‹ Jérôme Napoléon et la Pologne en 1812Chapitre 82 sur 97 · DES · texte numérisé non relu

DES

de Lubienski, « le comte Pierre Lubienski, député du district de Varsovie envoie le 12 au Conseil des ministres sa démission; et, pour que ce district ne restât pas sans représentant à la Diète, on convoque aussitôt la diétine de Varsovie qui élira le Prince Czartoryski, lequel sera nommé maréchal de la Diète, puis chef (naczelnik) de la Confédération, idée que Ambassadeur estima heureuse » 27. Aïnsi s'opère la con- Jonction de ces deux astres Lubienski et Czartoryski. Le 13, le Prince Czartoryski « est inscrit sur la liste des citoyens du district; le soir le Sénat se réunit et approuve cette liste. On attend chaque jour le Prince : ce n’est plus un secret qu’il doit être député, maréchal et proclamer la Confédération ». Ainsi parle Niemcewiez qui ajoute : « Il ne manque pas deux ans pour qu'il y ait un demi-siècle que cet homme respecté fut en 1764 maréchal de la diète qui élut Stanilas-August » 208, L’effort conjugué de Matuszewicz et des Lubienski nous ramène en 1764. Napoléon va faire proclamer la Confédération par ce personnage symbolique qui n’a rien de commun avec la France révolutionnaire et impériale. Varsovie va saluer en triomphateur ce revenant. Ceci ne manque pas d’intérêt pour Jérôme, retour de Pulawy.

En attendant, le jeune roi continue à jouer le rôle ingrat qui lui incombe. Napoléon lui ayant demandé le 5 « que la garde nationale de Varsovie soit organisée, au moins plusieurs bataillons » 2%, il à entretenu De Pradt le 8 au soir de ce « désir » de l'Empereur : il s’agit de constituer pour l’armée polonaise un dépôt, une armée de soutien, création éminemment impopulaire. De Pradt temporise, écrit à Bassano « Comme je manque d’instructions positives à cet égard, je me bornerai à en faire l’insinuation, sauf à exprimer une demande formelle, quand j'y serai autorisé » 210. Le 11, l'effet paraît avoir été produit : « Ce matin, on à arrêté la formation de la garde nationale à Varsovie sur un mode propre à rassurer les esprits et à être facilement appliqué à tout le territoire du Duché. J’ai cru ces ménagements nécessaires » dit De Pradt. Bignon, le 15, note que la garde nationale fait seule le service de la place?1. Mais ce corps reste à l’état

(207) Archiwum Akt dawnych, Protokol Rady Ministrow, Séance 380, fol. 292, 12 juin.

(208) Neon) Pamietniki, 339, 13 juin.

(209) Du Casse, Mémoires sur He campagne, p. 64.

(210) Arch. Aff. Etr. Pologne 330, fol. 170, Varsovie 9 juin.

(211) HANDELSMANN, Instructions, t2; Cp. 138, p. 99-100.

d'ébauche : Dutaillis le 29 exigera sa rapide organisation et son armement : les ministres en délibèrent les 29, 30 juin, et affirment le 2 juillet que ce corps existe depuis longtemps **. En fait, cette garde ne sera organisée, ni pour assurer la défense du pays, ni.pour constituer une réserve sérieuse.

Le 12 et le 43 Jérôme reçoit de Napoléon et de Berthier ses ordres de départ pour le 16 et s’assure de la situation dans laquelle il laisse son dépôt et ses malades : le 13 dit Niemcewiez « le roitelet-lapin a chez lui grossièrement et publiquement lavé la tête au préfet, à cause de la mauvaise viande qu’on donne dans les hôpitaux. Le préfet comme d'habitude a perdu la tête et n’a su répondre, ni en fonctionnaire, ni en Polonais. Pour un officier autrichien présent à cette scène, il dût être bien doux de voir comme les Polonais sont traités » 218, Le Prince Léon Sapicha a montré vers cette date sa famille attablée devant un plat de gruau à la grande surprise d’un officier étranger, et sa tante ravie à la vue d’une poule rotie, plat ignoré d'elle depuis plusieurs mois 24. Le manque de viande paraît donc général : pourtant Jérôme est dans son rôle en défendant ses malades. D'autre part, en 1809, on s'était plié aux exigences autrichiennes sans toutes ces indignations. .

« Le 14 juin, le 2° lancier polonais se mit en marche vers Kamencezyk, Nur, Bialystok, Sokolka, Grodno, musique en tête : des dizaines de milliers de curieux contemplaient le défilé; des cavaliers, des voitures contenant des personnes d'importance lescortèrent, tant que le régiment ne prit pas le grand trot » Le lendemain, les Westphaliens à leur tour partaient : mais leur départ différa quelque peu. Le 14, l’ordonnateur général Barthomeuf à demandé au ministère de l’intérieur « d’approvisionner sans délai en avoine les magasins, sinon il aurait recours à des moyens qu’il voudrait éviter » #6, Le conseil des ministres s’en prend à Vandamme, De Pradt s’éclipse; on écrit à Bassano pour être autorisé à tirer de l’avoine des magasins de réserve de Modlin; on pro-

(212) Archiwum Akt dawnych, Protokol Rady Ministrow, 2° vol. de 1812, Séance 390, folio 3; séance 393, folios 8 et 9.

(213) Nremcewicz, Pamietniki, p. 339, 13 juin.

(214) Sapiema (Xiaze Léon), Wspomnienia (z lat 1803 do 1863) Cracovie, Gebethner et Wolf, 1912 in-8°, XXXVII-375 D: Dei

(215) GNoinskr, Ze wspomnienia mojego dziadka. Pamietniki z wojny 1812. Piotrkow 1918, 100 p. in-16, p. 6.

(216) Archiwum Akt dawnych, Protokét rady Ministré Sé 381 fol. 284.8, 15 juin. y rady Ministrôw, Séance ,

‘teste contre « des visites domiciliaires qui pourraient compromettre la tranquillité publique »; on met au défi Barthomeuf « de trouver de l’avoine pour de l'argent »; on incrimine les autorités militaires, les livreurs français et prussiens 216 bis, C'était remettre à longtemps une solution qui devait être immédiate. Le 15, les Westphaliens partirent : « C'est avec un grand plaisir, dit Bignon, qu’on à vu partir ces troupes qui, sans avoir commis aucun excès bien grave en cette résidence même, y étaient cependant mal vues sur le bruit des écarts qu'on impute aux autres corps de la même nation dans les campagnes » 217, Niemcewiez parle sur un autre ton : « Si le séjour des Westphaliens a été accablant pour la ville et le pays, leur départ a presque causé une révolte ouverte. Furieux de partir pour la guerre, abrutis par la boisson, ils se sont jetés sur des chariots de brasseurs, ont dételé les chevaux, volé les tréteaux des revendeuses. Notre peuple si doux ne supporte cependant pas les outrages : il y eut tout le jour et la nuit du tumulte, un vrai combat, quelques blessés des deux cotés, un westphalien tué. À ma demande, le général Du Taillis a envoyé des patrouilles de nos ulhans qui-ont arrêté la tuerie. Déjà, on se réjouissait que ce peuple insubordonné fût parti, quand tout à coup, de plus loin que Praga, la garde rebroussa che-

min, prétextant la chaleur. O illustres et valeureuses troupes ! On a fait demander au préfet quelques dizaines de chevaux pour les canons. On peut donc trainer derrière soi des chambellans, un préfet du palais, « un grand maître de la garderobe » et n'avoir pas de chevaux pour l'artillerie » 28, Ce coup est décoché contre Jérôme; or il est probable que si le 2e lancier prenait le grand trot et si l'artillerie wesiphalienne avait besoin de renforts en chevaux, c’est que les rations d'avoine n'étaient pas les mêmes partout.

Le 16, le roi doit suivre le 8° corps. Varsovie « délivrée du soldat étranger offre une vue agréable aux députés et sénateurs qui se rassemblent de toutes parts. Quelques-uns sont venus à pieds, chose digne vraiment des premiers temps de la République romaine » 21. « L’empressement qu’ils ont montré pour se rendre à Varsovie surpasse toute attente : ils attendent avec impatience l'ouverture de la diète » Le 17 « ils sont déjà

(216 bis) Archiv Aff. Etr., Pologne, 240, 15 juin. (217) HANDELSMANN, Instructions t. 2, p. 99-100. (218) NieMcewicz, Pamietniki, p. 340-1, 15 juin. (219) Idem, p. 341-16 juin.

presque tous là : il n’y en a pas 10 qui soient en retard : ils sont pleins d'enthousiasme et d'espérance » 20, Le 13, De Pradt s’effrayait à l’idée du contre coup qu'aurait cette effervescence sur les soldats polonais du corps autrichien qui approche. Le 14, il la voit grandir dans la ville et les campagnes. Le 16, ne sachant « jusqu’où pourrait aller une masse d’hommes réunis », il imagine de leur donner les moyens de renouveler leurs baux de ferme de la Saint-Jean et de les renvoyer au bout de quelques jours en réduisant « la diète confédérée à une commission d’un petit nombre de membres » 2? « Jamais Napoléon, remarque Bignon, at-il pu deviner qu’une pareille pensée dût entrer dans l'esprit de son ambassadeur et qu’il pût avoir l'audace de la mettre à exécution » 7. Cette histoire de baux de la Saint-Jean suffit à prouver que De Pradt n’a pas agi de lui-même : des Polonais Pont inspiré; Bignon sans les nommer, fait allusion aux ministres. Poniatowski à l’armée, Luszczewski très malade, Sobolewski sans initiative sont hors de cause; ce n’est pas Poiocki qui, exclu de la direction de la Confédération, aurait intérêt à ne pas voir un Comité directeur se substituer à la Diète. Il ne reste que Lubienski et Matuszewicz. Bignon attribue aux inspirateurs de De Pradt, la crainte « des désordres, du pillage qui, à la suite des confédérations armées, n’épargnaient pas même les propriétés », la crainte des confédérations « qui jadis ébranlaient le pays entier, faisaient monter à cheval tous les gentilshommes et pour les nourrir, les équiper, mettaient à contributions, Sans ménagements, ni distinction d'amis ou ennemis, les terres des grands propriétaires » 2%. Ces craintes font qu’il ne reste rien de ce qu’attendait Napoléon de la Pologne confédérée, si ce n’est la mise au pinacle de Czartoryski aux dépens de Potocki. Les mécontents ne manqueront pas : Potocki d’abord poussé par les opposants de la dernière diète vers le maréchalat de la Confédération et qui n’en était pas fâché 2%, Le maréchal de cette dernière diète, le Comte Soliyk, que l'ambassadeur à peine arrivé estime « au-dessous de cette place », jugé par d’autres « plus capable que

Czartoryski de remplir ces hautes fonctions », eut voulu :

. (220) Archiv. Aff. Etr, fol. 243, Varsovie 16 juin, Bignon à Bassano, fol. 259, idem.

(221) HANDELSMANN, Instructions et dépêches, t. 2, p. 136 De Pradt à Eassano.

(222) Bicxow, Histoire de la France sous Napoléon t. 11, p. 15-18.

(223) Idem, t4 11, p. 12 et 13.

(224) HANDELSMANN, Instructions t. 2, p. 99, 13 juin, Bignon à Bassano.

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