‹ Jérôme Napoléon et la Pologne en 1812Chapitre 84 sur 97 · NAS · texte numérisé non relu

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s’entende pas à gouverner, il sait jacasser. Il a dit que la paix entre Moscou et la Porte était déjà conclue » 8. Aïnsi donc, au débotté, le vieux prince qui n’a pas fait un pas vers Jérôme à Pulawy, a été prié par celui-ci de venir le trouver. Niemcewicz voit en Jérôme qui va risquer son armée, par suite son trône, un ridicule bavard; l’homme de valeur c’est Czartoryski qui, sans risque, va présider la Confédération c’est un point de vue.

Le vieillard n’est pas venu de suite : Jérôme l’attendant et « parlant, a traîné 4 heures » De Pradt qui, à l'arrivée du prince, se « sauve à demi-mort » et les laisse en tête-àtête. Jérôme a parlé de la paix russo-turque ce qui amenait à parler des mouvements russes en face de Pulawy et Zamosé. Il a cherché aussi à se renseigner sur l’action prochaine du Prince qui de 1806 à 1812 s’est tenu dans un orgueilleux isokement, loin des Bonapartes, et sur l'attitude d'Adam Georges, de ce sphinx qui, entre Alexandre et Napoléon paraît l'âme noble qu’un insoluble problème cornélien déchire, sans qu’elle puisse choisir une solution. Le vieux prince fait à son fils, le 47, un compte rendu de l’entrevue, rédigé en anglais et dont la conclusion en polonais ne nous a pas été communiquée « J’ai, dit-il, été hier soir chez le R. de W. Il a été à mon égard d’une remarquable amabilité et m’a gardé plus d’une heure, arpentant pendant tout ce temps la petite pièce d’environ 20 pieds de large. Il est intelligent, parle très bien de tout et cela en connaissance de cause. Il m'a dit avoir lu voire lettre à M (atuszewiez). « Un rapport m’ayant mis, dit-il, parfaitement au courant de votre réputation à Paris, j'étais sûr que sa réponse serait telle qu’elle a été et j’eusse été fâché qu’il en fût autrement. Ses idées sont celles d’un véritable homme d'honneur et il exprime ses sentiments d’une manière aussi convenable qu'appropriée aux circonstances ». Et le vieil Adam ajoute pour son fils : « Vous avez là une preuve convaincante que la droiture et l'honneur finissent par l'emporter. Les vôtres sont bien connus ei récompensés, — ce qui donne. » #%?, L’extrait de cette lettre communiqué par le regretté recteur Kallenbach ? s'arrête à l'endroit le plus intéressant.

(258) Niemcewicz, Pamietniki, p. 341, 16 juin, Roitelet lapin.

Museum XX Czartoryskich, A. D. Listy .orygin, X Generala ojca LERe X. Ad Cz, n. 479, t. 2, 1811-1819, 17 juin 1812, Varsovie, ce qui

récède et suit, est en polonais. : è .

4 (260) De l’université de Cracovie, Directeur du Musée Czartoryski.

Ce qui frappe dans cette lettre, c’est d’abord que le vieux Czartoryski a de Jérôme une opinion identique à celle de sa fille Sophie Zamojska, exprimée dans les mêmes termes, et contrastant d’une façon absolue avec celle d'André Zamojski irréductiblement hostile au roi de Westphalie. C'est aussi que Jérôme ne dit pas à Czartoryski qu’il faut choisir, être pour Napoléon ou contre lui, mais approuve Adam Georges de ne pas se déclarer soudain l’ennemi de son ancien maître, affirme son estime pour une telle conduite, se montre tout autre chose qu’« un ogre de Corse » et s'efforce ainsi d'attirer à son frère les sympathies des Czartoryski. C’est enfin que, dens l'attitude de Jérôme, le vieil Adam voit déjà une récompense pour la conduite adoptée par Adam Georges « ce qui donne » à penser qu'il faut persévérer dans cette voie et que Napoléon n’en gardera pas rancune au jeune Adam; que peutêtre même il lui en saura gré et, qu’au moment de la victoire, il lui fera des propositions; qu’en tout cas cette conduite n'est en rien dangereuse, qu’elle est très diplomatique. Jérôme aurait donc sa part de responsabilité dans l’attitude ultérieure d'Adam Georges.

Précisément, le 16, le jeune Adam a écrit de Sieniawa à sa mère : « J'apprends par des lettres que je viens de recevoir d'Uziemblo (son commissionnaire) et de Sniadecki (recteur) qu'on parle à Wilna de mon arrivée, qu’on désire me voir, qu’on s’étonne que je n’ai pas encore rejoint l'Empereur Alexandre Au moment où je croyais que M. de Novosiltzoff ne passerait plus, j'ai reçu l'avis de son arrivée; j'ai passé une heure avec lui; il est possible que cette visite transpire, et, dans ce cas, le mieux est de l’avouer tout bonnement... Nous avons beaucoup causé; il va en Russie rempli d'espoir, est persuadé que la guerre traînera, que les Russes se tiendront sur la défensive... An reste, il ne sait à peu près rien et va offrir ses services. J’ai remarqué qu’il était dans une entière ignorance de la tournure que vont prendre les affaires en Pologne... J'ai profité de l’occasion pour écrire à l'Empereur Alexandre et le supplier de m'accorder ma démission. Novosiltzoff à trouvé ma démarche fort à propos et très juste : je suis bien aise que lui et ma lettre arrivent à Vilna » 281. Anna Potocka a peint de couleurs sombres ce Novosiltzoff dont « tandis qu’un de ses yeux flottait, l’autre scrutait au plus

(261) Arch. Aff. Etr., Pologne, fol. 249, 16 juin, Copie, non original.

profond de l'âme la pensée qu’on cherchait à lui dérober » et qui n'allait chez elle que « pour savoir ce qu’on y disait et pensait » %2, Czartoryski n’est pas homme à pouvoir donner le change à ce maître espion; il subit, en le craignant, son étrange ascendant; il a peur et conclut : « Mon projet est d'aller à Carlsbad et Egra ». Il écrit cela le jour où son père voit Jérôme. La lettre par laquelle son père lui relate son entrevue avec le roi de Westphalie achève de le décider à se retirer dans sa tour d'ivoire. Le 4 juillet, il envoie à Alexandre une lettre qui est le pendant de celle envoyée le 10 juin à Matuszewicz, et le prie d’agréer « l’hommage d’un attachement auquel le devoir seul pouvait tracer des bornes », — le devoir qu’il a envers sa patrie et sa carrière. Le 4 juillet, le 16 août, le 9 octobre il offre sa démission au tsar. Ce 9 octobre même, il déclare que si sa lettre reste sans réponse, dans six semaines il se regardera comme démissionnaire et se joindra à la Confédération. Mais il n’en fera rien, et le 6 décembre félicitera le tsar de sa victoire *#. Cest l’homme qui s'offre à venir au secours de la victoire, après avoir déclaré qu'il ne peut y collaborer; c’est le comte de Provence, le général Boulanger, le prétendant qui se dérobe et ne comprend pas qu’il perd de ce fait toute valeur. Alexandre le lui fera bien voir. Rassuré par Jérôme et par Novosiltzoff, c’est sur son parti

en Pologne que compte Adam pour que son « devoir » devienne celui d’un roi. Bignon qualifie la letire à Matuszewicz d’« expression officielle des insinuations itératives » 24 de Zamojski. Il écrit : « On parle que le roi de Prusse a remis à l'Empereur les anciennes couronnes de Pologne déposées au Château de Cracovie et enlevées en 1794 par les Prussiens; qu'elles ont été apportées à Varsovie et seront employées au couronnement 264 bis, L'élection unanime du Prince Czartoryski pour nonce du district de Varsovie, conformément à la voix publique, a causé un contentement général. On ne pouvait sans attendrissement voir un citoyen des plus distingués, d'un mérite reconnu, s’empresser malgré son âge d'offrir ses services à sa patrie renaissante. Le bâton de Maréchal de la diète que le vœu public lui destine, ne saurait, dit-on, être mis en des mains plus illustres » 25, Sans cesse vont de front ces trois

(262) PorocxA (Ctesse), Mémoires, p. 365.

(263) Mémoires du Pce Czartoryski, t. 2, p. 285-290, 293, 297.

(264) Arch. Aff. Etr., Pologne 330 fol 259, Varsovie 17 juin.

(264 bis) En 1809, presque toutes ces insignes furent fondues, les pierres précieuses vendues; ce qui reste, est encore en Allemagne. (M. J. Wielopolska : Kurier Poranny 13 juin 1930. Insygnia Koronne polskie

jako broû partyjna). cu (265) Idem, folio 266, 18 juin à Bassano.

idées — imminence du choix d’un roi, illustration de la maison Czartoryska, contentement général à la vue de l'élévation de cette maison. La voix publique ne représente d’ailleurs que des gens ayant voix, et non la masse d’un peuple muet. Niemcewiez dit aussi : « Attendrissante fut la réunion de la diétine. La szlachta était rassemblée, la foule désirait voir un homme éloigné depuis longtemps, connu par sa bienfaisance et les services importants rendus à la patrie. Sincères étaient les acclamations de tous : les assistants versaient des larmes » 26, Czartoryski ayant fait un discours, « des pleurs d’attendrissement lui ont presque ôté la parole » 267. Ce fut un des beaux jours du Prince; le 17 juin 1813, Sophie Matuszewiez notera : « C'était hier l’anniversaire de l'élection du Prince comme député de Varsovie. J’ai été moralement et physiquement étouffée par la masse des visiteurs venus à cette occasion, par leur cohue tapageuse » 268, En 1813, quand la campagne d'Allemagne bat son plein, quand les Russes occupent le Duché, une telle manifestation ! qu’on juge du 17 juin 1812 d'après l’anniversaire. C'est le commencement de l’apothéose de la Famille, très distincte d’une apothéose des Bonapartes.

La Princesse Czartoryska annonce qu’en Lithuanie on a parlé au tsar en faveur d’Adam Georges et qu’Alexandre, tout en se proposant lui, son frère Nicolas ou le duc d’Okenbourg pour y régner, a déclaré ne pouvoir « demander au Prince Adam des démarches qui le perdraïent et compromettraient sa famille ». Ainsi done la Princesse tend à dire que, seule, la crainte de Napoléon empêche que son fils joue un rôle de premier plan en Lithuanie. Il est clair que, si l’'Empereur lui confie ce rôle pour la Pologne, tout s’arrange. Elle prend les devants et propose l’envoi de « précurseurs dans les provinces encore occupées, pour préparer les habitants à l’insurrection », notamment d’« un homme qui a beaucoup de parents, d’amis en Lithuanie, qui est à Léopol, mais doit arriver ici incessamment ». C’est donc la maison Czartoryska qui fournirait les agents. Elle indique aussi la façon d'opérer : parmi les propriétaires de Lithuanie, « il y en a peut-être qui craignent l’introduction brusque et entière du Code français ».

(266) Niemcewicz, Pamietniki, p. 341-2, 17 juin. (267) Arch. Aff. Etr., fol. 259. E :

(268) Wopzicka (Thérèse), z zwierzen Dziewezecyeh, Pamietniki Zofii z Matuszewiczôw Kickieg p. 17-18.

« Dès longtemps, commente Bignon, le Comte Zamojski et d’autres personnes m'ont entretenu de la convenance qu'il y aurait à remplir le canevas constitutionnel dans le sens des habitudes nationales » 2. C’est dans cet esprit que la vieille princesse commence sa campagne.

Cependant, le 17, le prince Adam note à Adam Georges : « Le roi a quitté Varsovie ce matin de très bonne heure. Son Q. G. est à Pultusk » 27, Et Niemcewiez dit : « Le roiteletlapin de Westphalie, à 4 heures du matin, a filé à cheval, laissant toutefois M. Marinville, son chambellan, pour qu'il ne permette à personne de s'installer dans le Palais. Après ce départ, les fronts de tous se sont rassérénés »?71. Le parti dont est Niemcewicz, craignant en effet de voir Jérôme définitivement installé à Varsovie, c’est du moins un répit, un espoir que son départ en campagne. Anna Potocka écrit : « Je crois qu’à l'ambassade on fut soulagé de le voir partir » 272. Evidemment, De Pradt est débarrassé d’un témoin gênant pour lui. La Gazeta Warszawska attend le 20 pour révéler le départ du chef de l’aile droite : « Dans la nuit de mardi à mercredi, S. M. le Roi de Westphalie. a quitté notre capitale pour se rendre à l’armée; S. E. le Général français Reynier est arrivé ici avant-hier » 278. Ce départ en sourdine, sans apparât, à la Napoléon, contraste singulièrement avec l’arrivée du vieux Czartoryski. Cette opposition ne s'arrêtera pas là.

Quand, le 17 juin à l’aube, sur la route de Praga à Pultusk Jérôme presse de sa cuisse nerveuse la monture qui le mène en hâte vers des destinées aussi courtes que décevantes, croit-il qu'il sera roi de Pologne ? Veut-il l'être ? Dans une note datée du 30 juin, Reinhard signale : « On dit que Mme la Comtesse de Lôvenstein, dame du Palais, est la seule qui ait obtenu du Roi la promesse qu’elle le suivrait dans le cas où il serait roi de Pologne » 24. On ne peut guère attacher de valeur aux papotages jaloux des rivales de Mme de Lôüwenstein qui à Cassel voient la Pologne comme un Eldorado. Par contre l’opinion de Jérôme mérite quelque créance. Le 8 juin, la reine Catherine lui a écrit une lettre chargée d’inquiétudes,

(269) HANDELsMANN, Instructions, t. 2, p. 105, ÉIRDOn à Bassano, 22 juin. (270) Museum XX Czartoryskich, A. 5 n° 479, t. 2, 1811-1819, 17 juin. (271) NiemcEwicz, Pamietniki, p. 342.

(272) Porocxa (Ctesse) : Mémoires, p. 320.

(273) Supplément au n° 49, samedi, p. 865.

(274) Arch. Aff. Etr. Fonds Westphalie 1812 vol. 10, fol. 127-8.

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telle qu’en rédigent les fengmes aimantes qu’une sorte de fluide télépathique avertit d’on ne sait quels dangers menaçant un mari, un fils, un père, un amant. Cherchant à donner un objet précis à ce vague, mais puissant instinct, elle émet la crainte que Jérôme oublie la Westphalie et se mette à désirer la Pologne. Or, la réponse du roi, datée de Pultusk 19 juin, sera très claire : « Je réponds, ma chère et bien-aimée petite femme, à la lettre du 8 que je reçois seulement aujourd’hui : ainsi, il ne faut pas t'impatienter, si tu ne reçois pas aussi souvent de mes lettres. Sois seulement bien persuadée que, sitôt que nous devrons nous mettre en marche pour opérer, je t’enverrai un courrier pour que tu ne sois pas inquiète. Je suis, je t'assure, bien loin de désirer la Pologne et je t’assure que ni moi ni l'Empereur n'y pensons : ainsi, tout ton latin est perdu çar tu prèches un converti et très converti » 215,

Etant donné les difficultés de tout genre qu’à éprouvées Jérôme, ce qu'il sait de la situation, ce qu’il peut prévoir, il n'existe aucune raison d'émettre des doutes sur la sincérité de cette affirmation.

: 7e) Mémoires et Corresp. du roi Jérôme et de la reine Catherine t. 5,

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