‹ Jérome Paturot à la recherche d'une position sociale (volume 3)Chapitre 19 sur 35 · DÉFI TE · texte numérisé non relu

DÉFI TE

coin ilu lit, j'y poursuivais mon improvisation d'une manière plus solitaire et moins bruyante.

les grands orateurs. — le diner parlemeintaire. — l'improvisation.

Pour me former au prand art oratoire, j'avais sous ks yeux, au sein de la Chambre d'alors, une foule de précieux modôlcs. Lequel suivre? Là commençaient mes incertitudes.

L'un portait un habit bleu, à boulons de métal, croisé jus([u'au mejiton : on eût dit de loin une cuirasse pressant une jioitrine bien développée. La tète avait un beau caractère, l'œil était vif et saillant, les traits réguliers, la lèvre sardoui([ue, le front vaste, le crâne dégarni. On distinguait dans cet ensemble une puissance réelle, du sciitinient, de la chaleur, en un mot, les qualités de l'artiste. C'était en effet un grand artiste, plus pas!>ionné que convaincu, plus ardent que réfléchi, et se plaisant, à cause de la difficulté même, dans une situation sans issue. On ne pouvait rien entendre de plus beau et de plus abondant que sa parole, de plus sonore et de plus plein que le timbre de sa voix. La dignité du geste et la fierté du regard ajoutaient encore à ces moyens extérieurs une séduction irrésistible. Dans les jours heureux, personne ne se dérobait à l'inilucnce de tant de dons réunis. Mais ce sucres dépassait rarement la tribune : après avoir écoulé, il ne fallait pas lire.

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Cette lave, nue fois figée, avait perdu les seules qualités ([ui lui fusseut propres, l'éclat et le mouvement. La veille, on admirait cette éloquence en fusion ; le lendemain, il était difllcilc de n'en pas remarquer les scories. Beaucoup de vague daus l'idée sous la pompe de l'expression, uue dialectique plus brillante que solide, des arguments grêles sous un vêtement très-ample, une habileté rare à tout mettre en question, unie ù l'art de ne pas conclure : voilà de quoi se composait ce talent, l'un des plus achevés et des plus incomplets qu'ait vus éclore la tribune moderne. Il figurait en première ligne parmi les maîtres de l'art oratoire, et, quoique dans un camp opposé, je savais lui rendre celte justice.

Non loin de lui, quoique avec des formes plus lourdes, se tenait un tribun qui abusait un peu de son lorgnon comme maintien et comme moyen préparatoire. Il portait également l'habit boutonné, détail qui semble être commun à la famille des orateurs. Le front élevé et saillant, l'œil couvert par l'arcade sourcilière, le sinciput presque dépouillé, une physionomie qui ne manquait ni d'élévation ni de caractère, voilà sous quels traits principaux se révélait ce second tribun. Quant à sa parole, elle n'avait ni la môme puissance, ni la même grandeur. L'organe était pesant, la diction manquait d'élégance et de charme; l'expression était juste, mais languissante et rarement choisie ; elle perdait en grâce ce qu'elle avait de trop en solidité. Ces défauts étaient compensés par plusieurs qualités précieuses et rares. Sous cette écorce peu flexible, il était impossible de ne pas reconnaître un fonds d'honnêteté, un accent

de conviction véritablement estimables. Si la pensée se faisait jour avec qiiel']uc embarras, elle conservait néanmoins de l'cncliniiiement, ef obéissait à un ordre mélhodi((ue, à une sobriété trop méconnue aujourd'imi. Dans ces conditions, l'orateur représentait, avec beaucoup de justesse, un parti qui compte plus sur rinflucncc des principes que sur les prestif;es de la parole. Je n'étais pas des siens, mais j'étais prêt à reconnaître la loyauté de ses vues et la sincérité de ses convictions.

Ces deux pcrsonnafres écartés, je me rapprocbais de mon lorrain, (l'était alors la première époque du talent le plus ditbyrambique qui ait jamais abordé aucune tribuue : je pi-eiids cette épitbète dans la meilleure acception qu'elle puis.'^c avoir. Platon avait banni les poètes de sa république, sans se douter qu'il s'en bannissait lui-même en sa qualité de poëte, et de l'un des plus grands poêles de rantifpiité. Quiconque aspire au mieux est poêle, car le mieux ici-bas est l'inconnu, l'idéal comme la poésie. On peut donc être à la lois un c;raiul jioê'le et un grand orateur : il n'y a rien là-dedans qui s'exclue. Uien de plus noble, d'ailleurs, de jilus benrenx, comme coupe de visage, comme port, comme ])ose, que l'orateur dilbvrambiqne et clievalercs(iue dont je veux parb r ici. Ces avantages extérieurs entrent pour quelque cbose dans un succès de ti-ibunc ; ils le préparent et le complètent. Quand on y peut joindre la pureté de l'accent et de la vctix, la grâce contenue du geste, le jeu animé de la pbysiononiie, la ])arole n'a plus que peu d'efforts à faire pour s'emparer d'une assemblée. C'était le cas du poclc-orateur. 11 ne s'en croyait

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pas moins ubligc ilc (lL'|)loyer à In liil)uiic toulc la inajrnificcncc de son style, et d'y apporter une prose colorcc jusqu'à la recherche. A cette t'po(pie, il visait plus haut (pie la Chambre, et dépassait conslamment le but. Il lui restait à régler sa force, à modérer son essor, à se mettre au niveau des oreilles qui l'écoutaient. I\Iais c'est un beau dofaut que cet excès de puissance : il est plus facile d'eu médire que d'y atteindre.

Voici maintenant le coulrastc. Près de l'orateur qui tient à la luain le lameau d'or de la poésie, éternellement renouvelé, se montre l'orateur doi^matique qui sacrilie à la concision, pres(pie à lu sécheresse. A l'abondance inépuisable dos images, à la période ]>lc'ine de nombre et d'haleine, ont succédé la phrase courte et marlolée, la dialectique sobre et magistrale. Tout se dit avec poids, mesure et gravité; tout procède par démonstrations doctorales, traïuhantes, impératives. La tactii[ue oratoire emprunte dès lors quelque chose à la férule du préccj)lcur, la requête prend un air d'injonction, la ])rière même ressemble à une remontrance. Ce nioycu est souvent heureux : les asscndjlées se révoltent rarement quand on les morigène, surtout si le physiipie est assorti à l'emploi, si le geste et le visage sont anguleux, si l'organe est vibrant et assuré. Rien ne réussit mieux qu'une volonté qui s'impose et semble refuser le débat. Lorsqu'à la fermeté de la pensée s'unit quehjuc bonheur dans l'expression , rarement les grandes assendjlées résistent à cet ensend)le de moyens : rélo(pience doguiati(|ue est de toutes la j)lus sùrc comme clfct, la plus aisée cojume pratique. 11 est

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impossible que l'on ne fasse pas passer chez les autres la confiance que l'on a en soi-même, quand cette conliance éclate en toile occasion et ne se dément jamais.

Cej.eiulant ce genre de triomphe n'était pas mon fait; mes instincts me portaient ailleurs. Un autre orateur de |)rcniicr ordre existait à la Chambre, et c'était celui-là ([ue je devais choisir pour modèle. 11 faut dire ([ue je ne pouvais me lasser d'admirer l'essor rapide qu'il avait pris. Pour conquérir une grande situation parlementaire, il avait dû lutter contre des obstacles de nature, contre son organe, contre sa taille, contre un extérieur peu avantageux. Les hommes qui occupaient la tribune avec éclat avaient sur lui cette supérioiité de la prestance et de la voix. Il avait fallu les vaincre par la dextérité de la parole, la fécondité des ressources, la souplesse du talent. C'était là mon idole, le maître de mon choix. Chaque fois qu'il gravissait la rampe de marbre, je me recueillais comme un homme qui va écouter une Icc^on. Il faut lui l'cndre cette justice, qu'il n'y épargnait pas les heures, et que j'avais tout le temps nécessaiie pour me pénétrer de sa manière et m'inspirer de ses procédés, (^e qui me plaisait en lui, c'est qu'il prenait une question au berceau, et ne la quittait qu'après l'avoir épuisée. Il supposait toujours (et Dieu sait avec quel à-propos !) que la Chambre ignore jusqu'au premier mot des choses ; cela indi- (juait une profonde étude du cœur humain. Grâce à lui, je faillis comprendre la question d'Orient : un discours de plus, et je mordais au problème. Malheureusement, je demeurai avec quatre heures de

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leçon; ce irétait point assez. Mais rc qni m'est reste (le la question dOrient, je le dois à l'orateur qui m'a servi d'étoile. Par ses soins, j'ai appris qu'il existe sur le Bosphore une ville (jui se noninie Constantinoplc, et que les Turcs y sont en majorité- C'est là incoutcslahlfuient uwo notion trcs-essonficlle en tout état de cause. Encore ([nehiues cfiorts, et j'aurais su ce qu'est 1 Egypte, ce (pi'est la Syrie, pays célèbres dans l'anliquilé. Le temps m'a manqué pour ceîtc éducation parlcmcMitaire et ce cours d'histoire. Seulement, rien n'efïaccra de mon souvenir les impressions que m'a laissées l'éloquence du plus éveillé, du plus alerle, du plus fécond de nos orateurs, son ingénieuse manière d'exposer et de raconter, la ductilité, l'élégance de son langage, enfin une érudition historique qui n'est jamais ù bout de ressources ni de lapprochements.

J'avais donc, après quelque hésitation, fr(nivé un modèle oratoire; il ne me restait plus qu'à travailler là-dessus. Une autre difficulté subsistait, celle de connaître à fond les locutions qui avaient alors la vogue. J'avais remarqué, en effet, que la Chambre change de temps en temps de vocabulaire, et adopte certaines expressions, certains mots, pour leur donner une popularité ti'iomphante.

— Voyons, me disais-je, mictions la main sur le substanlifà succès, sur l'épithète accréditée. Disons, par exemple :

(( Je dois à mon i^njja la vérité, et je la dis à mon « pays ; mon pays a droit à la vérité; je dirai la véc( rite à mon pays. »

Pendant que je me livrais à cet exercice de linguis-

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tique, Oscar était à mes cotés, dans mon cabinet. C'était un 2;arçon de bon conseil, malgré sa scélératesse profonde.

— Qu'en pcnscs-tii? lui dis- je. Ne trouves-tu pas que cela remjTlit parfaitement la houclic : mon pays?

— J'aimerais autant : ma faysCy répliqua le peintre ordinaire de Sa Majesté. C'est plus anacréontiquo.

— -Mauvais plaisant! il me semble (|ue cela fait bien, mon pays! Le cabinet le dit; lopposition le dit ; tout le moiulc le di(.

— Alors c'est le pays de tout le monde, et le mon est de trop.

— Oscar, je vois ce que c'est : tu préfères ce paysci. C'a été employé dans les premiers-Paris. Ce paysci ! va pour ce pays-ci!

— Pas plus que pays-là !

— Alors, Oscar, nous nous rabattrons sur les hommes et les choses. Voilà ce qui ne manque jamais son effet, les hommes et les choses ! c'est compréliensif; c'est pliilosopbique ; c'est synthétique; ça doit t'aller.

— Merci! je sors d'en prendre, répliqua le rapin avec humeur.

— Pas même les hom.mes et les choses, Oscar! tu es difficile ! Et la haute indépendance, les hautes lumières, la haute sagacité? tu repousses également ces haiiîes expressions de haut goût parlementaire.

— J'aime mieu-ç le flov, le poncif et tout l'argot des ateliers : ça me connaît du moins.

Décidément le peintre ordinaire de Sa Majesté y mettait de la mauvaise volonté ; il ne voulait pas

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m'aidcr dans mes rcclicrclics oratoires. Je poursuivis seul mou étude. Ce travail, d'ailleurs, lut bientôt interrompu par les lettres désespérées qui me parvinrent de rarrondissement. Non-seulement on me demandait un discours, mais on m'imposait un sujet. Il n'était plus question désormais ni de la liberté illimitée de la presse et des écarts des folliculaires, ni de mon pays ou de ce pays-ci, ni des hommes et des choses^ ni de rien de semblable. Le gouvernement venait de présenter un projet de loi (jui, entre autres articles, dégrevait les fromages étrangers. On devine quel cri de détresse avaient poussé les fromages de l'arrondissement. C'était un deuil général dans la montagne; les bestiaux se lamentaient ; les populations parlaient de marcber sur la capitale. Il n'y avait pas à balancer , il fallait prendre la parole contre les produits caséeux de l'étranger et empècber qu'ils ne souillassent le territoire.

Pendant mon noviciat parlementaire, j'avais pu remarquer que plusieurs députés, assez médiocres d'ailleurs, parvenaient à se faire une petite clientèle de collègues, à l'aide d'invitations lancées à propos. Le député qui perclie à Paris ne craint nullement les dîners en ville, surtout quand ces dîners ne sont pas sans façon ; il n'a aucune répugnance pour les babas et le puncb, môme quand ils se compliquent de contredanses. Plus d'un membre des centres a fait ainsi son cbcmin dans la Gliambrc par des galas, des ambigus et des réunions dansantes auxquels il convie, soit ses voisins sur les bancs, soit les membres de son bureau. C'est un moyen d'influence fort en usage,

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surtout à la veille des renouvellements mensuels.

Je résolus do le mettre au service du fromage français et de mon début oratoire. J'étais sûr de me ménager ainsi trois ou quatre voix pour saluer mon improvisation d'un Très-hien ! et de me composer \u\ petit noyau d'auditeurs reconnaissants et polis. Il fut donc décidé que nous donnerions un grand dîner; j'avais jeté les yeux sur douze collègues d'un estomac résolu, en y joignant quelques noîabililés des centres. La princesse palatine, attachée plus que jamais à mon char, devait aider madame Paturot à faire les honneurs du repas et de la soirée; elle avait promis, en outre, d'amener le feld-maréchal TapanoMich en grand uniforme. Mon triomphe allait èlrc complet, et le Tarlare devait y figurer en vaincu. Aussi n'épargnàines-nous rien pour que cette fôle laissât des souvenirs dans la mémoire des convives. Tout ce que le luxe du service peut comporter de raffinements fut prodigué en celte occasion : les pièces les plus rares, les vins les plus exquis furent rassemblés avec un soin particulier. Rien que de délicat et de choisi ne devait paraître sur ma table; chaque mets allait être la dernière expression, le mot final de la science. Je ne m'adressai pas à un cuisinier; je pris un artiste. Oscar et lui arrclèrenl le menu. C'était un repas <à barbe, un festin chevelu ; je le vis bien à l'addition.

Au jour et à l'heure dits, mes convives arrivèrent, et je les présentai successivement à Malvina, qui leur fit les honneurs de sa maison avec une grâce infinie.

l^ientôt la compagnie fut au complet, et l'on se dirigea vers la salle à manger. Les choses s'y pas-

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sèrcnt très-coiivenablemeiit : tout était merveilleux, cuit ù point et d'une délicatesse rare : les vins furent appréciés surtout par de véritables connaisseurs. Au dessert, j'avais comiuis bien des suffrages : le feldmaréclial, dépouillant ses rancunes, jetait sur moi des rcj;ards tendres et enluminés; la princesse i)a!atinc tenait tète à ses voisins; Malvina avait retrouvé sa verve et son caquet d'autrefois. Quant à mes collègues, aj)rès avoir gardé quelque réserve, ils fuiireat par nous donner le spectacle d'un abatuion peu parlejuentaire; enfin tout alla au mieux.

Désormais, je pouvais risquer la grande entreprise : j'avais un parti. Je j)réparai mon improvisation et l'appris par cœur ; puis, pour tout prévoir, je mis le manuscrit dans ma pocbe. C'était une plancbe de salut pour un cas extrême : on va voir que la précaution n'était pas inutile. Le projet de loi contre lequel j'allais parler était presque sans intérêt jiour la Gbambre ; aucune émotion ne s'y attachait. Aussi les discours se succédaient-ils au milieu de conversations bruyantes. Ce fut au plus fort de la confusion que je demandai la parole, et que, prenant mon courage à deux mains, j'escaladai la tribune. Un \erre d'eau était à ma droite, je l'avalai macbinalement ; après ([uoi, eu cherchant à assurer ma voix, je commençai :

« Messieurs, dis-je, je viens parler à mon pays (( d'une industrie qui l'intéresse très-vivement, celle (( des fromages... v

A ce mot, un éclat de rire bruyant s'éleva du sein de l'assemblée; le public, les messagers d'Etat, les journalistes, les huissiers même, [irii'cnf part à l'iii-

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larité générale. C'était un beau et unanime snccèi:. Je voulus continuer; impossible. Les explosions de lires étoulTuient lua voix, et une pluie de quolibets venait m'assaillir de tous les côtés. Enfin, de guerre lasse, je quittai la tribune; mais, par une inspiration de génie, je portai la main à ma pocbc et en lirai mon discours pour b remettre au sténograpbe du Moniteur.

Celle idée lumineuse me sauta; le lendemain, mon ])laidoycr j)our les fromages figurait dans le Moniteur sur cinq grandes colonnes, assaisonnées de sensation et de très-bien (|ui leur donnaient un caractère triomphant. L'arrondissement fut battu, mais cette défaite eut pour nu)i tcuis les caractères d'une grande victoire. Ce fut ainsi que je gagnai à la tribune ma bataille d'Austerlilz.

l'espionne russe. — l'emprunt forcé. — LA MAISON MOYEN AGE. UNE CRISE MINISTÉRIELLE.

Depuis que j'étais arrivé aux honneurs de la députation, mes relations avec la princesse Flibuslofkoï avaient pris un caracière inquiétant. La palatine ne pouvait plus se passer de moi; quand je lui manquais, elle envoyait à ma recherche. Elle était jalouse de tout : de mes commettants, de ma femme, même de mes travaux parlementaires. Il fallait lui rendre compte de mes moindres démarches, de mes ennuis

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ot de nips joio?, de mes rapports avec mos collôiiiipsi, (lo nicfî entretiens avec les ministres. Sur ce dernier point, elle était intolérable : si par malheur la "mémoire me servait mal, elle me pressait de questions, et me faisait subir un interrogatoire.

— D'où venez-vous donc? me disail-ellc avec un air boudeur qui lui allait à ravir. Vous vous gâtez, Jérôme! Une visite à dix heures du soir! c'est le prendre h l'aise, monsrenr!

— Palsembleu! Catinka, excuse-moi, répondais-jc avec un air tout à fait Lauzun : c'est le ministre *'* qui ne voulait plus me laisser aller.

— Ah ! vous venez de chez le ministre ***, ajoutait ma belle avec des hochements de tête accusateurs.

— Oui, ma charmante, oui, de chez le ministre ; nous étions là douze collègues, en petit comité, un couvert de choix. Les choses se sont admirablement passées II s'agissait de ramener trois votes qui branlaient au manche. C'a été enlevé : ce diable de *** est si habile !

— Vous ne dites pas tout, Jérôme ! On le connaît, votre ministre ; on sait quels sont ses moyens d'influence.

— Allons, ne vas-tu pas maintenant être jalouse, Catinka! C'est ridicule, parole d'honneur ! ajoutais-je en lui prenant la main.

— Pas de familiarités, monsieur! Un ministre qui protège le corp> du ballet, voilà .de belles connaiss;inces! Et c'est à cela qu'on nous sacrifie, s'écriait-ellc en fondant très-naturcllenient en larmes.

Je n'ai jamais compris le don que possèdent les femmes de changer leurs yeux en fontaines, et ce

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