ce moment les Rois font la revue de leurs légions afin que rien ne manque pour nous assurer la victoire. Officiers et soldats ressouvenez-vous de tous les ordres qui vous ont été donnés et soyez prêts au premier signal. Le général en chef : Comte Vandamme ”,
Un ordre de Marchand du 31 mai, parvenu avant la revue, le confirme dans cette conviction : « Je vous préviens, dit Marchand, que, d’après les ordres de l'Empereur, le 8 corps
(68) BaumGarTEN-Crusius, Die Sachsen 1812 in Russland (Tagehuch des Leutenant von Wolffersdorff), p. 27, 1% juin. Il est difficile de croire que cette revue ait eu lieu le 1% juin, si le 31 Jérôme a couché à Kozenice, et s’il à passé le 1* une revue à Gora.
(69) Arch. Min. Guerre, 29 mai 1812.
(70) Arch. Min. Ajf. Etr., F. W. vol. 10, n° 62, folio 126.
doit être placé entre la Vistule et Sierock et votre Q. G. fixé: à Praga. Ce mouvement doit être effectué le B juin. Vous occuperez Karezew, Stanislawow, Kamenczyk et la gauche de la Narew. Votre cavalerie légère occupera la gauche du Bug sur votre front. Dès que le roi sera arrivé, je prendrai ses ordres définitifs pour vous les transmettre. En attendant, faites ramasser autant d’avoine et de foin qu’il sera possible pour former un magasin particulier pour le 8 corps à Praga. Si vous pouvez trouver assez de moyens de réquisition pour emporter les 20 jours de vivres que vous devez avoir à votre suite, je pense que le roi vous autorisera à les conserver. Donnez ordre au général Hammerstein de partir le 4 avec toute sa brigade pour être le 5 à Wegrow où il devra appuyer sa droite. Sa gauche ira près de Kamienezyk. Il devra emporter autant de vivres pour ses chevaux qu'il pourra en ramasser parce que je présume que le pays qu’il va occuper, est entièrement épuisé. Son Q. G. et Partillerie devra être en arrière du Liwiec. Le 7° corps vous remplacera et le 4 de cavalerie serrera un peu sur voire droite. Le 5° passe entièrement sur la droite de la Narew d’Ostrolenka jusque Modlin et néanmoins ce mouvement ne doit pas encore être publié » 71.
Jérôme passa sa revue et se rendit compte de l’état des travaux du pont de Gôra, Aïllix ayant fait demander au Conseil des Ministres 5.000 zlotys pour cordages et boulons 72. Puis il rentra à Varsovie le 27.
La situation qu’il y trouva après ces quelques jours d'absence ne lui était pas et ne pouvait pas lui être favorable. La Famille à fort bien compris le coup droit qui lui était porté et qu’il s’agissait par le voyage de Pulawy de donner à la’ Pologne et à Alexandre l’impression qu’une amitié se nouait entre Czartoryski et Bonapartes. Et elle riposte de façon à détruire l’équivoque que Napoléon et Jérôme ont voulu créer. D’abord, avant de quitter Varsovie, Zamojski a fait insérer dans le n° 42 de la Gazette de Varsovie une note datée de Sieniawa 22 mai et nous apprenant que « le séjour de $S. A. le Prince Adam Czartoryski, Feld maréchai de $S. M. EF. et R. sur ses terres de Sieniawa est un merveilleux bienfait pour
(71) Arch. Min. Guerre, Varsovie 31 mai, Marchand à Vandamme.
(72) Luszczewki observe à qui parle de réquisitionner ces cordages chez un fabricant, que celui-ci ne se laissera plus faire, n’ayant jamais été payé (Archiv. Akt dawnych. Protokél Rady Ministrow : séance 372, fol. 231-233, 1° juin).
(73) NIEMCEWICZ, Pamietniki, p. 330, 2 juin.
les populations qui souffrent. Ces gens n'ayant pas de réserves alimentaires, il a fait venir 3.000 boisseaux de céréales. Depuis 6 semaines, on voit de 2 à 300 personnes venir recevoir des vivres de chacun de ses greniers. Dans chacune de ses fermes: on fait des soupes Rumford pour 2 à 300 personnes » #4. Ainsi, il est dit nettement que les Czartoryski ne sont pas à Pulawy, mais à Sieniawa (Autriche) et que le voyage de Jérôme ne touche pas leurs personnes. Il est rappelé que le vieux Czartoryski se glorifie d’être feldmarschall autrichien. Ïl apparaît enfin que loin d'affamer le peuple comme Jérôme, il en est le père nourricier. Et pour qu’on ne l’oublie pas, il sera inséré dans le n° 45 de la gazette une correspondance de Wlodawa (30 mai), signée « Possessor L. B. » qui répond à celle du 22 et ajoute que le maître de Sieniawa ne se contente pas de répandre ses bienfaits sur les galiciens, mais arrache à la misère les gens du comté de Wlodawa, où il n’habite pas, agissant ainsi « en père et seigneur » Ps. Ainsi donc, on fait savoir au publie polonais et en même temps à la Russie, le 27 mai et le 6 juin que le vieil Adam habite Sieniawa.
Dès le 28, Niemcewicz s’est remis à attaquer le parasite Jérôme qui se promène dans toute la Pologne pour se faire nourrir et abreuver. Le 2, il mentionne les mauvaises relations qu’auraient eues à Maciejowice Jérôme et Zamojski, et conclut : « Dieu nous garde de cette demi cervelle ! 75 » Mais, vraiment, peut-on croire que Jérôme se rendant à Pulawy ait, à Podzameze, tourné le dos à Zamojski, au lieu de lui parler ? Comment expliquer qu'il ne parle pas à Catherine de la mauvaise réception qu’on lui aurait faite là ? Zamojski au retour n’aurait-il pas tout simplement jugé bon de lancer cette histoire pour prouver clairement que la famille était loin de rompre pour Jérôme avec le tsar ? C’est une curieuse chose que le silence de tous les chroniqueurs polonais sur le séjour de £érôme à Pulawy. Depuis lors d’ailleurs, il ne s’écrit plus un mot qui soit sympathique à Jérôme.
Des réponses sont enfin venues de Dresde au fameux message du 16 mai. Le 29, on a lu au Conseil des Ministres 22 notes émanant du Roi : dans la onzième, aucune allusion visible à Jérôme; mais il est parlé de la puissante protection de
(74) Gazeta Warszawska, n° 42, supplément i (74bis) Idem, n° 45, 6 juin. PRÉ SSS (75) NiEmcewicz, p. 330.
Napoléon, on voit dans la menace de démission des ministres une manifestation de doute, d'alarme ne répondant pas à la confiance du roi; on les invite à être fermes, courageux, confiants. La 20° est un décret du 26 mai par lequel Frédéric Auguste « considérant les circonstances extraordinaires qui font prévoir au Peuple de grandes destinées et peuvent exiger le déploiement des moyens les plus rapides. les plus étendus, sans délai d'adoption ni de mise à exécution; reconnaissant la nécessité de constituer à Varsovie un Pouvoir Central assez fort pour mettre en œuvre ces ressources en l'absence du roi; pleinement confiant en la fidélité et la sagesse des membres du Conseil, en leur dévouement au roi, à la Patrie; déeide que ce conseil dans les événements subits que créeront les circonstances, pourra sous sa responsabilité gouverner, nommer aux places vacantes sauf confirmation royale, suspendre les fonctionnaires, exception faite pour les Ministres et les Juges. Les décisions du Conseil seront prises à la majorité des voix; elles ne cesseront d’être exécutoires que quand le roi les aura abrogées %. Le Conseil accueille ce décret par ä&es remerciements et la promesse de « répondre à la confiance si glorieuse pour lui de son Monarque » 77. A la vérité, un autre décret du 27 mai, reçu le 1 juin, suspend jusqu’au 8 juin l’exécution du décret du 26 #$. D'autre part ce renforcement des pouvoirs du Gouvernement de Varsovie ne vaudra que par les initiatives qu’oseront prendre les ministres. Il apparaît comme une mesure amoindrissant l’autorité de Frédéric Auguste. « Il est facile, dit Niemcewiez, de deviner que ce décret a été rendu sur l’ordre de Napoléon : il veut, sans garder même l’apparence d’un semblant pour Dresde, tout gouverner lui-même et ce sera tant mieux. Napoléon, jusqu'alors si prudent, si attentif à éviter la moindre mention de la Pologne pour ne pas froisser Moscou, médite certainement de ressusciter la Pologne, quand aujourd'hui, dans un décret public, il évoque nos grandes destinées. C'est le premier pas conduisant à la proclamation de sa reconstitution, le mot lâché pour raffermir l'esprit national refroidi par la souffrance, la préface de la déclaration de guerre à Moscou et
(76) Archiv. Akt dawnych, Protokél Rady Ministroôw : séance 371, 29 mai, folios 226-231. Ce décret a été publié par Voïenski (Akty, dokumenty i materialy dla istorii 1812 goda, t. 1, p. 2).
(77) Protokot Rady Ministrow, séance 371, 29 mai, folios 226-231.
(78) Idem, Séance extraordinaire 372, 1 juin, folio 231-238.
peut-être de l’abdication du roi Après tant de tristes notes, je me hâte avec joie d'inscrire ici la première notification heu-
reuse pour notre peuple qui ait été faite depuis longtemps » ©.
Dans la même séance du Conseil du 1* juin fut lu le décret du 23 mai annonçant le paiement par l'Empereur au gouvernement du Duché d'un million de francs dont moitié avant le 4x juin, et le reste au cours du mois, ainsi que Pattribution de cette somme au paiement de la solde des troupes du Duché $%. Niemecewiez se livre à ce commentaire : « Quant aux dettes de la France à notre égard, qui ont été reconnues s'élever à 7 millions, on n'entend pas dire qu’il soit question de nous les payer. L’annonce de grandes destinées adoucit tout et fait tout supporter » 81.
Et il est plus que jamais question de l’arrivée de l'Empereur à Varsovie. Batowski, ancien collègue de Niemcewiez à la diète de quatre ans, envoyé par Frédéric Auguste comme maréchal du service d'honneur de Napoléon, annonce la venue imminente de l'Empereur. Ce polonais gâté par l'amour et la fortune, repu de crédit, de biens, d'emplois, jouant au personnage que la chance accable, qui baiïlle, s'ennuie et souffre d’une indigestion de bonheur, s’en étant trop gavé pour pouvoir le digérer, trouve moyen de faire des récits pompeux « de la réunion des monarques à Dresde, du ton de maître du monde que Napoléon gardait parmi ces souverains, du courrier envoyé par lui au roi de Prusse qui est aussitôt arrivé, du but de la croisade actuelle, le rétablissement certain de la Pologne dans l’état où elle était dans les siècles les plus florissants de la Baltique à la mer Noire, but « dont parlaient à Paris ceux qui sont placés pour savoir ces choses ». Et tandis que Niemcewiez reconnaît : « Qu’importe qu’on ait été inutilement molesté, nous serons assez indemnisés de nog souffrances, si cela arrive », Batowski va plus loin, annonçant l’arrivée de l'Empereur #. Le Conseil des Ministres, le 1% juin, « vu les nouvelles reçues par le Président du Conseil de personnes ‘dignes de foi, annonçant l’arrivée de S. M. l’Empereur des Français pour demain ou après-demain à Varsovie », prend les mesures requises en pareil cas #. Le 2, l’évêque
(79) Niemcewicz, Pamietniki, t. 1, p. 327, 29 mai. (80) Protokot Rady Ministrow, séance 372, fol. 231-3. (81) Niemcewicz, p. 328.
(82) Nremcewicz, Pamietniki, t. 1, p. 329, 31 mai.
(83) Protokol Rady Ministrow, séance 372, fol. 231-233.
auxiliaire, Zachariasiewiez, vice administrateur du diocèse, est avisé par le Président de la Municipalité, mis en mouvement par le Préfet, que le clergé ait à se préparer à recevoir, conformément aux instructions données le 20 mai à cet effet, l'Empereur des Français, roi d'Italie qui arrive inopinément demain » %. Telle est la fièvre d'attente et de préparatifs au milieu de laquelle tombe Jérôme à son retour de Pulawy. L'annonce de l’arrivée de Napoléon se double d'une autre, en apparence indifférente à son frère : « J’ai reçu, écrit Niemcewicz le 2 juin. une lettre de Mme de Senfft, femme du ministre dé Saxe, m'avisant que le marquis de Pradt, archevêque de Malines, va arriver en qualité de grand ministre plénipotentiaire. M. Bignon à annoncé à haute voix cette nouvelle. Dans le jardin de Saxe en un autre temps un tel fait eut causé les plus vifs transports de joie; maintenant les âmes sont si abattues par la souffrance, qu’elles sont incapables de rien sentir avec trop de vivacité. Cette nomination est un pas important vers notre grandeur et notre indépendance : chaque Polonais doit s’en réjouir. D’abord, il faut prévoir que ce grand ambassadeur sera notre gouvernant : Napoléon mesurant les inconvénients résultant de l’éloignement du roi et de sa lenteur peut-être excessive, a voulu qu'il y ait sur place un gouvernement et qu’il soit à lui ». Mme de Senfft apparentée aux Czartoryski, excellente eollaboratrice de son mari, mérite toute la confiance de Niemcewicz qui ajoute : « On m'écrit de Dresde que j'aille chez cet ambassadeur, que je le tâte et lui dise la vérité comme je la dis habituellement. Quoique j’aie horreur de la courtisanerie, j'irai et tâcherai par un mot de contribuer au bien public » #6, Cet « on » paraît proche de celui que connaît Kanikov. Senfft et les famuli de la maison Czartoryski s’apprêtent done à faire le siège en règle &e De Pradt. Et il semble que le personnage en vaille la peine : l'Empereur a attaché à son ambassade comme auditeurs MM. Victor Broglie, Aubernon, Amédée de Brévannes, Brunet de PanatS7; M. Lajard, premier scrétaire de la légation de France à Dresde, décoré de l'ordre saxon de la Réunion # devient premier secrétaire
(84) NiEMcEwICZ, p. 329.
(85) Akta Konsystorza Jeneralnego Archidyecezyi Warszawskie)j (1808-1839) Uroczystosci, vol. 1, n° 610. W. Warszawie, 2 Czerwca 1812.
(86) Niemcewicz, Pamietniki, t. 1, p. 330-1.
(87) Arch. Min. Aff. Etr. n° 330, fol. 77, Dresde 28 mai, Décret, signé Daru.
(88) Glavny Arckiv., n° 5651, 17/29 mni, Kanikov à Roumiantsov.
de De Pradt. Kanikov est frappé de l'importance de cette « suite » et du « traitement considérable » attribué au nouvel ambassadeur %. Il ne l’est pas moins du silence que, contre son habitude, Senfft gardera relativement à De Pradt.
Le 7 juin, Kanikov en sera encore réduit à avouer : « On ne sait pas auprès de qui cet ambassadeur est accrédilé et à qui il remettra ses lettres de créance. Mais on sait qu'il est déjà parti pour Varsovie ainsi que M. Lajard ». Senfft prétend « n’avoir pas de notions à donner à ce sujet » alors que De Serra ne nie pas ambassade %. Or, Senfft n’est pas un homme tombé en disgrâce et qui ne sait rien : il vient de recevoir de l'Empereur le grand cordon de la Légion d’honneur ‘1, Ce que voit Kanikov, c'est que « la veille de son départ, l'archevêque de Malines, venu prendre congé du Roi le soir, est resté assez longtemps avec $S. M. le duc de Bassano qui l’avait précédé à cette audience. On a vu l'archevêque s’y présenter avec un assez gros paquet qu’il a remis au Roi et qu’on à supposé avoir renfermé ses lettres de créance. Ces détails semblent prouver que le Roi est au fait des arrangements arrêtés auxquels cette mission a rapport et qu’il est intéressé à ce qu'elle présente encore de secret. La manière négative dont M. de Senfft m’a répondu, lorsque je lui ai parlé sur ce sujet paraît concourir à cette preuve. Il semble en conséquence, ou que ce Prince est destiné à être le nouveau roi de Pologne que l'Empereur Napoléon projette de créer ow qu’il renonce volontairment au Duché de Varsovie sans promesse apparemment d'un dédommagement. En même temps, il semble aussi que ces arrangements sont encore in petto et qu’ils le seront aussi longtemps que les négociations avec la Russie laisse la supposition de la possibilité d'éviter la guerre. Jusque-là, la mission de ce Prélat se bornera probablement à remplacer en qualité de Ministre de France à Varsovie le Baron Bignon qui doit être employé dans l’administration près de l’armée » 2,
L'activité et la discrétion de Senfft ici est tout à fait remarquable : Senfft ministre, intrigant, homme de prêtres voit dans De Pradt une carte que ni lui personnellement ni la Saxe n’ont
(89) Idem, n° 6052, 25/7 juin, Kanikoy à Roumi (90) Glavny Archiv, N° 6082. L RARE
(91) Idem, n° 5741, Dresde 13/31 mai, Kanikov à Iakovley : et une boîte avec son portrait.
(Idem, n° 6609, Dresde 5/17 juin. Kanikoy à Roumiantsov.
besoin de retourner avant le moment de la jouer. Si Senfft a cherché à monopoliser les rapports du gouvernement du Duché avec Bignon, il lui importe encore plus de cultiver « l’aumônier du Dieu Mars ». Ce même 2 juin où Niemcewicz a reçu de Mme de Senfft avis de l’arrivée de De Pradt, où « on » l'invite de Dresde à tâter l'Ambassadeur, où Jérôme réapparaît à Varsovie, notre chroniqueur poursuit : « On voulait assigner le palais Brühl à cet ambassadeur; mais le roi de Westphalie a déclaré que, bien qu’il parte d'ici, il le garde: néanmoins pour sa cour et que pour l’hiver il amènera sa femme et un théâtre français. En un mot il gouverne et décide comme s’il était dans son propre royaume » %. Ainsi avant même l’arrivée de l'ambassadeur à Varsovie, un conflit est amorcé entre lui et Jérôme au sujet du palais Brühl. Qui, encore une fois, est cet: « On » ? Il est difficile que Senfit, ministre des affaires étrangères et Breza, ministre d'Etat du Duché à Dresde n’en fassent pas parties intégrantes. Si d’ailleurs Jérôme veut garder le Palais Brühl, il est en effet très probable qu'il pense au voyage de Catherine concomitant à celui de l’Impératrice. S’il pensait à être roi de Pologne, il ne se soucierait pas du palais Brühl, puisque la résidence des rois est le Zamek. Ce conflit en tuut cas arrive à propos, au moment où l’on liquide les personnalités que leur expérience du pays met en garde contre les événements qui vont se produire en Pologne. Bignon et Jérôme vont disparaître en même temps et ils sembleront avoir disparu devant De Pradt du fait de leur insuffisance, et du mécontentement que leur conduite aurait excité chez l'Empereur. En particulier, l’ambassadeur de l'Empereur, acceptera dans le différend qui se prépare, de s’allier contre Jérôme à des personnalités du pays, trop contentes de pouvoir se servir de l’ambassadeur de France pour déconsidérer avant son départ l’homme qui avait assumé le rôle de compromettre les Czartoryski.
Maret a fait part le 29 à Bignon de la nomination de l’archevêque de Malines comme ambassadeur à Varsovie, et du projet qu’à l’Empereur d'employer Bignon à son Q. G. Le ré- sident répond à Maret le 2 juin : «Je suis extrêmement flatté
de la nouvelle marque de confiance dont S. M. m’honore. Je suis prêt à servir partout où S. M. l’ordonnera et servir sous ses yeux est pour moi une faveur de plus. A la fin de ma mission
(93) Nremcewicz, Pamietniki, t. 1, p. 391.
en cette résidence, il est infiniment précieux pour moi de voir que S. M. ait été constamment satisfaite de la conduite que j'y ai tenue. Je ne puis maintenant former qu'un seul désir, c’est de mériter encore l’approbation de S. M. I. dans les fonctions nouvelles qu’elle daigne me confier. Je prie V. E. de vouloir bien mettre aux pieds de S. M. l'Empereur l’expression de mon dévouement et de ma reconnaissance. Je sens, Monseigneur, tout ce que je vous dois pour la bonté indulgente avec laquelle vous m'avez toujours encouragé et soutenu, j'aime à compter sur la continuation des mêmes sentiments de la part de V. E. et je ne cesserai point de m’en rendre digne » %, Dans cette lettre le ton de satisfaction baisse peu à peu du début à la fin : d’abord extrêmement flatté, Rignon parle comme un homme qu’on aurait attaqué, de la bonté indulgente qu'on a eue pour lui et finit par espérer qu'on continuera à le soutenir.
Le lendemain 8 juin, Bignon est dans un tel état, qu’il écrit deux letires à Bassano. La 1" non datée est une offre de démission sous une forme mal déguisée : « … Lorsque S. M. Empereur continue à m'honorer de sa confiance, je ne puis sans doute, Mgr que m’applaudir de ma destinée. Cependant, il faut'avouer qu’elle est un peu étrange. Dans la position où j'étais à Varsovie, tout autre agent à ma place aurait pu se croire appelé à croître en honneurs au moment où les circonstances amèneraient le changement des destinées de ce pays. Des combinaisons très sages en décident autrement et ces combinaisons me sont contraires. Partout ailleurs, je vois les grâces se répandre, tandis qu'il semble que rien de ce qui est grâce et faveur ne puisse descendre vers moi. Errant de missions en missions, toujours sur la seconde ligne, je n’ai, après d'assez longs travaux en divers genres, qu’une existence sans couleur et indéterminée. Le titre de conseiller d'Etat fixerait mon sort. S'il est un moment où j’aie eu quelques droits d’y prétendre, surtout de grands motifs de le désirer, c’est celui-ci. J'aime à compter, Mgr, sur votre bienveillance et sur celle de M. le Cte Daru. Comment la recommandation de deux hommes qui ont la confiance de l'Empereur à un si haut degré scraitelle sans effet, lorsque S. M. elle-même me traite avec estime ? J'écris à M. Daru que je réclame en même temps et votre
(94) Arch. Min. Aff. Etr., Pologne n° 330, folio 101. Lettre résumée en deux lignes par Handelsmann : Instructions et dépêches, t. 2, p. 93,
mm mnt
appui et le sien. Je voudrais vous devoir ce bienfait à tous deux : ma reconnaissance, pour être partagée, n’en serait pas moins vive » 5.
Quelques heures après, Bignon ayant senti le danger pour lui de cette affirmation de son mécontentement, se contente de parler de la « très vive sensation » produite à Varsovie par « la nouvelle qu’a reçue hier le Conseil des Ministres de la remise des lettres de créance » de De Pradt. « Je ne dissimule pas que l'opinion publique a regardé cette circonstance comme une sorte de disgrâce pour moi et que, par un sentiment vrai ou simulé d’attachement à ma personne, un grand nombre d'hommes des plus distingués m'ont fait des compliments de condoléances et de grandes démonstrations de regrets sur ce changement. Cette croyance m'est très indifférente, Mgr; mais il faut convenir cependant qu’il y a dans les mutations d’existence par lesquelles je passe, une bizarrerie qui me donne aux yeux du public l'air d’une prédestination invincible à un éternel subalternat. Je laisse sans chagrin cet aliment à la malignité et, puisque j’ai la flatteuse certitude d’être toujours honoré de la confiance de S. M. Impériale, j'espère justifier cette précieuse confiance jusqu’à vaincre un jour la contrariété même des apparences défavorables » %. On sent néanmoins combien Bignon a le cœur ulcéré.
À cette lettre, il joint trois pièces, parce qu’elles viennent de lui être « communiquées par le Prince Poniatowski et deux rapports provenants » de sa correspondance particulière. Il croit devoir en attendant l’arrivée de l'ambassadeur faire part des « nombreuses interprétations » que suggère la nomination de De Pradt : « On varie sur le choix du Roi destiné à la Pologne, tantôt c’est S. M. le Roi de Westphalie, tantôt le Roi de Naples, tantôt le grand Duc de Wurzbourg. Dans la supposition qui concerne ce dernier prince, on le marie avec la princesse Auguste de Saxe et M. larchevêque ambassadeur serait destiné à bénir le mariage » 7. Il essaie encore de continuer à remplir ses fonctions d’agent diplomatique, d’informateur ; il va même s’y remettre incessamment avec un zèle
(95) HANDELSMANN, Instructions et dépêches, t. 2, p. 93, note 1. —
Voir Arch. Aff. Etr., Pologne 330, folio 102 : « J’ai eu l’honneur de répondre hier à la lettre du 29 mai... ». : Fa
(96) Arch. Aff. Etr., Pologne 330, folio 110, Varsovie 3 juin. HANDELS- MANN a publié des fragments de cette lettre faisant suite à celui là. {Instructions et dépêches, t. 2,
(97) HANDELSMANN, Instructions et dépêches, t. 2, p. 94.
redoublé; mais, pour le moment, il est plutôt un organe récepteur qu’un appareil émetteur. Durant ces quelques jours de dégoût, on conçoit qu’il ne lui vienne pas à l'idée de s’enquérir du voyage de Pulawy et de faire un rapport à ce sujet. Et ensuite tant d’autres questions seront devenues actuelles, qu'on négligera de parler de cette feinte pour s'occuper des réalités.
Jérôme, lui-même a bien d’autres sujets d’ennui. De divers côtés, des généraux pour soutenir le moral de leurs troupes qu’affaiblit cette longue attente, leur ont adressé des proclamations où ils rappellent que la guerre est imminente. L’Empereur s’en est irrité : il a paru le 1 juin un ordre de lui, défendant tout bavardage au sujet de la guerre, ce qui fait dire à Niemcewiez qu’'« à la force la plus puissante, il joint la ruse la plus subtile ». Jérôme ne peut douter que parmi Îles généraux incriminés, il faille compter Vandamme, dont la proclamation était très belliqueuse. Takovlev écrira à Kanikov, le 12 juin, qu’on a eu connaissance de ces proclamations à Cassel et « nommément d’une du Général Vandamme qui doit être conçue en termes tout à fait hostiles » %. Que toute cette littérature pour l’usage interne ait pu être regardée comme intempestive par Napoléon qui eut tout au moins voulu qu’elle fût ignorée à l’extérieur, ignorée des Russes surtout, cela se conçoit. Que Jérôme ne soit pour rien dans les intempérances de langage de Vandamme, mais soit exposé à en endosser la responsabilité, c’est probable.
Il y a pis d’ailleurs; Berthier a écrit le 1* juin à Vandamme : « L'Empereur m'’ordonne de vous témoigner son extrême mécontentement sur les excès commis par les troupes du contingent de S. M. le Roi de Westphalie. Dans tous les lieux où elles ont passé, les plaintes sont générales à cet égard. L’Empereur vous ordonne de rétablir l’ordre dans le corps que vous commandez, de faire fusiller ceux qui se rendraient coupables de délits à l'égard des habitants, de renvoyer en Westphalie ceux de MM. leurs officiers qui se permettraient d'exiger des traitements ou des fournitures qui ne seraient point autorisés pour les autres corps d'armée » ®, Ce sévère avis, venant de Posnan, à dû passer par Varsovie et Jérôme n’a guère pu en concevoir autre chose que de l'ennui, et comme chef et comme roi.
(98) Glavny Archiv., n° 6363, Cassel 31/2 juin, lakovlev à Kanikov. (99) Du Casse, Le général Vandamme et sa correspondance, t. 2, p. 362.
Le même jour, l'Empereur envoie à Jérôme la missive suivante : « Mon frère, Je suis depuis hier à Posen. Vous avez reçu une lettre de moi contenant des instructions générales qui ont dû être précédées par des ordres de l’Etat-major gé-
. néral à exécuter du 1% au T7 juin. L’érdonnateur de la rive
droite vous aura fait connaître les mesures que j’ai prescrites à l’intendant général pour l’approvisionnement de Pultusk, de Modlin et de Varsovie. Il est nécessaire qu’il y ait 40.000 quintaux de farine à Pultusk et 25.000 à Modlin pour l’approvisionnement de l’armée qui suivra le cours de la Narew : il faut en avoir en outre 25.000 quintaux à Varsovie. Je fais tirer ces approvisionnements des différents magasins qui sont le long de la Vistule depuis Plock. L'ordonnateur vous aura également fait connaître mon ordre du jour relatif au 16° bataïilon d’équipages et les mesures prises pour avoir 600 voitures du pays à la suite de votre corps. Pressez l’exécution de ces mesures. Nous sommes, dans une saison, où les chevaux ne peuvent pas périr de faim. L’herbe doit être déjà bonne à
manger. Je pars probablement cette nuit pour Thorn où
je serai demain et après, et où je recevrai de vos nouvelles. Je désire que vous reconnaissiez l’Omulew, Pultusk, Ostrolenka,
. Nowogrod, Lomza; mais, si vous allez si loin, il faut y aller
incognito. Tenez un officier à Tikoezin et un à Terespol, vis-àvis Brzesc, pour vous faire des rapports sur ce qui se passe à Bialistok et sur la frontière russe. Faites reconnaître la ligne de Johannisburg à Nowogrod. Accréditez par tous les moyens le bruit de votre marche sur Lublin. Accréditez aussi le bruit de ma prompte arrivée à Varsovie. Que le général Reyÿnier fasse courir le bruit qu’il va passer le pont &e Pulawy pour se porter sur Zamose; prévenez-en le commandant de Zamosc, afin que des dispositions soient faites pour recevoir ce corps. Vous donnerez l'ordre à l'officier que vous aurez en observation à Tikoczin, d'envoyer des rapports sur Osterode et Thorn et par estafetie, toutes les fois que cela sera important. Le département dont le chef-lieu est Siedlee, doit vous fournir des ressources. Il est important que vous ayez vos 20 jours de vivres, indépendamment des magasins de Pultusk, Ostrolenka et Modlin » 10.
L'ordre relatif aux voitures et aux chevaux nécessaires pour les conduire est arrivé à Varsovie le 30 et à été porté à
(100) Du Casse, Mémoires pour servir à l’histoire de la campagne de 1812, p. 53-55.
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la connaissance du public qui a dû se préparer à fournir. Le
3 juin, on réalise : « Varsovie, dit Niemcewiez, a l'aspect d’un |
camp. On a réquisitionné 1.600 chevaux et des voitures. Qui ne veut pas en vendre, s’expose à ce qu’on les lui prenne. Les commissaires français taxent à leur guise, les pauvres doivent vendre pour rien. Les juifs ne se sont jamais donné autant de mouvement. La cour du palais Radziwill est pleine de voitures, de chevaux, de poussière » 11, Et sur Jérôme, auteur visible de tout ceci pèse la réprobation, non seulement de Niemcewiez, mais encore des victimes.
Autre histoire : « Quelques dizaines de chalands chargés de provisions envoyées de Cracovie par ordre du gouvernement, ont été retenus par Vandamme à Obory. Avec un brigandage aussi éhonté, fulmine Niemcewiez, comment maintenir l’ordre et assurer le nécessaire aux habitants » 102. Et avec les ressources aléatoires dont dispose Vandamme, comment alimenter les troupes et satisfaire aux ordres de l’Empereur pour constituer des approvisionnements de réserve ?
Vandamme se sent si peu coupable des faits reprochés par Berthier le 1% juin, et si peu répréhensible pour l'arrêt de ces bateaux, qu’il osera répondre le 4 au Major Général : « Rien ne pouvait me faire plus de peine que la lettre que V. A. ma écrite de la part de l'Empereur pour me témoigner l’extrême mécontentement de $. M. sur les excès commis par les troupes westphaliennes. 7 paraît exister un plan contre le 8° corps et je vois avec une grande affliction qu’on est parvenu à faire entendre à l'Empereur une foule de plaintes qui joignent à la noirceur la plus complète, l’exagération la {plus outrée. J'affirme que jamais des troupes ne se sont conduites avee plus de réserve et de soumission que celles du 8e corps. Elles sont encore jeunes, inexpérimentées; mais ont été continuellement maintenues dans le devoir et ont montré peu de dispositions à s’en écarter. S'il s’est commis quelques abus, inséparables de la marche d’une armée, ils doivent être rapportés à des causes qui nous sont étrangères et n’ont pu être produits que par l'absence des autorités locales, l'ignorance de celles à qui nous pouvions encore nous adresser, le défaut d'administration, le manque de moyens de transport, surtout parce qu’on n'avait pris aueune mesure pour nous recevoir et que le soldat n’a eu qu’à partager la misère de la plupart
(101) NrEmMcEwIcz, t. 1; p."331; 3-juin.
(102) Idem.
des habitants. Le moindre excès a toujours été puni sévèrement; la justice rendue, dès que réelamée; les énormes toris qu’on nous suppose, se réduisent à quelques poules tuées, quelques bœufs emmenés, et chaque fois les corps ont été contraints de payer le dommage. J'ai accueilli toutes les plainies présentées; je puis même dire que j'en ai mendié. Les officiers de gendarmerie ont été chargés d'examiner serupuleusement tous les crimes imputés à nos soldats; vérification faite, on à sans cesse reconnu que, dans les réclamations, on portait un esprit d’exagération ridicule et constamment on a obtenu la rétractation des dénonciateurs même. Les archives de l’état-major et de la prévoté contiennent les pièces attestant -ces faits. Les autorités de ce pays semblent s'être tracé une conduite qu’elles suivent fidèlement. Quand nous sommes arrivés, on élevait des plaintes graves contre le corps saxon; on cherchait à nous persuader que tout était dévasté, qu’il ne restait aucune ressource; d’après les éloges que nous avions reçus dans le duché de Dessau, en Saxe, en Prusse, on se félieitait que nous vinssions remplacer le 7° corps. Maintenant, c'est conire nous qu'on se déchaîne; mais on se prépare aussi à ne point épargner l’armée d’Italie dont on témoigne une peur extravagante et à laquelle sans doute on ne manquera pas de faire supporter les imputations les plus mensongères. Je puis assurer V. M. et je la prie d’en présenter la certitude à l'Empereur, que tous les généraux du 8 corps ont été aitentifs à prévoir et punir rigoureusement les plus légers délits; que la gendarmerie, parfaitement organisée, a très activement surveillé, que les officiers d’Etat-major porteurs d’instructions très sévères ont parcouru les cantonnements pour y faire régner le bon ordre, faire connaître les intentions de l'Empereur, annoncer une punition exemplaire à qui montrerait une Conduite blamable. Nous n'avons eu réellement à réprimer que la désertion; plusieurs exécutions ont eu lieu. La retenue, les bonnes dispositions du corps me faisaient me féliciter d'en avoir le commandement et j'étais loin de m'attendre qu’il se trouverait en butte à des accusations aussi perfides. V. A. veuille avoir l’assurance que les reproches faits au 8 corps, n’ont aucun fondement; qu'il est dans des principes et un esprit tout autres que ceux qu’on à voulu lui prêter; qu’il est incapable des excès qu’on lui suppose; qu'Elle veuille bien aussi se persuader que j’apporte mes soins continuels, presque minutieux à contenir mes troupes dans le strict devoir; que
c’est au maintien de la discipline la plus exacte que j'applique une partie des efforts que je ferai toujours pour prouver à l'Empereur qu'il peut voir en moi le sujet le plus dévoué, le plus respectueusement attaché » 1%, L’argumentation de Vandamme, le ton de sa lettre, la façon dont il couvre ses subordonnés et sa troupe, sont d’un chef 14.
Ses actes n’en causent pas moins une réelle perturbation dans les approvisionnements si précaires de la capitale, des troupes qui y cantonnent ou l’avoisinent. À une rectification d'ordre envoyée à Vandamme l'après-midi du 3, Marchand ajouie : « Nous n’avons plus ni foin, ni avoine et si vous ne donnez pas l’ordre qu’on nous envoie 40 bateaux arrêtés à Gôra, la distribution manquera après-demain » 1%. L’affaire du reste aura des suites : le gouvernement du Duché, ayant la perspective de pouvoirs étendus, se prépare à en user contre Vandamme. Depuis le 13 mai, Jérôme semble revenu de ses préventions contre ce dernier : néanmoins la proclamation belliqueuse, les reproches de Berthier, l’arrêt mis sur les chalands, ne peuvent que l’indisposer contre son lieutenant. II pense aussi à son voyage de Pulawy; à Bignon qui s’en va, à som successeur qui s'avère assez encombrant. Il a besoin de mouvement pour faire diversion à ses ennuis, pour chercher en prenant l'air à voir un peu clair dans ce fouillis d'hommes ei de nouvelles à travers lequel l’avenir se dessine de façon si indistincte. Ïl monte en selle, prend par l'allée Ujazdowska, en direction de Gôra. Peut-être espère-t-il apprendre que des chalands sont en route, que cette famine dont on lui rebat les oreilles, n’est une fois de plus qu'un fruit de l'imagination des badauds. Au bout de l'allée, il se heurte à la barrière de l'octroi fermée pour empêcher la contrebande.
Co Du Casse, Le Général Vandamme et sa correspondance, t. 2, p. >
(104) Ségur peint assez bien l’inutilité de ces blâmes venus d’en haut : « À Thorn, les cris des Polonais que nos alliés pillent impitoyablement et insultent, se firent entendre. Napoléon adressa des reproches au roi de Westphalie, même des menaces. Maïs on sait qu’il les prodigue vainement, que leur effet se perd au milieu d’un mouvement trop rapide; que d’ailleurs, ainsi que tous ses autres accès, ceux de sa colère sont suivis d’affaissements; qu’enfin lui-même peut se reprocher d’être la cause de ces désordres qui l’irritent ». (Histoire de Napoléon et de la Grande Armée en 1812. Paris, Baudouin 1824, 2 vol. in-8°, p. 113).
(105) Arch. Min. Guerre, Varsovie, 3 juin 1812, Marchand à Vandamme., Ce dernier, à la réception de ce papier, y écrit au crayon :
« Nous n’avons que 8 bateaux de foin et 3 de paille; le reste est parti ».
Encore un obstacle : dans l’état d'esprit où il est, en présence d'employés qui ne le connaissent, ne le comprennent, ni ne lui ouvrent, il a un accès de colère corse. « Furieux, il ordonne qu’on coupe la barrière et qu’on la brule sous ses yeux. Comment peut-on à l'égard de l'Etat se conduire. si despotiquement » %, gémit Niemcewiez auquel cette histoire est parvenue deux jours après. Si le fait s’est réellement passé ainsi, on ne peut que donner raison à Niemcewicz et aux employés de l'octroi. Ce geste grotesque, s’il eut lieu, est le plus grand méfait que lon puisse reprocher à Jérôme en Pologne : il est plus ridicule qu’odieux.
Cette journée du 3, si agitée, est d’ailleurs importante pour toute l'aile droite à laquelle Jérôme vient, selon les ordres de lEmpereur, d’assigner de nouvelles positions : Le 5 corps doit être entièrement sur la rive droite de la Narew le 6 juin. Le 4% corps de cavalerie se mettra en mouvement le 6 : sa gauche sera à Sokolow et sa droite ne pourra être plus loin qu'à une marche de Siedlec. Il tiendra le pays jusqu'au Bug, gardera par des postes la gauche de cette rivière depuis Bankowo et établira quelques escadrons à Bialla pour observer le haut Bug jusqu’à Wlodawa. Son Q. G. restera à Siedice. L’artillerie sera cantonnée entre Minsk (Mazowiecki) et Kaluszyn, ces deux bourgs lui étant destinés. Le 8° corps se mettra en mouvement le 6 au matin : les divisions d’infanterie serent établies, la droite à Karczew, la gauche à Kamienczyk; elles seront réparties entre le Bug, la Vistule et une ligne passant par Karczew, Rycice, Stanislawow, Dobre et Kamienezyk. La 24° brigade de cavalerie légère aura la droïte à Wegrow, la gauche au Bug : elle occupera le pays situé entre cette rivière et la Liwiec, fera le service des avant-postes de Nur à Kanabrod. Le Q. G. du 8 corps sera établi à Praga. Les troupes de la 24 division ne quitteront Varsovie qu'après avoir été relevées par la division saxonne. Les chevau-légers et les gardes du corps resteront au Q. G. de S. M. 17. L'aprèsmidi du 3, Marchand rectifie cet ordre en prescrivant à Vandamme de commencer son mouvement le 5 et de démonter le pont de Géra « sitôt après le passage » de ses troupes À.
À Reynier, Marchand avait écrit dès le 31 mai : « D’après
(106) Niemcewicz, Pamietniki, t. 1, p. 333. Le
(107) Arch. Min. Guerre, Ordre de mouvements, 3 juin, d’après les dispositions arrêtées par $S. M. Signé Marchand.
(108) Arch. Min. Guerre, Varsovie 3 juin, Marchand à Vandamme.
les ordres de l'Empereur, le 7 corps se rapprochera de Varsovie et commencera son mouvement le 5 juin. Donnez des ordres en conséquence. Votre corps sera placé entre la Pilica et Varsovie : vous remplacerez le 8 qui se porte entre Praga et Sierock. Et néanmoins vous continuerez à oecuper le pont de Pulawy par de la cavalerie. Je pense que vous établirez votre Q. G. à Obory, où est actuellement le général Vandamme. J'attends l’arrivée du Roi pour savoir si son intention est que vous laissiez quelque infanterie au pont de Baranow, et je m’empresserai de vous la faire connaître. Vous allez occuper un pays entièrement épuisé; ainsi faites-vous suivre par les ressources que vous avez et formez un magasin de tout genre à Gora. Vous ne pouvez guère compter sur nous, nous sommes peu approvisionnés et l'Empereur veut que nous fassions préparer sans délai à Varsovie 5 millions de rations de farine. Vous donnerez ordre à votre cavalerie de partir le 5 pour venir se placer entre Miechow, Kurow et Pulawi » 10.
Le 3 juin, Marchand envoie encore à Reynier un ordre de mouvement et une lettre : « Le 7° corps commencera son mouvement le 6 pour se rendre, la 21° division à Varsovie, la 22° entre Gora et Varsovie; le régiment de hussards par escadrons séparés à Pulawv, Kock, Ryky, Zelechow, Maciejowice, Garwolin, Barysow et Osiecki; le régiment de uhlans du prince Clément et le régiment de chevau-légers de Polenz à Kolbierz et Dobrzenice. Le Q. G. du 7° corps s’établira à Varsovie. Le pont construit en face du 7 corps sera relevé; les bateaux chargés d’approvisionnements descendront à Varsovie » 10, Et Marchand précise dans la letire : « D’aprés les nouvelles dispositions arrêtées par le roi, votre corps devra se mettre en mouvement le 6, pour se rapprocher de Varsovie : une division passera la Vistule sur le pont que vous avez fait établir à Baran6w, suivra la rive droite du fleuve jusqu'à Karezew où elle s’établira en colonne dans la direction de Minsk qu’elle ne devra pas occuper : mais elle occupera les villages de Karczew à Kerzen et Niecezowna. L’autre division viendra s’établir à Varsovie où sera votre Q. G. Rien à changer pour la position que je vous ai indiquée pour votre cavalerie. Votre parc pourra être placé dans les villages en arrière de Varsovie, à moins que vous n’aimiez mieux le laisser à Jeziorna pour être à portée d’avoir le fourrage que vous devez faire
(109) Arch. Min. Guerre, Marchand à Reynier, Varsovie 31 mai. (110) Arch. Min. Guerre, Ordre de mouvement, 3 juin.
descendre par la Vistule pour nourrir les chevaux; il n'y à rien ici. Vous devez, au départ, rompre le pont que vous avez établi à Borowa. Je vous préviens que celui de Gôra scra également rompu dans quelques jours » 11,
Ordres vains : Reynier jugeant inutile de retarder si longtemps la marche de son corps et se figurant que le rôle de Paile droite était de franchir le Bug pour entrer en Lithuanie, a mis son corps en mouvement le 3 sans attevdre le: crdres complémentaires annoncés 112, Jérôme, informé le #4, avise aussitôt Berthier. Ainsi, du fait de Reynier, voiei enchevêtrés le T° et le 8 corps, et plus que jamais compliqué l’approvisionnement des 2 corps; voici l’annonce d’excès certains des troupes; voici surtout révélés dès le 3, le fait que l'Empereur ne médite aucune attaque en Wolhynie, puisque les troupes faisant face à cette province vont vers le nord. C'était en vain que l'Empereur avait écrit le 1% juin à Jérôme : « Accréditez par tous les moyens le bruit de votre marche sur Lublin. Que le Général Reynier fasse courir le bruit qu’il va passer le pont
. de Pulavi pour se porter sur Zamosé ». Et ceci se passait dans.
la région où l’on pouvait le moins se permettre d’étourderies, près de Pulawy.
Jérôme trouva à la lourde erreur de Reynier un remède qui sans être pire que le mal, ne valait pas mieux. Marchand écrit ie 5 au coupable : « Le roi vient de décider à l'instant que la division de votre corps qui devait venir à Varsovie passerait la Vistule sur le pont de Baranow pour venir par la rive droite camper entre Fallencia et Zerzen qui sont enire Karezew et Varsovie. Voire parc, vos équipages devront suivre la même route et pourront s'établir à Karezew. Le roi pense que vous établirez votre Q. G. dans une belle maison située entre Karezew et Minsk. Je vous prie de me faire connaître le plus tôt possible le lieu où vous l’aurez établi » 1%. L'idée juste, c’est d'empêcher que Varsovie voie trop tôt et sans nécessité les Saxons ou même leur chef : Jérôme évite ainsi la publicité que ferait Varsovie au mouvement prématuré de Reynier. L'idée malheureuse, c’est de faire marcher, cantonner le 7° corps à droite de la Vistule dans une zone où l’ennemi a des agents de renseignements plus nombreux et aux aguets. Du Casse qui dans tout ceci se pose en avocat de Jérôme, s'est
(111) Arch. Min. Guerre, Varsovie 8 juin, Marchand à Reynier. (112) Du Casse, Mémoires sur la campagne de 1812, p. 55-6. (113) Arch. Min. Guerre, Varsovie 5 juin. Marchand à Reynier.
abstenu de citer cette pièce 114, qui ne fait pas honneur à Pingéniosité et à l’esprit de décision du frère de l'Empereur, près duquel, ce jour-là, Marchand nous paraît insuffisant. Cependant, Napoléon arrivant à Thorn, le 5, écrit à Jérôme avant d'en avoir reçu avis de l’impair de Reynier : « Je crois vous avoir fait connaître ce que vous avez de mieux à faire au début de la campagne. D'abord faire croire que vous allez entrer en Wolhynie, et y tenir le plus possible l'ennemi, pendant que, le débordant sur son extrême droite, j’aurai gagné sur Jui 12 ou 43 marches dans la direction de Pétersbourg. Je me trouverai sur son aile droite, passerai le Niémen et lui enlèverai Wilna, premier objet de la campagne. Le mouvement de Schwarzenberg sur Lublin ne démasquera pas entièrement ce dessein : l'ennemi pourra croire que, réunis à Zamose, nous partirons de là pour entrer en Wolhynie. Quand l'opération sera démasquée, lennemi prendra un des partis suivants : se rallier dans l'intérieur pour être en force de livrer bataille ou prendre Poffensive » 15. Jérôme apprend ainsi que, plus que jamais, Reynier doit figurer près de Pulawy tant que Schwarzenberg n’est pas à Lublin. Il en est avisé, quand il va recevoir de Berthier « le plan d'opérations » qu'il va suivre. Or, la région où il devra agir, n’est pas en direction de Lublin, mais de Pultusk : il a depuis une semaine ordre -de s’y rendre pour l’étudier et a été jusque-là trop préoccupé pour le pouvoir. Maïs l’heure est venue : après avoir reçu, le 6, cette lettre contenant du reste force prescriptions relatives à son futur champ d'opérations, il part vers Pultusk. Marchand autorisé à lire le courier du roi, lit le 7 au matin cette lettre de Berthier : « Sire, L'Empereur a reçu la lettre par laquelle V. M. fait connaître que le Général Reynier sera à Karczew le 6 et son corps en bataille sur la route de Minsk. Cette disposition est contraire à l’ordre que j'ai donné à V. M. de Dresde le 26 mai disant que le mouvement du Général Reynier commencerait le 6 pour s'approcher de Varsovie. Or, si le 6, Reynier était à Karezew, vous auriez démasqué le mouvement le 3, ce qui serait une grande faute. Quoi qu’il en soit, en quelque endroit que soit le Général Reynier, vous le ferez marcher sur Lublin, de manière que lui, sa cavalerie légère, une batterie d'artillerie et quelques bataillons de grenadiers, y soient le 10 juin ou le 11; qu'il ait avec lui ses construc-
(114) Du Casse, Mémoires sur la campagne de 1812, p. 56. (115) Idem, p. 65.
teurs de fours; qu'il fasse construire vingt fours et qu’il fasse marquer votre logement. Une partie légère de votre service y arrivera vingt-quatre heures après, avec un fourrier de votre maison et deux chambellans. Le reste du corps du Général Reynier sera en colonnes de Lublin à Varsovie, de manière à pouvoir se porter rapidement sur Varsovie, soit que l’ennemi marche sur cette ville par Brzesc, Ostrolenka ou Nur. D’ailleurs, si l’ennemi ne fait aucun mouvement, lorsque le mouvement général de l’armée se trouvera entièrement démasqué, le général Reynier doit revenir à marches forcées sur Varsovie; il est donc nécessaire qu’il soit en colonnes. Vous ferez jeter un pont à Pulawi, ayant le but de servir de retraite au Gal Reynier et au corps autrichien pour passer la Vistuie et se porter par la rive gauche sur Varsovie, si jamais l’ennemi marchait sur la Vistule et interceptait ainsi la route de Varsovie au corps du Gal Reynier ou au corps d'armée autrichien. Le deuxième but du pont de Pulawi, c’est d'agir sur l'ennemi. Un pont sur une rivière comme la Vistule est toujours une grande nouvelle et un fait que le plus mauvais espion peut rapporter. C’est là la raison qui a fort contrarié l'Empereur lorsque vous avez fait jeter ce pont il y a un mois : il ne le devait être qu'aujourd'hui. Si ce pont a été levé, vous aurez soin de le faire rétablir, de sorte qu’il soit en état du 10 au 12 juin. L'Empereur suppose qu’il y a un pont sur la Pilica, de manière que le mouvement de Pulawi à Varsovie soit facile, si jamais on était forcé de passer par la rive gauche.
Aussitôt que le corps autrichien sera sur Lublin et qu’il n’y aura plus à craindre qu’il ait besoin du pont de Pulawi, vous aurez soin de le faire lever. Vaus tiendrez en conséquence de l'artillerie, de la cavalerie avec un officier qui fera lever ce pont aussitôt que le prince de Schwarzenberg le lui aura fait dire, et s’il l’oubliait, vous auriez soin d'y veiller. Le Prince de Schwarzenberg reçoit ordre de partir du 9 au 41 juin pour Lublin; de bivouaquer tous les soirs et marcher en trois colonnes parallèles à trois lieues de distance. Sa cavalerie légère devra communiquer le plus tôt possible avec celle du Général Reynier. Il est donc probable que, du 14 au 45, il sera à Lublin : il mangera tous les vivres préparés pour vous. Le général Reynier se reploiera alors sur Praga, où arrivera lui-même Schwarzenberg. Ainsi du 20 au 25 juin, plus ou moins, le corps autrichien seraït à Varsovie. Comme l’Em-
pereur est pressé que vous receviez cet ordre, je vous l'expédie de suite. Je vous enverrai demain des instructions plus détaillées sur la manière de manœuvrer selon les différentes hypothèses. Envoyez trois officiers d'état-major le long du Bug, le premier vers Chelm, les autres de Chelm à Térespol pour voir et avoir l’air d'observer le Bug à dessein et par là faire croire qu’on le veut passer. Faites croire qu'avec les Autrichiens vous marchez en Wolhynie avec 150.000 hommes » 116,
A la réception d'instructions si nettes, Marchand envoie tradis lettres à Reynier : la première pour qu’en hâte il défende de lever le pont de Pulawy qui doit lui servir encore et pour lui annoncer copie dans une heure des ordres du Major général #7; la deuxième pour lui mander de faire à Berthier « directement un rapport journalier de tout ce qui se passerait de nouveau dans son corps » et pour lui faire passer à Schwarzenberg une lettre « qui n’est pas pressante, mais renferme des papiers très importants. Elle ne doit être confiée qu’à des mains sûres pour la remettre, à moins que vous ne préfériez la remettre vous-même » !$, La troisième est ainsi conçue : «D’après la lettre que je vous ai écrite ce matin, et en l’absence de $S. M. je vous transmets les ordres expédiés par $S. A. le Major Général; vous vous mettrez en marche sur le champ pour Lublin avec votre cavalerie légère, 3 ou 4 bataillons de grenadiers et une batterie d'artillerie. Vous y serez rendu le 10 ou le 11 au plus tard. Vous amènerez vos constructeurs de fours et ordonnerez de suite la construction de 20 fours. Vous ferez marquer le logement de S. M. et annoncerez la prompte arrivée d’une partie de sa maison et que son service doit y être rendu 24 heures après vous. Vous établirez votre corps en colonnes de Lublin à Varsovie pour le porter rapidement sur cette ville, si l’ennemi prenait cette direction de Brzese ou Nur. Je pense que votre corps doit être placé entre Lubartow et Karezew. Vous laisserez dans ce cas des instructions aux commandants de vos cantonnements pour qu'ils se rendent sur Varsovie par la Vistule ou le pont de Pulawy, suivant les mouvements de lennemi. Si les Russes ne marchaïent pas, vous devrez revenir à marches forcées sur Varsovie, lorsque le mouvement
(116) Du Casse, Mémoires sur la campagne de 1812, p. 55-58.
(117) Arch. Min. Guerre, Varsovie 7 juin, Marchand à Reynier. (118) Idem, même date.
général de l’armée sera démasqué : il est d'autant plus nécessaire que votre corps soit en colonnes.
. Le Prince Schwarzenberg reçoit l’ordre de partir du 9 au 41 juin pour Lublin. Sa cavalerie légère doit communiquer le plus tôt possible avec vous. Le corps autrichien sera du 14 au 15 à Lublin; alors vous vous reploierez sur Praga, où les Autrichiens arriveront du 20 au 28. Si le pont de Pulawi était déjà relevé, vous le ferez rétablir sur le champ. Ce pont a deux objets : agir sur l’ennemi et servir de retraite à votre corps ou au corps autrichien pour vous porter sur Varsovie, si l'ennemi marchant sur la Vistule interceptait les communications par la rive droite. Le pont sur la Pilica doit être soigneusement gardé pour ce même objet. Vous enverrez des officiers de votre état-major reconnaître le Bug et ses passages offensifs, comme si vous deviez le passer avec les Autrichiens. Vous annoncerez aussi la marche de l'aile droite réunie à l'armée autrichienne sur la Wolhynie. J’ai déjà écrit au gouverneur de Zamosé et au préfet de Lublin qu'ils fassent réunir des vivres pour 30.000 hommes. Pressez ces approvisionnements qui serviront pour vous et le corps autrichien.
Le contenu de cette lettre a été copié presque littéralement sur les instructions que $S. A. le Major Général à envoyées à S. M. Veuillez me faire connaître le plus tôt possible l’'emplacement détaillé de votre corps et faire établir des postes de correspondance pour que je puisse vous faire connaître le plus rapidement possible les mouvements qu’exécuteront les autres corps d'armée, s’ils venaient à recevoir des ordres » 9, Etant donné la forme des avis reçus, il est inadmissible que Reynier aît cru de bonne foi que le mouvement ordonné sur Lublin était une « manœuvre inutile sortie du cerveau du roi de Westphalie », précisément absent de Varsovie, quand Marchand reçoit et transmet les ordres de Berthier.
Quand cette injonction à revenir vers Lublin lui parvint, Reynier était à Wiazowna, sur la droite de la Vistule, à la hauteur de Willanow : Karczew est à 15 kilomètres derrière lui. C’est le 7 même qu’il Pa reçue et qu’il répond, à Marchand : « J'ai recu les deux lettres que vous m'avez écrites pour me prévenir des ordres du Prince de Neuchatel. J'ai tout de suite envoyé l’ordre de conserver le pont de Baranow; à la cavalerie légère qui devait loger demain à Zelechow, de s'arrêter
(119) Archiv. Min. Guerre, Varsovie, 7 juin. Marchand à Reynier.
et rétrograder sur le champ sur Lublin; à la 1" brigade de Ta 9 division qui loge aujourd’hui à Zelechow de suivre le mouvement. L'autre brigade sera entre Zelechow, Maciejowice et Garwolin. La 4" division qui achève demain de passer la Vistule à Gury, sera entre Garwolin, Osieck et Karczew. Le pare d'artillerie passera après-demain matin le pont de Gury et se placera jusqu’à nouvel ordre à Dzieeznoôw. Le pont de Gury sera levé après son passage et les bateaux mis à la disposition du commissaire ordonnateur du 8° corps, descendront à Varsovie, si l’on n’envoie pas l’ordre de faire remonter la Vistule à tous ceux qui seront inutiles à Varsovie, tandis qu’il en manque sur la haute Vistule pour envoyer des vivres à Varsovie. Je serai demain matin à Garwolin et peut-être à Zelechaw, si je trouve les relais que je fais commander, pour me rendre promptement à Lublin, où je serai le 10 au soir ou le 11. Jai reçu du Bug avis que le corps du Prince Bagration était déjà en marche pour Brzesé : le mouvement général de l’armée et celui des Autrichiens sont déjà trop connus dans le pays pour qu’on puisse espérer que ma marche sur Lublin fasse changer ces dispositions. Je fais établir des postes de correspondance à Karezew, Osieck, Garwolin, Zelechow, Serokomla et Kock pour que les dépêches me parviennent promptemgnt. Le général Lecoq, commandant la 21° division s’établira à Osieck au centre de ses cantonnements » 120. Ainsi, Reynier exécute le mouvement rétrograde ordonné, mais croit irréparable le mal fait. La même impression est donnée par la note de lui qu'a utilisée Du Casse : « Cette manœuvre inutile nous fit perdre beaucoup d’hommes par la chaleur. Du reste le Général en chef (Reynier) en sentant l’inutilité, marcha d’abord sur Lublin avec son Q. G. et laissa les troupes marcher plus tranquillement. On voulait menacer les Russes de passer le Bug à Chelm; mais ce n’était pas ainsi qu’il fallait s’y prendre » 11, La stratégie de Reynier est autant d’un désenchanté que d’un fantaisiste.
Un peu d’énergie pourtant eut suffi pour faire illusion. Il repasse par Pulawy : là viennent d’arriver de Sieniawa le vieux prince Adam et la princesse Isabelle, laquelle écrit le 10 à son fils Adam après avoir vu Reynier : « Je suis arrivée ici hier. On croit que Napoléon en revenant de Thorn passera par ici. Renier l’a fait savoir et quoiqu'il ne l’affirme pas, il
(120) Du Casse, Mémoires sur la campagne de 1812, p. 60-61. (121) Du Casse, Mémoires sur la campagne de 1812, p. 59, note 1.
e conseille de se tenir sur ses gardes à ce sujet. Autant qu’on: peut, tout est près ici, pour qu’il ait ce qu’il faut. J'ai même envoyé à Lublin pour des robes, car je ne puis me montrer avec des robes à trous. Renier mérite des autels de notre part. Nous lui devons l’intégrité de Pulawy.. Depuis qu’on dit que N. doit passer par ici, tous mes propos et mes papotages ne: roulent que sur lui » 12, Si les récits de Reynier pouvaient à ce point trouver créance près de la princesse, la communication qu'elle en fait à son fils ne peut le laisser tout à fait sceptique. Et si des paroles agissaient ainsi, que n’eussent fait des actes ?
Les rapports sur les mouvements des Russes, coîllationnés par Bignon et transmis par Bassano à l'Empereur méritent alors grande attention. Le 23 mai, on parle de grands abattis d'arbres faits près de Borysow, Minsk et Pinsk pour obstruer les digues 1%. Le 27, un régiment de Bachkirs et un de Kalmouks sont partis de Grodno pour Bialystok; un régiment de: Cosaques du Don, et celui de Tobolsk sont partis en hâte de Bialystok vers le sud 14. D'Ostrolenka 28 mai, on signale de même la descente de Grodno vers Bialystok de deux régiments de Bachkirs, et l'existence près de Brzesé de 15.000 Russes qui s’y retranchent. De Krylow 29, on annonce l’arrivée d’une colonne russe filant de Beresteczko, Horochow, Poritzk, vers Krylow, pourvu de son matériel de campagne, précédée de Bachkirs, Tartares et Cosaques : on à ramassé les paysans de Grzybowica pour leur faire élargir la route. Il y a là deux gués profonds de 2 ou 3 pieds; le Bug devant Krylow a été « tiré à sec ». « On peut inférer de tout cela que les Russes veulent entreprendre quelques opérations sur Zamosé » #5. De Krylow encore, le 30, un rapport groupe entre Horochow et Kamien, autour de Kowel, Luck, Olyka, la 2% division du Prince de Mecklembourg, la 18° du prince Szezerbatov, la 12° du Général Kolubakin et des troupes de Kaminski qui commande aussi un corps d'armée, 6 régiments de Cosaques et deux brigades d’artillerie 1%. Le 2 juin, le même officier de
(122) Archiwum XX Czartoryskich, A. D. n° 468. Listy Xieznej generalowej Z. P. dosyna Xiecia Adama desrego Cz. t. II, 1801-1815, Pul. le 10 juin 1812.
(123) Arch. Aff. Etr. n° 330. Pologne, fol. 41, Bignon à Bassano, Varsovie 25 mai. ;
(124) Idem, fol. 61. Rapport daté de Lomza 28 mai. L'auteur em conclut qu’ils se rendent en Turquie.
(125) Arch. Aff. Etrangères, fol. 83.
(126) Idem, fol. 90.
> renseignements constate du même côté la présence de Bachkirs et Tartares, près du Bug, des divisions Lambert à Krzemieniec, Meckiembourg à Horochow, Szezerbatov à Kiselin, Kaminski à Kowel, Kapcewiez et Lewis plus au nord vers la Lithuanie, Essen à Grodno #7; d'un pare d’artillerie légère de 80 pièces près de Kowel. Il signale que les Russes parlent sans cesse de leur entrée dans le Duché F£.
De Terespol, 3 juin, on annonce que ce jour une estafette .
a apporté de Wilno l’ordre de faire marcher jour et nuit sur Telza en Samogitie 12%. Sans doute, la tempête qui menace la Russie, semble si nettement venir de Prusse orientale, qu’Alexandre veut concentrer toutes ses forces en Lithuanie. La présence du tsar à Grodno et à la barrière de Lososna, signalée le 28 mai, sa venue à Kamieniec Litewski attendue le 1* juin; à Luck, le 2, ne sera plus, après le 8 129 bis, l’objet d’aucune mention au sud du théâtre des opérations.
Le même rapport de Terespol constate : « Les officiers russes prétendent que le corps d’Essen doit ces jours-ci faire un mouvement vers Bialystok et être remplacé par 2 divisions venant de Wolhynie; plusieurs régiments de cavalerie se sont déjà portés vers Bialystok ce qui rend probable cette nouvelle. Un corps de réserve sera rassemblé à Sluck et doit déjà y avoir 2 ou 3 divisions réunies. Les deux chaînes d’avantpostes, la 17e de Cosaques et de hussards, la 2° de dragons doit avoir reçu ordre à l'entrée de nos troupes de se retirer sur Kobryn. Les préparatifs de cette retraîte sont apparents. Les magasins près de Brzesé évacuent à force et dans peu le seront entièrement. Une colonne vient à marches forcées de Wlodzimir (Wolynski) vers Kobryn et plus près de Bsresé; on ignore si C’est pour y rester ou aller plus loin » 10, On dirait que l’arrivée de Jérôme à Pulawy, annoncée, puis signalée, a suscité un ordre amenant au nord du Pripet le plus de troupes russes possibles avant l'attaque qu'on lui prête, en direction de Kowel. Le 4 juin, Bignon résume ainsi la situation : c’est toujours de Bialystok et Grodno à Wilna qu'est
(127) Rozniecki mieux placé pour en juger, voit le corps d’Essen autour de Kamieniec Litewski, Pruzana, Kobryn, folio 83, 1°* juin.
(128) Idem, fol. 106.
(129) Idem, fol. 107.
(129 bis) Idem, folio 45, extrait d’un rapport de Lomza 31 mai; fol.
89, Ostrolenka 30 mai; fol. 83, rapport de Rozniecki 1° juin; fol. 106, Krylow 2 juin; fol. 109 Wisnice 3.
(1390) Arch. Aff. Etrangères, folio 107.
concentrée la plus grande masse de troupes russes #1. Le 5, Platov, venu de Bialystok par Briansk à Ciechanowice, reçoit à Kortkow deux courriers, l’un de Grodno, l’autre de Brzesé et repart de suite à Bialystok 2. Or, le 4, on a pu savoir à Brzesé le recul opéré par Reynier le 3; le 5, cette nouvelle a pu atteindre Platov. x
De Brzesé 7 juin, on annonce que le corps d’Essen a quitté les districts de Kobryn et Pruzana au début du mois pour aller vers Bialystak, et qu’Essen a son Q. G. à Bielsk. Une partie du corps de Bagration doit venir occuper le pays laissé libre par ce Général : déjà sont arrivés 2 régiments de chasseurs (26° division) et 2 de cosaques. On dit que Bagration était à Kobryn le 5, et que le corps de Kutusov doit remplacer celui de Bagration qui ira en Lithuanie #%%. Rozniecki à la même date est plus affirmatif encore : « Les nouvelles que je.reçois, m'’annoncent qu'il y à pour sûr un armistice avec les Tures pour . 4 mois. L’armée de Bagration marche sur Brzesé et Kobryn; déjà plusieurs corps y sont. Bagration lui-même est depuis hier à Kobryn. Le corps d’Essen se dirige sur Bialystok où pareillement s’est rendu tout le corps du hetman Platov, et où semblent être dirigée la majeure partie des forces russes. Les pays limitrophes de l’Autriche sont presque dégarnis. On réunit à la vérité quelques corps de troupes sous les ordres de Tormanzov; mais elles sont si loin et tellement éparpillées qu’elles ne pourront former une armée que quand les Autrichiens auront eu la complaisance de le permettre » #4, Bignon ne veut voir là qu’une seconde édition du rapport qu’il a reçu, enjolivée par Rozniecki. Cependant dans son communiqué du 9 juin, il donne lui-même comme nouvelles « que l’armée commandée par le Prince Bagraiion et réunie aux environs de Luck se rend à marches forcées vers Brzesc; la division Lambert qui avait été dans les environs de Krzemieniec, celle du duc de Mecklembourg dans les environs de Horochow, celle du Prince Szczerbatow qui avait été près de Kiselin, celle de Kaminski qui venait des environs de Kowel, toutes ces divisions se sont rendues du côté de Pruzana ainsi que lartillerie qui avait été à Lubietow et Wielka Uchowieka et tous les régiments de Cosaques excepté celui de Barabanow qui reste
(131) Idem, fol. 112.
(132) Idem, fol. 152-83. Extrait d’un rapport de Lomza, 7 juin. (133) Idem, fol. 150. Brzesé 7 juin. Il annonce un armistice russo-
turc.
(134) Idem, fol. 151. LA