‹ Jérome Paturot à la recherche d'une position sociale (volume 3)Chapitre 2 sur 35 · JÉRÔME PATI ROT · texte numérisé non relu

JÉRÔME PATI ROT

de la forme : la vanité littéraire perçait sous l'enveloppe de rindustriel. Pas moyen d'ailleurs d'escamoter un succès. La commission se composait de persoimcs trés-compéteutes, et à qui il était diflicile d'en faire accroire. Il y avait là, sur les bancs, des manufacturiers, des économistes, des chimistes, mémo dos dro|.ruistes, et dans la salle un peuple entier de fabricants qui avaient comparu ou attendaient le moment de conijiaraître devant le tribunal spécial. Ce no fut pas sans une certaine émotion que j'entendis prononcer mon nom. Je fendis la foule, m'avançai avec respect, et attendis les questions du président qui dirigeait l'enquête.

Tissus de laine.

DEMANDE. — Qu'avez-vous à dire, monsieur Paturot, au sujet des tissus de laine? Consultez vos souvenirs et votre expérience.

RÉPONSE. — Les tissus de laine, comme le nom l'indique, se composent pi-incipalemcnt de la dépouille des ti-oiipeaux, et, dans ce sens, la question est à la fois industrielle et agricole. A mon point de vue, j'ajouterai (]u'clle est é<;alenuMit commerciale. L'agriculture, l'industrie et le commerce sont donc intéressés aux tissus de laine. En remontant aux temps les plus reculés de nolro histoire, on voit le même phénomène se reproduire. Les capitulaires de Charlemague, les édits de Sully en font foi.

uemanoe. — La commission tiendrait plus particulièrement à eotuiaîlrc où en sont les choses de notre temps.

RÉPONSE. — J'y arrive. On distingue diverses espèces de laines. La nature, bizarre parfois, n'a pas voulu donner à la France le monopole du moulon ; elle a même placé le mérinos en Espagne. Or, partout oij broute le mouton, on peut être sur de trouver la laine, la laine longue, la laine courte, peu importe.

DEMANDE. — Rcposcz-vou^ si VOUS êtos i'atigué, La commission attendra.

RÉPONSE. — Je dis la laine courte en vue des moutons, monsieur le président. Quant à moi, je l'ai particulièrement longue, l'haleine. Que la commission excuse le rébus.

DEMANDE. — La commissiou ne craint pas le mot |)Our rire. Continuez.

REPONSE. — Nous avons donc les laines du T)erbyshire, les laines de Ségovic, les laines électorales de la Saxe, qui toutes ont placé leur résidence à Tétianger. C'est dommage, car elles ont du bon ; mais je ne leur pardonne pas, pour cela, d'avoir poussé hors du beau pays de France. Oh ! là-dessus, je suis impitoyable. Je ne connais que le mouton IVrrrancais.

DEMANDE. — Cela vous fait honneur. Mais, dans l'intérêt de nos tissus, ne pourrait-on pas jirovocpier rintroduction de quelques laines plus fines, celles d'Espagne et de Saxe, par exemple, que vous avez citées avec tant d'à-propos?

RÉPONSE. — Et les bergers frrrrançais, monsieur le président ! et les pâturages frrrrancjais ! et les chiens i"rrrranç;ais ! Là-dessus, voyez-vous, mes conviction» sont inllexibles. Vivent les moutons frrrnuiçais !

DEMANDE. — Modércz-vous, mousicur Patnrot. La

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commission honore comme vous tout ce qui tient au sol de la ])a(rie ; elle sait que la France peut se montrer Hère à bmi ilroil du hct.iil que la Providence lui a dcparli ; elle ne veut ni en duprécier la qualité, ni en réduire l'emploi. 11 ne peut être ici question que d'une iinportalion modérée et dans les lainages supérieurs.

RÉPONSE. — Je j)ortcrai ma tête sur l'échafand, si cela est nécessaire ; mais on ne m'arrachera pas la moindre concession vis-à-vis de l'étranger. Mes ancêtres étaient Auvergnats, et ils poussaient le culte du mouton frrrancais jus(ju'au fanatisme. J'ai moimènie beaucoup comiu, dans ma jeunesse, le mouton frrirancais : c'est un être intelligent et pétri de grâces. Ma langue se desséchera plutôt (|ue d'articuler un mot qui puisse ètredésagréalile à ce quailrupède. Vive le mouton IVrraançais ! Nourri sur le sol frrrrançais, il a seul le droit de fournir des côtelettes fri'rranraises, et de jouir sans concurrence du marché frrrran(;ais. Maintenant, qu'on me donne à dévorer aux mérinos !

DDMANOE. — La commission d'enquête consignera vos opinions au procès-verbal. Vous j)uuvc/ vous retirer.

Je regagnai ma place au milieu de murmures d'approbation. L'auditoire, qui se composait en grande partie d'éleveurs et d'agriculteurs, trouvait (|ue j'avais déployé, dans la d l'i-iise de l'industrie ovine, une éloquence et une (li;ilecli(iue véritablement champêtres. On se demandait à la ronde si je n'etiiis pas un berger des Alpes ou des Pyrénées, un grand producteur berrichon, ou l'un îles pri»|)riétaires des trou-

peaux de Nas. Cependant, je m'étais contenu dans cette discussion, où je n'avais ahordé, avec une impétuosité calculée, que la matière première. J'avais peur que le président ne me mît sur le chapitre 'de la flanelle anglaise, que je vendais tout en la méprisant. Ainsi, j'avais évité de me trouver trop directement en face de ma conscience. Il faut dire que je réservais ma puissance en matière d'articles fabriqués pour les tissus de coton, dans lesquels je me trouvais sans peur et sans reproche. Je ne tenais que des bas français, et mes bonnets de coton portaient au plus haut degré l'empreinte de la patrie. J'allais donc aborder cette question délicate avec le sang-froid que donnent une à me pure et un assortiment irréprochable aux yeux de la loi. Quand mon nom fut une seconde fois appelé, je descendis dans le prétoire avec l'épanouissement d'un succès antérieur et la confiance d'une excellente cause. Le président m'interpella de nouveau.

Tissus de coton.

DEMANDE. — Qu'avcz-vous à dire, monsieur Paturot, des tissus de coton? Ces articles vous sont familiers.

RÉPONSE. — Je n'apprendrvai pas à la commission que le coton est un produit végétal étranger à l'Europe, si ce n'est pourtant qu'on l'a cultivé jadis en Espagne et dans le royaume des Deux-Siciles ; mais l'Amérique est plus généralement sa patrie. C'est le pays où cette plante a reçu le jour. Je n'insiste pas davantage.

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DEMANDE. — Vous .icccptcz donc le fait force fie la provenance ctranfïcre?

«EPONSE, — Oui, tout en maintenant mes réserves en faveur de tout colon rran(;ais né ou à naître. J'en ai vu nu jardin des plantes qui donne de grandes espérances. N'enj,'a^M^()us pas laveuir.

DEMANDE, — iSoit ; la commission peut faire la part de ce vœu, bien (|u'il sendjlc empreint d'exagéi*ation. Poursuivez.

RÉPONSE. — Mais si je reconnais à l'Amérique le droit de nous inonder de ses cotons, je m'empresse d'ajouter que c'est à la condition qu'il entre à l'état de matière première, et qu'il ne pénètre jamais sur notre sol sous un aspect plus ou moins manufacturé.

DEMANDE. — Préciscz mieux votre opinion.

RÉPONSE. — Je la précise. Je dis que si le coton n'est pas un produit national, les articles de coton doivent être un produit national, sortant des mains de l'ouvrier national, pour régner sur le manlié national,

DEMANDE. — Pouvcz-vous Dous foumir quelques détails capables d'éclaircir complètement votre pensée?

RÉPONSE. — Volontiers. Exemple, le bonnet de colon, ça me connaît. Je dis que le bonnet de coton doit ôtre absolument national, que les fils qui le composent doivent sortir des broches nationales, que sou tissage doit être national, son apprêt national, sa mèche nationale. Oui, national jusqu'au dernier brin, je ne sors pas de là.

DEMANDE. — Mais si l'on demandait au dehors quol([ucs similaires, ne fîit-cc que pour fournir des

DANS LES GRANDEURS. Il

échantillons de ce qne peut exécuter en ce genre l'industrie étrangère, ne croyez-vous pas que nos fabriques elles-mêmes auraient à gagner à cette comparaison, j'ajouterai nicmt", à cette concurrence?

RKPONSE. — C'est captieux, voilà tout. Monsieur le président, votre sensibilité vous égare. Vous traitez par le sentiment des choses qui ne veulent être, traitées qu'au point de vue de la nationalité. La France doit disposer d'elle-même sur le terrain du bonnet de coton. Elle ne peul pas être, à la merci de l'étranger pour la confection d'un article qui occupe une aussi grande place dans notre histoire. Abandonnezvous, je suppose, sur ce point à l'activité exotique, qu'en résultera-t-il? qu'au moment d'une rupture, vous ne trouverez plus un seul bonnet de coton en France. L'ennemi vous prendra par les rhumes de cerveau.

DEMANDE. — L'objcction ne manque pas de gravité; mais il me scmlile que vous désespérez trop facilement de l'intelligence et de l'activité françaises. Quand je parle de l'introduction du bonnet de coton étranger, j'admets toujours que ce ne sera que sous l'empire de droits dilTérentiels. Or, si, protégés de la sorte, les bonnets de coton français ne i^euvcnt pas lutter contre ceux du dehors, quelle idée voulez-vous que l'on prenne d'une fabrication aussi retardataire? RÉPONSE. — Assez, monsieur le président. Avec le respect que je vous dois, je suis obligé de vous faire observer que vous tombez dans l'économie politique cosmopolite et révolutionnaire. Nos bonnets de coton sont les premiers de l'univers, voilà pourquoi nous ne pouvons pas en souffrir d'autres. Est-ce clair?

It JÉRÔME PATliROT

DEMANDE. — La i oiiimisMim (l'enquête pèsera cet argument,

ui.i't»N>K. — .l'en rappelle! je vois qu'il v a ici des ennemis du liiivail national, qui ne rendent pas au boinict de colon national la justiee qui lui est due, qui vi'ulent l'éliminer du marché national, pour condamner aux plus viles destinations les cin(juante-six millions d'ouvriers (jui composent l'atelier national. J'en rappcllf, dis-je, et je demaiule roi-mcllement la tète du président de la commission.

Celte sortie virulente termina la séance. Les fabricants de tissus de coton (jui se trouvaient dans la salle me reçurent dans leurs bras; on m'entoura de toutes parts, on m'accabla de félicitations; je devins le héros de l'encpiéte, le champion du travail natio nal. Une souscription fut ouverte et bientôt remplie : on voulait m'oflrir une statue; je me contentai d'un bonnet de coton d'honneur.

LA MAISON MOYEN AGE. L EXPOSITION DE TAnLEAl'X.

On vient de voir un échantillon de mes p;randeurs j)olitiques et induslrii'lles : je ne faisais j)as une moindre figure dans les arts. Mon ami Oscar travaillait de son mii'ux à me donner les airs d'un Mécène ; il peuplait mon salon île jeuni's célébrités de l'école chevelue : j'avais des peintres, des sculpteurs, des musiciens, des mouleurs de statuettes, des architectes, des

décorateurs. De temps en temps, cette phalange livrait quelques assauts à ma caisse, et y pratiquait même des brèches assez fortes sous forme d'emprunts. Mais, en revanche, j'avais Kà des amis dévoués, prêts à me couler en bronze, ou à prodiguer en mon honneur l'ocre, le cinabre et la terre de Sienne. Déjà l'on voyait circuler sur les pianos de la capitale un album dédié à madame Paturot, et l'un des habitués de la maison, fort connu pour ses nudités en plâtre, avait offert de la mouler sous le costume de Vénus sortant du sein de l'onde. La proposition était trop mythologique pour être acceptée ; mais elle avait eu même temps quelque chose d'assez flatteur pour que Malvina ne la prit point eu mauvaise part.

Ma grande alVaire était alors la construction d'une maison genre gothique, qui s'exécutait sous les ordres d'un dos architectes les plus chevelus de la capitale. C'était un garçon ivre du passé, et qui ressemblait moins à un Français du dix-neuvième siècle qu'à un Ej)iniéuidc du moyen âge. Nous avions acheté un emplacement dans l'un des beaux quartiers de Paris, et c'est là-dessus qu'il devait bâtir sa huitième merveille du monde. Le devis, le plan, les coupes, le décor extérieur, les distributions, l'escalier, les ouvertures, tout fut l'objet des soins les plus minutieux et de longues délibérations. Oscar et Malvina élevaient des objections; moi, je les appuyais. Vains efforts! nous avions affaire à un artiste qui nous traitait du haut de sa barbe et n'en démordait pas d'un poil. Plusieurs fois même il lui arriva de se révolter contre nos goûts bourgeois et de nous mener d'une manière assez cavalière.

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— Voici, disaît-il, en étalant ses plans coloriés, voici la question, n'en dévions point, s'il vous plait. Vous avez à choisir, monsieur Paturot, entre trois espèces de gothique: l"* le gothique à lancettes, c'est-à-dire ù ogives ordinaires cl tètes de trèlles, avec des llèches de tours octogones et des rosaces de la plus hoile épo(juc ; 2" le golhi(]ue rayonnant ou rutilant, ainsi nomme à cause de la l'orme rayonnante des roses et de l'ogive, qui s'épanouit de plus en plus; 5" enlin le golhi(jue llanihoyant, (|ui prend son nom de compartiments en l'orme de llaiiimes, el où l'ogive s'élargit d'une manière qui présage la décadence. Les formes prismati(|ues sont aloi-s préférées aux formes loiides, et les ornements, tro[) multipliés, chargent l'édilice outre mesure. Voilà les trois grands caractères du gothique. Maintenant décidez-vous. Voulez-vous le gothique à lancettes, le rutilant ou le flamhoyant?

— C'est ça; monsieur Paturot, parle, dit Malviua en insistant.

— Parle, Jérôme, ajouta Oscar.

l*our parler, il eût fallu savoir (jue dire. Rutilant, flamhoyant, à lancettes, ces mots m'étaient fort étrangers : mes études en archéologie n'avaient jamais été poussées hicn loin, et, en f;iit de gothique, je n'avais point de préférence. L'architecte se méprit sur la cause de mon hésitation; il continua :

— Je vois ce que c'est. Pcnl-ètrc monsieur préfère-t-il le genre hàtard postérieur aux trois grandes époques, quand le sommet de l'ogive olVre un prolongement formé par des nervures qui l'entourent et partent des impostes, quand les grandes roses ne

présentent plus que rarement des formes arrondies. C'est une dépravation du goût byzantin, mais elle peut savouer : si l'ensemble est lourd, on se sauve par le dolail.

— Mais non, rcpris-je m.icbinalcment, mais non.

— Alors, où voulez-vous en venir? Remontonsnous jusqu'au genre roman, qui nous voue directement au plein cintre? Prélérons-nous le roman secondaire, oiî les arcades sont demi-circulaires, en fer à cheval, en anse à panier; oii les portes, quoique en plein cintre, sont cliarp:ccs d'ornements en zigzags, on câbles, en torsades, en étoiles?

— Mon Dieu non, dis-je, accable de celte érudition.

— ('-'est donc le genre lombard ([u'il vous faut, c'est-à-dire une espèce bâtarde entre le golbique et le roman, un composé de byzantin et de moresque, un dévergondage de dentelles et de clochetons. Je comprends. Vous voulez saisir le moment précis où le plein cintre incline vers l'ogive, et engeiulre les quatrc-fcuilles, les Irclles, les roses, enfin toutes les merveilles qui sont en germe dans le gothique, le gothique au berceau, en un mot? Peste ! vous êtes délicat.

— Vous me flattez, monsieur, je n'ai aucune idée là-dessus.

— Qu'est-ce à dire , et retomberions-nous dans l'art grec? M'a-t-on tendu un piège? Monsieur Paturot, ajouta l'architecte chevelu en se levant, si vous avez cru trouver en moi un instrument docile de la ligne droite, un singe de Vignole, de Mansard et de Percier, un esclave du dorique et du corinthien, un complice de la renaissance, une àme vendue à l'io-

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nion ol an to^raii, vous voii< ctcs ahust'. Je no reconnais pas rarcliitccttirc grecque, monsieur; je regarde la Madeleine comme un grand catafalque, le Panthéon comme un biscuit de Savoie, la façade du Louvre comme une niche à niarionnoltes. Je méprise la feuille d'acanthe et la cannelure, les oves et les tMiipaus. Tout d'ia est mort, très-mort, et je ne proslituerai jamais mon encore de (Ihine à des vieilleries pareilles. C'est bon pour des maçons et des gâcheurs de plâtre. Adieu, monsieur.

L'architecte avait débité cette tirade avec une telle rapidité, (ju'aucuu de nous n'avait pu placer une parole pour désarmer sa colère. Il venait même de prendre sou chapeau et se dirigeait vers la porte, «piand Oscar parvint h le saisir au collet. Moitié de force, moitié de gré, on le ramena sur son fauteuil, alin d'entrer en explications. Pour faire revenir l'artiste ell'arouché et remettre dans son état n itiirel une barbe foncièrement hérissée, il fallut beaucoup d'efforls, beaucoup de témoignages de confiance, .le me montrai décidé à faire grandement les choses, à ne pas lésiner sur les devis, à n'épargner rien quant aux accessoires.

— Donc, poursuivit Tarchitecte, maître absolu désormais de la construction, nous nous décidons pour le gothique llamboyant, couune plus orné, plus susceptible de décoration extérieure. Une fois adopté, il faut que le genre soit exécuté en ])lein; n'est ce ]»as, monsieur Paturot?

— En plein, dis-je en courbant la tête.

Cet liomme me dominait par son aj)lomb et l'état de sa barbe.

— Nous aurons donc des croisées à ogive et à tête de trèfle. Je veux aussi vous ménager sur la façade quelques meurtrières d'où l'on puisse diriger une sarbacane contre les truands, les mauvais garçons et les tireurs de laine. C'est avantageux pour les temps de troul)le.

— Faites, dis-je comme un homme résigné.

— Des meurtrières, Pàques-nicu ! cela ne peut pas nuire. La prévôté ne lait pas toujours son devoir, et il est bon de se garder des maillotins. Ah ! continua rarchitectc, si les échovins y consentaient, quelle charmante tourelle je vous ferais !

— Une tourelle !

— Oui, monsieur Paturot, une tourelle suspendue, à pan coupé, en saillie sur la façade comme la coquille d'un colimaçon ! Ce serait une excroissance de l'hôtel, avec un toit ardoisé en forme d'étcignoir. Mais les échevms sont là; ils rognent les ailes au génie, sous prétexte d'alignement.

— Là, voyez-vous ! s'écria Malvina.

— Proscrire les tourelles en saillie : quel vandalisme! dit l'artiste avec émotion. C'est la seule chose qu'on n'ait pas encore vendue dans les bureaux des échcvins.

— Cela viendra, observa Oscar,

— Rentrons dans le possible, reprit l'architecte chevelu. Vous aurez, monsieur Paturot, une maison modèle, comme si vous étiez le syndic de l'honorable corporation des bonnetiers. La façade sera d'un bout à l'autre une dentelle, une cristallisation : nous broderons la pierre, comme le faisaient les pieux ouvriers

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