‹ Jérome Paturot à la recherche d'une position sociale (volume 2)Chapitre 26 sur 37 · LES DOULEURS D UN REPRJÉSENT ANT · texte numérisé non relu

LES DOULEURS D UN REPRJÉSENT ANT

asile hospitalier, nos dispositions e'taient sensiblement meilleures.

Le spectacle qui nous attendait au dehors ne put que nous raffermir dans celte situation d'esprit. La nuit était venue, et le champ de Mars se cou\Tait d'illuminations. Ces trépieds, ces temples improvisés, ces mâts, ces ifs, ces décorations hâtives qui ne supportaient pas Icclat du jour, se relevaient dans les ténèbres comme autant de foyers étincelants.. Les Champs-Elysées offraient surtout un tableau plein de magie. Deux sillons de feu s'élançaient des hauteurs de l'arc de triomphe, et venaient aboutir aux Tuileries. Suspendus au milieu de la chaussée, des lustres immenses, des girandoles colossales changeaient l'avenue en une salle de bal dont les limites se perdaient à l'horizon. Tout était gerbes de lumière et sillons de flamme. L'œil n'en pouvait supporter l'éclat. Les crêtes du monument impérial étaient couronnées par une illumination resplendissante, d'où s'échappaient de temps à autre des bombes colorées et des fusées à pluie d'or. Nous demeurions enchantés de ce spectacle.

— Allons, me dis-je, les choses s'arrangent. Pauvre début et heureuse fin! Dieu veuille qu'il en soit ainsi de la République !

LES DOULEURS d'uN REmÉSENT ANT.

A quelques jours de là, nous vîmes arriver Simon dans un état digne de pitié. Il poussait des soupirs à ébranler des chênes, et élevait vers le ciel des mains appesanties par la douleur. Cet homme était la proie d'un mal moral ; il n'y avait pas à s'y méprendre. Sa constitution de fer en était altérée. Le vermillon de ses joues avait pâli; ses yeux n'avaient plus le même éclat. D'où venait ce brusque changement? Quel coup soudain avait frappé celte organisation vigoureuse ? Une telle santé dën/^'H" ainsi ! 11 fallait que

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l'atteinte fût rude et le motif sérieux. Les athlètes ne se laissent pas ébranler pour des vétilles.

Malvina voyait ces ravages se développer à vue d'oeil, et elle en éprouvait une inquiétude réelle. A diverses reprises, elle avait essayé de pénétrer Simon; il s'était défendu obstinément. On ne pouvait lui arracher aucun aveu, aucune confidence. Cependant le mal empirait; il était temps d'agir. Enfin, dans un dernier efi"ort, ma femme l'emporta. La glace fut rompue, Simon s'ouvrit à elle. Il faut dire que jamais elle n'avait eu tant d'éloquence, tant d'entrainement. Une mère y aurait mis moins d'égards; elle n'eût pas ménagé avec plus de délicatesse cette âme blessée ;

— Voyons, Simon, lui disait-elle, à qui se confier, si ce n'est à ses amis? Vous souffrez, cela se voit.

— Oui, madame Paturof, je souffre ; mais à quoi bon en tourmenter le tiers et le quart? C'est sans remède ; personne n'y peut rien.

— Qui le sait ? Simon, Qui le sait? Les hommes sont ainsi ! Quand le désespoir les gagne, ils mettent tout au pire. Parions que vous êtes aux prises avec des lubies! Parions !

— Plût au ciel qu'il en fût ainsi, madame Paturol! mais c'est sérieux, voyez- vous, très-sérieux.

— Vraiment, Simon ? Eh bien ! raison de plus pour se confesser. Vous fais-je peur, par hasard ?

— Oh ! non, madame.

— Alors, dé.onni'z vous, mon garçon. Ne gardez rien sur le cœur; c'est p/alsain. Parlez, qii'avez-vous ?

— Jai, madame, s'écria Simon vaincu par col accent de b. ntc, j'ai que je suis sur les dents, que je n'en puis plus, que le mourrai à la peine, si cela dure ! J'ai que tout s'en va, ma santé, mon somnieil, tout ce qui me rendait si heureux aux champs. J'ai que je suis hors de mon affaire, et que je regrette mon moulin.

— Bah!

— Oui, madame : et avant huit jours d'ici j'aurai déposé sur l'autel de la patrie ma médaille, mon ruban, mon éciiarpc etiout ce qui s'ensuit. Voilà ce que j'ai.

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