‹ Jérôme Napoléon et la Pologne en 1812Chapitre 83 sur 97 · HOT DER · texte numérisé non relu

HOT DER

« saisir le gouvernement d'une main ferme remuer les masses », mais se sent « écarté par la politique de Napoléon » 2%. Le 16 juin, le sort en est jeté : Czartoryski sera maréchal et la Confédération se réduira rapidement à un comité dont la réception « d’adhésions, le lancement de proclamations, de lettres de compliments seront les seuls actes politiques » 2%, Il y a désormais deux pouvoirs en vue : un ministère à pouvoirs extraordinaires et un comité de confédération à pouvoirs dictatoriaux. D’un côté Potocki, de l’autre Czartoryski : partout Matuszewicz. À côté d'eux, De Pradt, instrument aux mains des habiles flatiant sa vanité et dont la mission ne fut pas dirigée selon la pensée de l'Empereur dans le grand intérêt de la Pologne, mais dans le sens étroit d’un intérêt purement local 25,

Pendant que De Pradt projette de manquer à sa mission, le brouillard s’épaissit sur le front sud-ouest. Les Russes sont bien informés de ce qui a lieu dans le Duché. C’est ainsi que le 1° juin, le juif Chem est allé pour la seconde fois de Terespol à Varsovie, envoyé par le juif Leyzor Zyskielewiez; que le juif Calko, marchand de cuir à Koden, renseigne le Général Essen par le Bug ??7. Par contre le Comte de Goes, gouverneur de Galicie, ayant opposé un refus poli, mais formel de laisser arriver à Léopold Vandernoot, le meilleur agent de Bignon, le remplaçant de cet agent « arrivé au moment où la frontière russe se fermait de façon rigoureuse, et étant sans liaisons dans le pays, n’a pu obtenir aucune bonne information sur les troupes russes dans les provinces méridionales » 28. Une correspondance régulière entre le Duché et l’Empire russe est impossible : « notre Sainte Inquisition, le Conseil de guerre établi à Luck à tant d’espions que personne ne peut être en sûreté; de nouveaux événements ont fait martyriser plusieurs personnes dont Stecki qui sera exilé en Sibérie ou condamné à être soldat » 2%. Le 8 un agent de Térespol a refusé de continuer sa correspondance, 11 ou 12 gentilhommes voisins ayant été envoyés en Russie #0. Le même jour Jérôme

(225) Archiv Aff. Etr, Pologne 330, fol. 243, Bignon à Bassano 16 juin. — Handelsmann, Instructions t. 2, p. 134, 17 juin, de Pradt à Bassano. — SozTykx (Roman), Napoléon en 1812, Mémoires historiques et militaires sur la campagne de Russie. Paris, Bertrand 1836, 464 p. in 8° p. 51, 93, 55.

(226) Brenon, Histoire de la France, t. 11, p. 11-12.

(227) Archiv. Aff. Etr, Pologne 330, fol. 98.

(228) Idem, fol. 99-100, Bignon à Bassano LUN.

(229) Idem, fol 2106 2#Juin.

(230) Idem, fol. 154.

a écrit à l'Empereur : « Le corps de Bagration remonte sur Brzese et celui d’Essen se réunit à Bialystok ». A quoi Berthier répond : « Il est fâcheux que vous n’ayez pas envoyé au lieu d’une simple analyse les rapports originaux, afin qu’on pût les comparer à ceux que nous avons » #1. Ces originaux semblent maigres; Bignon et Jérôme savent peu de chose; Berthier et Napoléon cherchent une certitude, mais manquent de faits pour l’établir. Les bruits que le tsar « veut se déclarer roi de Pologne ou mettre son frère sur le trône » #2, «que la paix est faite avec les Turcs » 2%; que les Russes remontent vers le nord2%#, paraissent un moment aussi douteux l’un que l'autre. Les impressions sur ce qui se passe au sud-est de. l’aile droite, peuvent se résumer en ces phrases de Bignon : « Les rapports que je reçois, sont chaque jour moins intéressants. Les nonces qui arrivent ici de la frontière, ne nous apprennent rien de plus » 2%. Ceci étant, et Jérôme ayant reçu les 42 et 13 juin des ordres précis, le roi ne pouvait se priver de voir une personnalité comme le vieux prince Adam.

Les ordres reçus par Jérôme sont les suivants : « Aussitôt que la tête des Autrichiens sera à Zamose, ce que $S. M. présume devoir avoir lieu du 15 au 18, il sera nécessaire que Revynier rétrograde à marches forcées sur Praga; que tout le 8 se porte sur Sierock et Pultusk, votre Q. G. sur Pultusk le 16 et à Ostrolenka le 18; que le Q. G. du Prince Poniatowski soit le 18 à Nowogrod. Lorsque le 7e sera de retour, il doit aussitôt appuyer le 8° et le 5°, en laissant de fortes garnisons à Praga, Modlin et sur la Vistule jusqu’à ce que les Autrichiens arrivés à Praga, puissent couvrir Varsovie et la gauche de la Vistule » #6, Berthier fait remarquer à Jérôme : « Nous sommes si éloignés, que c’est à vous à manœuvrer selon les circonstances dans l'esprit général de vos instructions. Le mouvement de Bagration sur Brzesé peut avoir pour but de regagner les marches que nous avons sur lui, défendre le passage du Niemen et couvrir Wilna avec toutes ses forces réunies pour donner bataille. Si V. M. s’aperçoit qu’il en est ainsi et que Bagration remonte sur Grodno, Elle doit accélérer, se porter sur Ostrolenka et Nowogrod et se trouver tou-

(231) Du Casse, Mémoires sur la Campagne, p. 70.

(232) Archiv. Aff. Etr, Pologne, 330 fol. 106, 2 juin.

(233) Idem, fol. 172. è

(234) Idem, fol. 178.

(235) Arch. Aff. Etr., fol. 259, Varsovie 17 juin.

(236) Du Casse, Mémoires sur la Campagne p. 68, Danzig 10 juin.

jours en mesure d’être opposée à la gauche de l'ennemi, à l’armée de Bagration. L’important est que la droite que vous commandez, ne se commette pas contre des. forces supérieures et manœuvre réunie de position en position » #7, Les 5e et & corps sont donc rivés à ce 7° si peu pressé, rivé lui-même au corps autrichien, le moins pressé de tous : les plus résolus sont à la merci des plus inertes. Le 5, Berthier voit Schwarzenberg le 14 à Lublin; le 10, il ne le voit plus à Zamosé que du 15 au 18.

Le 13, un aide de camp de Schwarzenberg a annoncé à Jérôme et à De Pradt « que ses troupes entraient dans le grand duché, qu’il ignorait leur destination, qu’elles viendraient peut-être à Varsovie et comprenaient 10 bataillons entièrement composés de Polonais » #$ ce qui rendra leur chef moins désireux encore de se hâter vers Varsovie. Le 15, le Conseil des Ministres signale à De Pradt que les Autrichiens veulent faire des réquisitions sur le département de Lublin et qu'il n’a reçu aucun avis sur la manière dont ces troupes entrent dans le Duché » *#*. Voici des points de friction, prétextes à retards. De plus, des bruits décevants se répandent, bruits « d’un voyage que le Prince de Schwarzenberg a dû faire pour voir le roi de Westphalie »; bruits qu'il sera ambassadeur d'Autriche à Varsovie; que D'Haugwitz y représentera la Prusse; qu’ils « feront au nom de leurs cours respectives la déclaration qu’elles cèdent en entier les Provinces détachées de la Pologne depuis 1773 » 24, Schwarzenberg en tout ceci ne prend pas figure de chef belliqueux. Du 7 corps,

-on continue à se plaindre ?#. Le général Gudsmith de la 2

division, en mourant à Pulawy, ce qui fut signalé à Dresde et à Wilna, attire l’atiention des Russes sur la présence des Saxons en ce point, sur l'envoi de renforts pour remplacer les absents et malades de ce corps, sur le zèle du roi de Saxe « destiné à être le nouveau roi de Pologne ou à renoncer au Duché sous promesse apparente de dédommagements » 2#, Autant les Russes sont tranquilles au sujet des Autrichiens,

(237) Idem, p. 70-71, Danzig 11 juin.

(238) HANDELSMANN, Instructions t. 2, p. 135, de Pradt à Bassano.

(239) Archiwum Akt dawnych, Protokot Rady Ministroôw, Séance 381, 15 juin folios 254-5.

(240) Arch. Aff. Etr, Pologne 330, fol. 226, 18 juin, Bignon à Bassano.

(241) HANDELSMANN, Instructions t. 2, p. 100, 15 juin, Bignon à Bassano. NE é

(242) Glavny Archiv, n° 6609, Dresde 5-17 juin. Chanikof au Chance-lier d'Empire. £

autant ils doivent désirer porter un coup au 1° corps pour calmer le roi de Saxe. De iout ceci, Jérôme a une idée plus ou moins nette.

D'autre part, une campagne a commencé en faveur du prince Adam Georges, adolescent de 42 ans qui batifole alors avec des jeunes filles sur les bords du San, cet autre Lignon. Le chef de chœur est son beau-frère André Zamojski que Bassano définit « un homme puissant, considéré comme le chef actuel d’un assez grand parti, celui de Czartoryski », qui est assez fort pour oser demander « au détriment de l'Etat une indemnité de 7 millions de florins que le ministre en sa conscience ne croyait pas due » 2#; et en lequel Askenazy montre « un des principaux ressorts du gouvernement du Duché », un homme qui aura été successivement bien en cour à la Hofburg, aux Tuileries et près du tsar ?#. Ce grand seigneur hostile à Jérôme, va partout redisant la « position désespérante » d'Adam qui a « rêvé toute sa vie le rétablissement de la Pologne, et se trouve au moment de sa délivrance enchaîné de manière à ne pouvoir y prendre part », ayant vu six fois le tsar refuser sa démission. « Cette conversation de M. Zamojski, dit Bignon, m’a paru une justification de l’inactivité actuelle à laquelle son beau-frère se condamne, et une préparalion à le voir paraitre sur la scène un peu plus tard » 24. Si Bignon a fait partager cette illusion à Jérôme, il a dû éprouver quelque difficulté.

De Posen, Matuszewiez a écrit à Adam Georges après avoir écrit au vieil Adam et dans le même esprit. La Princesse Isabelle avertie de ceci par une seconde lettre de Matuszewicz à son mari, met son fils en garde contre les intentions qu’à ce ministre de l’attirer dans le parti de Napoléon : « Je sais qu’il a écrit selon ses vues. Mais je te conseille de suivre l'impulsion de ta conscience. Borne toi strictement à ce que l’honneur commande. La Providence peut tout. Mais l’heure est difficile. Ce qui me rassure, c’est que ni toi, ni nous n'avons rien à nous reprocher. Tu es le meilleur des Polonais et un honnête homme. O mon cher enfant, un jour viendra où, suivant l'élan de ton cœur, tu pourras venir ici et dire avec nous, je suis en Pologne, je suis Polonais, nous avons une pa-

. (243) HANDELSMaANN, Instructions t. 2, p. 130, Torun 9 juin, Bassano à De Pradt.

(244) AskeNazy, Na rozdrozu (1812-3) p. 212-38.

(245) HANDELSMANN, Instructions t. 2, p. 98-99. Varsovie 13 juin, Bignon à Bassano.

ÆSOAL —

trie » #5, Adam n’est donc pas poussé à l’action par sa mère. Toujours sujet, ami et serviteur d'Alexandre 247, il adresse de Sieniawa le 10, à son « cher et digne ami » Matuszewicz une lettre, manifeste qui par dessus cette tête va à ses (compatriotes et à Napoléon. Matuszewiez en a fait part dès le 15 à De Pradt auquel « elle a paru d’un intérêt tel qu’il a cru devoir lui demander de lui accorder de la transmettre » à Bassano. Ce manifeste est écrit dans le style condescendant dont use Alexandre avec Czartoryski : il a quelque chose de royal. Adam n'est-il pas honoré par Alexandre « d’une amitié que les Souverains accordent rarement aux particuliers » ? Grâce à ceci, il a espéré pouvoir être utile aux Provinces polonaises : « Vous vous rappelez que mes espérances ne furent pas vaines ». Par lui, la Pologne aurait pu « devenir un royaume séparé..., sort le plus heureux auquel nous aurions pu prétendre ». A la vérité, les résultats ont « entièrement trompé son attente » : mais ceci vient de ce qu’un mauvais sort avait « de plus en plus embrouillé les affaires de l’Europe ». Il avait alors donné et obtenu « non sans peine », sa démission de ministre. Sa mémoire le trompe : c’est Alexandre qui l’a remercié. — Depuis lors, il est resté au service du tsar, « au posie où sa destinée l’a placé ». Le tsar refusant d’agréer ses multiples démissions de fonctionnaire russe, l’a autorisé à résider hors de Russie, au sein même de sa patrie et de sa famille; Adam lui doit donc « des obligations, de la reconnaissance » pour le mode d'utilisation de ses talents : car il est toujours au service du tsar et c’est avec une particulière onction qu'il dit « mon service ».

Attaché à son pays, il est heureux de voir ses parents « se rendre immédiatement à Varsovie pour assister à l’acte mémorable qui doit recommencer l'existence de la Pologne ». Il croit « le glaive de la destruction suspendu sur l’Empire de Russie », « toutes les probabilités possibles promettant la victoire au génie de la victoire » ; mais, dit-il, il serait contraire « à la loyauté, aux convenances les plus respectées, de

(246) AsKkENAZy, Na rozdrozu, p. 211. Cette lettre datée de Pulawy 3 juin, est en réalité du 9.

(247) Il reste jusqu’à la mort hostile à Napoléon, puisque le traité de Schœnbrum qui est regardé par tous comme un acheminement vers la restauration de la Pologne est appelé par lui « Traité du 5° partage de la Pologne entre l’Autriche et la Russie, confirmé dans le traité de paix entre la France et l’Autriche » (D’Angeberg, Recueil des traités, p. 519).

at

me mettre un des premiers en avant contre le Souverain que je sers encore et qui a épuisé envers moi tous les procédés d'amitié et de délicatesse ». Il s’exposerait ainsi à une souillure et aussi « à des peines infamantes ». Nul en effet ne connaît bien le maniement de « la balance où l’avenir des nations est déjà résolu et pesé ». Il a donc foi; mais il doute. « Ma personne de plus ou de moins dans ce moment ne saurait très certainement influer en rien sur les chances qui s’ouvrent pour la Pologne ». « Dois-je me couvrir de bläme et de déshonneur ? » « Si j'oubliais ce qu’exigent mes obligations envers l'Empereur Alexandre, nos compatriotes en Russie s’en ressentiraient immédiatement ». « Faut-il que je sois mal vu à cause que je me suis trouvé rapproché de la scène des événements ? » Il a donc peur d'être mal vu d'Alexandre.

Il y aurait peut-être moyen d’arranger les choses : « Ma patrie a été et sera toujours le premier objet de mes vœux, mon devoir, la règle unique de mes actions », vague et superbe phrase pour un discours du trône. Napoléon a toujours manqué de précision : « Non seulement l’avenir restait caché, mais les espérances de la Pologne semblaient se perdre dans les vastes plans qui occupaient le grand homme du siècle ». Mais, il « sait d’un coup d'œil saisir les plus vastes combinaisons dont le sort des nations dépend » 24. Au reste l’'Empereur qui connaît si bien son Rulhière n’y a-t-il pas lu ces phrases révélatrices de la politique des Czartoryski ? « Les Princes Czartoryski que l’ancienne grandeur de leur maison portait à s’élever au-dessus de l’égalité républicaine, accusant en toute rencontre les vices de leurs concitoyens, avaient conçu le projet de changer le gouvernement en une véritable monarchie... [ls avaient conçu l’espérance de former cette monarchie pour eux-mêmes; pour contraindre une nation si éperdument éprise de liberté, ils osaient se flatter d'employer le concours même de la Russie. Une telle entreprise ne pouvait être conduite par des mains plus hardies et plus adroites.. En paraissant s'attacher au système que suivait la maison de Saxe, les Czartoryski formaient des liaisons particulières dans les cours de Russie, d'Angleterre et d'Autriche » 24, La lettre

, (248) Arch. Aff. Etr. Pologne 330, folio 187-189. Publiée dans le Coup d’œil sur l'Etat politique du Royaume de Pologne sous la domination nee Paris 1832. Voir Mémoires du Pce Adam Czartoryski par Mazade

(249) Ruzmière, t. 1, p. 222-230.

RCA ue

d'Adam Georges, et Rulhière même ne donnent-ils pas à com-. prendre à Napoléon qu’en attribuant à Czartoryski la couronne dès juin 1812, il simplifie les difficultés de la campagne ? Ou les dernières phrases de Rulhière suffiront-elles à contrebais l'effet des premières et de la lettre d’Adam à Matuszewiez ?

En tout cas Bignon connaît cette lettre 250, Jérôme aussi. Le 16 juin, toujours sensible aux caresses dont la politesse polonaise a l’ineffable et délicieux secret, Bignon écrit à Bassano : « Si j'en dois croire « quelques insinuations, on souhaïterait que, la Pologne rétablie,, ce ne fut point par l'organe d’un ambassadeur que se manifestât ici la volonté de $S. M. TI. Cest l'Empereur qu’on demande pour maître. Cest par lui qu'on veut être gouverné; qu'il y ait ici un Roi ou un Vice- Roi, c’est sous la dictée de S. M. I. qu’on désire que ce Roï ou Vice-Roi agisse en tout. Le vœu de la nation est d’avoir S. M. pour véritable souverain. Si elle n’a pas ce bonheur, elle veut que le souverain qu’elle aura, ne soit que le bras qui exécute ses ordres. Il est évident qu’on ne me parle ainsi qu’afin de me mettre dans le cas d’en rendre compte » 251.

Ce qu'il y a de commun entre Zamojski, Czartoryski et les interlocuteurs de Bignon, c’est leur hâte de voir Napoléon désigner un roi : sous des formes délicates, exquises, ils le metteni en demeure de se décider avant le début d’hostilités qui pourraient mettre en vedette un Prince Joseph, un Jérôme.

Cependant tous les regards sont tendus vers le vieux Prince Adam. De Pradt annonce à Bassano le 14 : « Il sera à Varsovie le 16 » 22. Bignon écrit : « Le retour du vieux prince, pour figurer en première ligne dans la plus étonnante des époques, semble promettre à cette famille le recouvrement de son ancienne influence et déjà on s’inquiète sur les moyens de la conserver » 28. .Le 16, il remarque : « Il y a des patriotes polonais purs qui craignent le retour du règne des grands seigneurs aux dépens des autres classes et l’application à un royaume de Pologne de modifications enlevant au peuple les avantages qu’assure le texte actuel de la constitution, avantages dont la classe inférieure ne jouit pas encore,

(250) Arch. Aff. Etr., Pologne, 330, fol. 259, Varsovie 17 juin 1812, Bignon à Bassano.

(251) HANDELSMANN, Instructions t. 2, p. 102. Bignon à Bassano 16 juin.

(252) Idem, t. 135.

(253) Arch. Aff. Etr. Pologne 330 fol. 226, 13 juin.

ET ee

il est vrai, mais dont elle doit inévitablement jouir dans un temps plus ou moins éloigné » 254. Evidemment, Napoléon et Czartoryski incarnent deux solutions contraires de la question paysanne. Soltyk souligne que « ce vieillard octogénaire dont les ans ont altéré le peu d'énergie qu'il avait, a, dans le cours de sa vie publique, montré plus d’habileté que de fermeté » 255, Quant à Niemcewiez, il s’écrie : « Le Prince est arrivé. Ce vieillard octogénaire connu par ses vertus, sa bienfaisance, ayant rendu tant de services au pays, s’est hâté aujourd’hui encore de le servir à nouveau » *56.

Le vieux prince verra De Pradt, même Bignon qui n’est plus rien, mais auquel il affirmera « la vive reconnaissance qu'il porte ainsi que tout bon Polonais » à l'Empereur. Son langage a été parfait : « admiration pour les grandes conceptions de l'Empereur, expression du dévouement de la nation pour son libérateur, confiance dans la profonde sagesse de S. M. qui affermira le grand système créé par son génie, tous ces hommages ont été exprimés avec grâce et une chaleur qu'on eut pu ne pas attendre chez un octogénaire. Sa santé est bonne, son esprit encore très vif; le rôle auquel il est rendu à la fin de sa carrière rajeunit beaucoup son existence » 257.

Quant à Jérôme, peut-il donc partir de Varsovie sans avoir pris le contact précédemment cherché ? Abandonné à luimême par Berthier à raison de l'éloignement, sur le point de quitter la zone sud, de se diriger vers le nord, le chef de l'aile droite doit désirer voir le Prince dont il a pu à Pulawy mesurer le prestige, dont le triomphe se prépare à Varsovie et qui arrive de cette frontière sud de chaque côté de laquelle il a des relations nombreuses, des moyens de renseignements puissants et éprouvés. Les réponses renseigneront sur son attitude. Jérôme eut été le dernier des étourdis, des indifférents. si, renseigné par l’incident Lebzeltern sur la valeur du ralliement des Habsbourg, il n’avait pas, au vol et d’autorité, saisi

cette occasion de juger du ralliement des Czartoryski : il doit .

partir le 16 pour Pultusk, il ne partira que le 47; il a bien fait. Niemcewiez dit : « Le Prince Adam est arrivé. Le Krdik westphalien aussitôt a envoyé vers lui : encore qu’il ne

(254) HANDELSMANN, Instructions t. 2, p. 101. (255) Socryr, Napoléon en 1812, p. 51.

(256) Niemcewicz, Pamietniki, p. 841, 16 juin. np HANDELSMANN, Instructions t. 2, p. 103-4, Bignon à* Bassano uin.

Page 1