‹ Jérôme Paturot à la recherche d'une position sociale (volume 4)Chapitre 2 sur 43 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

L*usage du bonnet de colon n'est pas une de ces institutions éphémères destinées à disparaître avec la civilisation qui les vit éclore. C'est, au contraire, un besoin organique fait pour survivre à beaucoup de coutumes qui se croient éternelles. Je n'en veux pour preuve que le nombre toujours croissant des bonnetiers et la belle figure qu'ils fon^dans notre société industrielle.

L'autre jour, je me trouvais chez l'un d'eux, le mieux assorti peutêtre de tout Paris en matière de ces couvre-chefs que le peuple, dans sa langue figurée, a nommés casques à mèche. J'hésitais entre un bonnet à flot avantageux, ondoyant, épanoui, et un autre bonnet doni h» sommet était couronné par un appendice plus modoslc. I/un me

i JEROME PATUROT.

tentait par sa majesté, l'autre par sa simplicité, et longtemps je serais demeuré indécis si le marchand n*eût pris la parole :

« Je vous conseille ce genre de flot, me dit-il en me présentant l'un des bonnets; c'est celui que M. Victor Hugo préfère. »

Ce mot me fit oublier la marchandise; je regardai le marchand. C'était un jovial garçon, de trente-cinq ans à peu près, haut en couleur et d'un aspect peu poétique. Le nom qu'il venait de prononcer se conciliait mal avec cet ensemble :

« Vous connaissez donc M. Victor Hugo? lui dis-je.

— Si je le connais!... » répliqua-t-il en étouflant un soupir. Puis, comme s'il eût fait un retour sur lui-même, il ajouta : « Je suis son bonnetier. »

J'achetai l'article qu'il me présentait; mais, dans le petit nombre de paroles qu'avait prononcées cet homme, j'avais entrevu un monde de douleurs secrètes et toute une existence antérieure pleine d'amertumes et de mécomptes. Évidemment, avant de se réfugier dans le commerce paisible des bonnets de coton, cette âme avait dû chercher sa direction dans d'autres voies et courir quelques aventures. Ce soupçon prit de telles racines en moi, que je résolus de l'éclaircir. Je revins donc chez le bonnetier, sous un prétexte ou sous un "autre; je l'interrogeai doucement en attaquant le point sensible, et bientôt j'obtins des aveux complets.

Jérôme Paturot, c'est son nom, était une de ces natures qui ne savent pas se défendre contre la nouveauté, aiment le bruit par-dessus tout, et respirent l'enthousiasme. Se passionner pour les choses sans les juger, se livrer avec une candeur d'enfant aux rêves les plus divers, voilà quelle fut la première phase de sa vie. L'exaltation était pour lui un sentiment si familier, si habituel, qu'il se trouvait malheureux dès que la sienne manquait de prétexte ou d'aliment. Avec de semblables instincts, Paturot était une victime promise d'avance à toutes les excentricités. Il n'en évita aucune, et se signala plus d'une fois par une ardeur qui avait l'avantage de ne pas être raisonnée. H admirait tout naïvement et s'engouait des choses avec une entière bonne foi ; il eût, en des temps plus farouches, confessé sa croyance devant le bourreau. Seulement il changeait volontiers d'idole, se rangeant toujours du côté de celle qui avait la vogue et dont le culte était le plus bruyant. Ce fut ainsi qu'il parcourut toute la sphère des

JEROME PATDROT. 5

découvertes modernes dans Tordre littéraire, philosophique, religieux, social et même industriel. Il n'aboutit au bonnet de coton qu'après avoir successivement passé par les pins belles inventions de notre époque.

A la suite de quelques entretiens, j'avais obtenu la confiance de Jérôme Paturot. D'aveu en aveu, je parvins h lui arracher Thisloire de sa vie entière, et peut-être n'est-il pas sans intérêt de la consigner ici pour apprendre à nos neveux à combien de tentations les enfants de ce siècle furent en butte.

C'est Paturot lui-même qui va raconter ses douleurs.

JEHOME PATUROT

PATUROT POETE CHEVEIX.

Je n'ai pas toujours été, me dit Thonnête bonnetier, tel que vous me voyez, avec mes cheveux ras, mon teint fleuri et mes joues prospères. Moi aussi, j'ai eu la physionomie dévastée et une chevelure renouvelée des rois mérovingiens. Oui, monsieur, j'étais chef de claque à Hernani, et j'avais payé vingt francs ma stalle de balcon. Dieu ! quel jour I quel beau jour ! Il m'en souvient comme si c'était d'hier. Nous étions là huit cents jeimes hommes qui aurions mis en pièces M. de Crébillon fils, ou la Harpe, ou Lafosse, ou n'importe quel autre partisan des unités, s'ils avaient eu le courage de se montrer vivants dans le foyer. Nous étions les maîtres, nous régnions, nous avions l'empire !

Mais reprenons les choses d'un peu plus haut. Orphelin de bonne heure, monsieur, j'avais été élevé par les soins d'un oncle, vieux célibataire, qui n'aspirait qu'à se démettre en ma faveur de la suite de son commerce et de la gestion de son établissement. Faire de moi un bonnetier modèle était sa seule ambition. J'y répondis en mordant au grec et au latin avec un fanatisme malheureux. Quand, au sortir du collège, je revis cette boutique avec son assortiment de marchandises vulgaires, un profond dégoût s'empara de moi. Je venais de vivre avec les anciens, d'assister à la prise de Troie, à la fondation de Rome, de boire avec Horace aux cascades de Tibur, de sauver la république avec Cicéron, de triompher comme Germanicus, d'abdiquer comme Abdolonyme, et, de cette existence souveraine, héroïque, glorieuse.

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il fallait descendre *à quoi? au tricot et aux chaussettes. Quel déchet !

Dès ce moment, monsieur, je fus livré au démon de l'orgueil. Je me crus destiné à toute autre chose qu'à coiffer et à culotter le genre humain. Cette ambition me perdit.

C'était alors le moment de la croisade littéraire dont vous avez sans

doute entendu parler, quoiqu'elle soit aujourd'hui de Thistoire ancienne. Une sorte de fièvre semblait s'être emparée de la jeunesse : la révolte contre les classiques éclatait dans toute sa fureur. On démolissait Voltaire, on enfonçait Racine, on humiliait Boileau avec son prénom de Nicolas, on traitait Corneille de perruque, on donnait à tous nos vieux auteurs Tépithète un peu légère de polissons. Passez-moi le mot; il est historique. En même temps, on disait à l'univers que le temps des génies était arrivé, qu'il suffisait de frapper du pied la terre pour en faire sortir des œuvres rutilantes et colorées, où le don de la forme devait s'épanouir en mille arabesques plus ou moins orientales. On annonçait que le grand style, le vrai style, le suprême style allait naître, style à ciselures, style chatoyant et miroitant, empruntant au ciel son azur, à la peinture sa palette, à l'architecture ses fantaisies, à l'amour sa lave, à la jalousie ses poignards, h Ja vertu son sourire, aux passions humaines leurs tempêtes. La littérature que nous allions créer devait être stridente, cavalière, bleue, verte, mordorée, profonde et calme comme le lac, tortueuse comme le poignard du Malais, aiguë comme la lame de Tolède; elle devait concentrer en elle la lierté de la grandessc espagnole et l'abandon folâtre du polichinelle napolitain ; élever sa pointe en minaret comme à Stamboul ; se daller en marbre comme à Venise ; résumer Soliman et Faliéro, le muezzin et le gondolier des lagunes, deux types contradictoires; chanter avec l'oiseau, blanchir avec la vague, verdir avec la feuille, ruminer avec le bœuf, hennir avec le cheval, enfin se livrer à toutes ces opérations physiques avec un bonheur extraordinaire, vaincre en un mot, dominer, supplanter, et (passez-moi encore une fois l'expression) enfoncer la nature.

Voilà ce que nous voulions, ni plus ni moins.

Je dis nous, monsieur, car je fus le cent quatre-vingt-dix-huitième génie de cette école, par numéro d'ordre. A peine eut-on proclamé un chef, que je m'écriai : « De (a suite ^ fen suis! » Et j'en fus. Comme titre d'admission, je composai une pièce de vers monosyllabiques que Ton porta aux nues et qui débutait ainsi :

Uiiui :

T«il,

Belle,

Telle

Que

Je

Rêve

Eve;

Sœur,

Fleur,

Charme,

Arme,

Voix,

Choix,

Mousse,

Douce, elc.

Et ainsi de suite, pendant cent cinquante vers. Lancé de celte façon, je ne m'arrêtai plus. L*enjanibement faisait alors fureur; je donnai dans Tenjambement, et c'est à moi que Ton doit ce sonnet célèbre qui disait :

Toi, plus blanche cent fois qu'un marbre de Paros, Néère, dans mon cœur tu fais naître un paroxysme d'amour brdlant comme Test une lave ; Non, non, le pape Sixte, au sein de son conclave, Etc., etc.

Je viens de vous parler de sonnet, monsieur; quels souvenirs ce mot réveille en moi! L'ai-je cultivé, cet aimable sonnet! Tout ce qu'il y a dans mon être de puissance, de naïveté, de grâce, d'inspiration, je l'ai jeté dans le sonnet. Pendant six mois, je n'ai guère vécu que de sonnets. Au déjeuner, un sonnet; au dîner, deux sonnets, sans compter les rondeaux. Toujours des sonnets, partout des sonnets; sonnets de douze pieds, sonnets de dix, sonnets de huit; sonnets à rimes croisées, à rimes plates, à rimes riches, à rimes suffisantes; sonnets au jasmin, à la vanille ; sonnets respirant l'odeur des foins ou les parfums vertigineux de la salle de bal. Oui, monsieur, tel que vous me voyez, j'ai été une victime du sonnet, ce qui ne m'a pas empêché de donner dans la ballade, dans l'orientale, dans l'ïambe,

dans la méditation, dans le poëme en prose et autres délassements modernes. Mais mon encens le plus pur a brûjé en l'honneur de cette divinité que Ton nomme la couleur locale. A volonté mes vers étaient albanais, cophtes, yolofs, cherokees, papous, tcherkesses, afghans et patagons. Je faisais résonner avec un égal succès la mandoline espagnole, le tambour nègre et le gong chinois. Mes recueils poétiques composaient un cours complet de géographie. La feuille du palmier, la fleur du lotus, le tronc du baobab, les fruits de Tarbre de Judée, y tenaient la place que doit leur accorder tout amant de la forme, tout desservant fidèle de la nature. Les costumes, les armes, les cosmétiques, les mets favoris des peuples divers, n'échappaient point à ma muse : la basquine, le burnous, le fez, le langouti, la saya, le kari et le couscoussous, le kava et le gin, le kirch et le samchou, aucun vêtement, aucun aliment, aucun spiritueux même, n'étaient rebelles à l'appel de mon vers, et les trois règnes se défendaient vainement d'être mes tributaires.

Oh! quel temps, monsieur, quel temps! On m'eût donné la statistique du Japon à mettre en strophes, que je n'eusse pas reculé devant la besogne. Quand on est jeune on ne connaît pas le danger.

Je vous ai parlé tout à l'heure de la première représentation d'Hernani. C'est là que nous fûmes beaux! Jamais bataille rangée ne fut conduite avec plus d'ensemble, enlevée avec plus de vigueur. Il fallait voir nos chevelures, elles nous donnaient l'aspect d'un troupeau de lions. Montés sur un pareil diapason, nous aurions pu commettre un crime : le ciel ne le voulut pas. Mais la pièce, comme elle fut accueillie! Quels cris! quels bravos! quels trépignements! Monsieur, les banquettes de la Comédie-Française en gardèrent trois ans le souvenir. Dans l'état d'effervescence où nous étions, on doit nous savoir quelque gré de ce que nous n'avons pas démoli la salle. Toute notion du droit, tout respect de la propriété semblaient éteints dans nos âmes. Dès la première scène, ce fut moi qui donnai le signal sur ces deux vers:

El reçoit lous les jours, malgré los eiiviiux, Le jeune amant sans barbe à la barbe du vieux.

Chaqae jonr, je lustrais qoarante paires de boites religienseneit.

Depuis ce moment jusqu'à la chute du rideau, ce ne fut qu'un roulement. Quand Charles-Onint s'écria :

Croyez-vous donc qu'on soil si bien dans ceUc annoiro?

la salle ne se possédait déjà plus. Elle fut enlevée par la scène des tableaux, et le fameux monologue l'acheva. Si le drame avait eu six actes, nous tombions tous asphyxiés. L'auteur y mit de la discrétion; nous en fûmes quittes pour quelques courbatures.

J'appartenais donc tout entier à la révolution littéraire : c'était presque une position sociale. Il ne s'agissait plus que de la consolider par un poëme en dix-huit mille vers d'un genre babylonien, ou par des fantaisies castillanes, telles que saynètes et roman de cape et d'épée. Je pouvais aussi abonder dans le sonnet,^ mais, permettez-moi l'expression, je sortais d'en prendre. Malheureusement, mes aflaires financières étaient alors assez embrouillées. Depuis que je m'étais livré à la muse, mon oncle le bonnetier m'avait fermé sa porte, et il parlait de me déshériter. Il ne me restait plus que 4 à 5,000 francs, débris de la succession paternelle. Ce fut avec cette somme que je me lançai dans la carrière. Aucun éditeur ne voulait imprimer mes œuvres à ses frais; je me décidai à spéculer moi-même sur mon génie. Je publiai trois volumes de vers : Fleurs du Sahara. — La Cité de l'Apocalypse, — La Tragédie sans fin. Hélas ! à quoi tient la destinée des livres! J'en vendis quatre exemplaires, et aujourd'hui je me demande quels sont les malheureux qui ont pu les acheter. Quatre exemplaires, monsieur, et j'avais dépensé 4,000 francs! C'était 1,000 francs par exemplaire!

Cet échec amena un orage dans ma vie.

Il faut vous dire que j'avais cru devoir, dans l'intérêt de mes inspirations, associer à ma destinée une jeune fleuriste du nom de Malvina. Le caprice avait formé ce nœud, l'habitude l'avait resserré : il n'y manquait plus que la loi et l'église. Par malheur, monsieur, Malvina n'appartenait point à mon école : elle raffolait de Paul de Kock et savait par cœur la célèbre partie de loto de la Maison blanche. Plus d'une fois elle m'avait compromis publiquement par des appréciations que je m'abstiendrai de qualifier, et mes amis me reprochaient souvent ces amours si peu littéraires. Ma chambre était inondée de volumes mal-

propres empruntés an cabinet de lecture voisin : M. Dupont, André le Savoyard, Sœur Anne, et que sais-je encore ! Malvina dévorait ces tur- Inpinades, tandis qu'elle se ftiisait des papillotes de mes Fleurs du Sa-

hara, et condamnait aux usages les plus vulgaires ma CUé de l'Apocalypse. Voilà dans quelles mains j'étais tombé.

Tant que mon petit pécule avait duré, nos relations s'étaient maintenues sur un pied tolérable. Malvina se contentait de me qualifier, de loin en loin, de cornichon, ce qui était peu parlementaire; mais j'étais fait à ces aménités. Cependant, à mesure que les fonds baissaient, le ton devenait plus rogue, et nos disputes sur l'esthétique prenaient de l'aigreur. Aux derniers cent francs, sa passion pour les romans de Paul de Kock avait pris un caractère tout à fait violent, et ses mépris pour la poésie moderne ne connaissaient plus de bornes. La discussion se renouvelait chaque jour avec un acharnement nouveau.

« C'est du propre que vos livres, me disait-elle; voyez seulement si vous en vendez la queue d'un.

— Malvina, lui répondais-je, vous ne raisonnez point en amie de l'art; vous êtes Irop utilitaire.

POETE CUEVELU.

— Oui-da! avec ça qu'on vit de l'air du temps ! Il a fallu mettre hier deux couverts au mont-de-piété, »

Voilà, monsieur, à quelles extrémités j'en étais réduit et quel langage il me fallait subir. J*avais beau demander des armes à la poésie contre de pareils arguments : le bon sens de cette fille m'écrasait. Chaque jour je me détachais davantage de l'art pour songer à la vie positive; le besoin altérait chez moi les facultés du coloriste, et la misère étouffait l'inspiration. Jecommençais à ne plus croire à Tinfaillibilité d'une école qui laissait ses adeptes aussi dénués; je me prenais à douter de la ballade et du sonnet, de l'ode et du dithyrambe; je tenais déjà le lyrisme dramatique pour suspect, et l'alliance du grotesque et du sublime ne me semblait pas lo dernier mot de la composition littéraire. Bref, j'étais prêt à renier mes dieux.

Une saillie de Malvina acheva l'affaire. Quand le jour fut venu où nous eûmes épuisé nos dernières ressources, je m'attendais à des reproches, à des larmes; je croyais du moins qu'elle témoignerait quelque inquiétude et quelque tristesse. Je ne connaissais pas Malvina. Jamais elle ne se montra plus pétulante et plus gaie. Elle sautait dans la chambre, gazouillait comme une alouette, et de temps en temps pinçait un petit temps de danse pittoresque.

c< Diable! dis-je, r'osl comme ça que lu Iv prends?

12 JEnOME PATUIIOT

— De quoi! répliqua-l-elle; il n'y a rien à la maison. Eh bien, je me ferai saint-simonienne. »

Ce mot m'éclaira : une vocation nouvelle se révélait à moi. J*avais rélofle d'un saint-simonien. Le tour de ces messieurs était alors venu, ils éclipsaient les romantiques. Puisque Malvina se lançait dans la partie, je pouvais bien me lancer avec elle. Mes fonds étaient évanouis; l'oncle Paturot me tenait toujours rigueur. Que risquais-je?

Dès le lendemain je fis tomber sous le ciseau ma chevelure de Mérovingien pour laisser croître mes moustaches et ma barbe. Je voulais paraître devant les capacités de Saint-Simon avec tous mes avantages. Malvina, de son côté, s'épanouissait à la seule idée qu'elle allait être reçue femme libre.

C'est 1.1, monsieur, le second chant de mon odyssée.

SAlNT-SlMOiNlEN. 15

PATCROT SAINT-SIMOMEN.

Jérôme continua ainsi ses coniidences :

Monsieur, quand je me décidai à entrer dans le saint-simonisme, la religion avait déjà revêtu Thabit bleu-barbeau, inventé par Auguste Chindé, tailleur spécial du nouveau pape. Je me fis culotter par cet artiste, et j'eus toutes les peines du monde à empêcher Malvina d'en faire autant. Ma jeune fleuriste s'était fait une idée exagérée de ses nouveaux devoirs : elle se croyait obligée à tirer vengeance en ma personne de l'oppression que son sexe subissait de temps immémorial, et il fallut l'intervention d'un de nos Pères en Saint-Simon pour que son zèle de néophyte ne la portât point à des extrémités fâcheuses. Il faut vous dire que Malvina a la main naturellement prompte. Jugez de ce que cela devait être sous l'empire d'un sentiment religieux ! La première période de son émancipation fut rude à passer.

Ce ne fut pas ma seule épreuve. Vous avez vu, monsieur, quelle (igure je faisais dans la phalange romantique. Mon nom avait percé parmi les poètes chevelus, et je pouvais me flatter de jouir dans leur cénacle d'une certaine réputation. Quand il s'agit de me donner un grade parmi les saint-simoniens, je fis valoir ces titres, une physionomie heureuse, comme vous le voyez, et une foule d'autres avantages que ma modestie me défend d'énumérer. Je devais croire que les gros bonnets du saint-simonisme, ceux qu'on nommait les Pères, seraient flattés d'ouvrir leurs rangs à un homme aussi littéraii*^ i\uv je l'étais. J'avais compté, monsieur, sans l'économie politique vl l.i philosophie transcendante. On me fit subir un examen qui roula sur

CCS sciences barbares, après quoi les juges me délivrèrent mon brevet (le capacité. Le croiriez-vous? j*étais saint-simonien de quatrième classe : on me proposait en second à la rédaction des bandes du journal de la religion.

Mon premier mouvement fut de la colère, une colère d'auteur sifflé. Je voulais donner au diable et les Pères, et les examinateurs, et le brevet de capacité. On me calma, on me promit de Favancement. Mes supérieurs me firent Tœil en coulisse, comme c'était leur usage quand ils voulaient magnétiser les récalcitrants. Je me laissai attendrir en pensant que, tôt ou tard, on rendrait justice à un homme de style. Je réfléchis d'ailleurs que je me devais à l'humanité; j'oubliai ces petites blessures d'amour-propre en songeant à la reconnaissance des générations futures. On m'expliqua, en deux mots, en quoi consistait le saint-simonisme. Nous avions pour mission d'empêcher Vexploitation de rkomme par l'homme; en vertu de quoi, plus tard, à Ménilmontant, on me fit cirer les bottes de la communauté. Nous nous proposions aussi de mettre un terme à V exploitation de la femme par l'komme: ce qui explique pourquoi Malvina, dans s^i ferveur religieuse, se plaisait à me traiter comme un nègre.

Pendant que mes débuts avaient si peu d'éclat, ceux de ma fleuriste faisaient sensation. Pitié, monsieur, pitié! Cette jeune fille qui, en littérature, ne pouvait s'élever au-dessus de Paul de Kock, était, en saint-simonisme, un vase d'élection, une nature d'élite. On la reçut de seconde classe, avec la perspective d'aller plus haut. On lui trouvait les qualités de la femme forte, d*un esprit sans préjugés. Malvina a ce que l'on nomme vulgairement du bagout : ce genre de talent plaisait aux saint-simoniens, ils en avaient Temploi, cela entrait dans leur spécialité. Moi-même, quelques jours après, je pus voir quelle précieuse acquisition la religion nouvelle avait faite dans la personne de ma fleuriste. Ce fut comme un coup de théâtre, et malgré moi j'y jouai un rôle. Voici dans quelles circonstances.

Le saint-simonisme cherchait à faire des conquêtes, et dans ce but il n'épargnait aucun moyeq pour agir sur le public. L'un des plus puissants consistait en des conférences qui se tenaient le soir, à la lueur de cent bougies, dans une salle située rue Taitl>out. Comme auditoire, on y vovait des curieux venus de tous les coins de Paris, des ouvriers, des grisettes, des artistes, dr*i ;xens du monde, une so-

ciété un peu mêlée, mais fort originale. I^à éclataient des professions de foi, des conversions soudaines. Les saint-simoniens qui avaient la parole facile se lançaient dans divers sujets el faisaient assaut d'éloquence. On pleurait, on s'embrassait, on applaudissait, sous la surveillance des sergents de ville et avec l'approbation de l'autorité. Quand un spectateur demandait la parole pour une interpellation, on la lui accordait, et alors commençait une sorte de tournoi entre les incrédules et les eipôlres saint-simoniens. On sifflait d'un côté, on approuvait de l'autre, on échangeait des apostrophes qui n'étaient rien moins que parlementaires, jusqu'à ce que les municipaux fissent évacuer la salle et que force restât h la loi. J'ai passé là, monsieur, quelques soirées que je ne retrouverai de ma vie.

Le premier jour où nous parûmes, Malvina et moi, sur le banc des nouveaux catéchumènes, la discussion s'engagea au sujet des droits de la femme, de l'émancipation de la femme. Un beau parleur de l'assemblée cherchait à prouver la supériorité de notre sexe sur l'autre, il s'appuyait sur des documents historiques, sur les diflTérenccs d'organisation, sur les lois de la nature. A diverses fois Malvina avait témoigné son impatience, quand tout à coup, ne pouvant se contenir, elle se leva :

c( Mon père, dit-elle au président, j'éprouve le besoin de répondre à ce muguet; je demande la parole.

— Vous l'avez, ma sœur, dit le président.

— A la bonne heure, reprit-elle, je me dégonflerai. Qu'est-ce qu'il vient donc de nous chanter, ce linot, que notre sexe est fait pour obéir, le sien pour commander? Ils sont tous comme ça, ces serins d'hommes. En public, roides comme des crins; dans le tête-à-tête, souples comme des gants. Connu ! connu ! »

A cette sortie, l'assemblée entière fut saisie d'un fou rire. Les grisettes étaient en nombre : le triomphe de Malvina fut le leur.

« Bravo ! bravo ! » criait-on.

Malvina rayonnait; elle reprit:

« Ah! voulez-vous voir comment on les éduque, les hommes, quand on s'en donne la peine. Eh bien, on va vous en ofii'ir le spectacle : la vue n'en coûte rien. Ici, Jérôme. »

C'était moi que Malvina apostrophait en y ajoutant un signe de l'index qui ne me laissait aucun doute sur son intention. J'aurais

voulu être à cent pieds sous terre. J'allais servir à une exhilfition, j'allais poser. Un moment je songeai à désobéir ; mais l'air de Malvina était si impérieux, elle semblait si peu douter de ma soumission, que je n'osai pas intervertir les rôles. Les Pères saint-simoniens paraissaient d'ailleurs enchantés de la tournure que prenait la scène : c'était pour eux une démonstration vivante, et autour de moi tout le monde m'encourageait à m'y prêter. Je me rendis donc au geste de Malvina. Quand je fus à sa portée, elle me mit la main sur l'épaule, et, se tournant vers l'auditoire, elle ajouta :

c( En voici un que j'ai dressé! il pinçait le vers français, ça ne m'allait pas, j'en ai fait un saint-simonien, j'en ferai ce qu'il me plaira! Ah! vous croyez que c'est toujours la culotte qui gouverne; merci! Il y en a beaucoup parmi vous qui ne parlent haut que lorsqu'ils sont loin du jupon de leurs épouses. Suffit, je m'entends. Va t'asseoir, Jérôme. »

Vous dire la tempête de bravos qui accueillit cette boutade est impossible. L'essaim des brodeuses, des chamareuses, des lingères, des modisifis. qui bourdonnait dans la salle, voulait porter Malvina en (rioinplio. Jamais Père n'avait obtenu un succès pareil. Séance te-

Ltz a^iÂ\r^ kt7fV9i\jLt * lâ i'* a2^3siiîz/xT.«î K,*;iiS2i^i.

Si ir irasf aiijf tn u\ arW. mi% iMik^t!^ Uis aspk}iifs.

liante, cinquante-trois ouvrières confessèrent la foi sainl-simoniennc : les conversions se succédaient, et c'était Malvina qui en était Tâme. Aussi passa-t-elle, dans cette même soirée, au grade de prêtresse du premier degré.

Vous l'avouerai-jc ! j'étais confus du rôle que je venais déjouer, et pourtant le succès de ma fleuriste me touchait comme un résultat auquel j'avais concouru. Malvina me comprit, car en rentrant elle me sauta au cou et me dit :

« T'as un bon caractère, Jérôme, je te revaudrai cela, parole de prêtresse. »

En effet, monsieur, son dévouement ne se démentit plus.

Quelques mois se passèrent ainsi. On donna des bals passablement décolletés en Thonneur de la religion : jamais culte ne s'était annoncé plus gaiement. Des femmes, plus ou moins libres, animaient ces fêtes, et je n'étais pas le moins empressé auprès d'elles. Ces assiduités donnèrent à réfléchir à Malvina, le saint-simonisme commença à lui paraître un peu trop sans préjugés. D'un autre côté, quelques Pères voulurent prendre des libertés avec elle, et il fallut qu'elle les mît à la raison à sa manière. On se fâcha, elle se fôcha plus fort; on la menaça de destitution, elle répondit par des impertinences.

D'ailleurs, les fonds saint-simoniens marchaient vers une baisse, et Malvina pressentait une déconfiture prochaine. Déjà on s'était retiré sur les hauteurs de Ménilmontant pour y vivre d'économie. Lp régime des raisins verts et du haricot de mouton allait arriver. Cependant je ne voulus pas abandonner la partie au moment oùi^lle se gâtait; je résolus de faire preuve de dévouement en restant à mon poste. Je me cloîtrai comme les autres et pris l'habit, le fameux habit saint-simonien. On m'assigna mon emploi, mes fonctions. Hélas! monsieur, ce fut la dernière humiliation qui m'était réservée. Ma capacité m'avait valu le soin des bottes de la communauté. Pendant deux mois je vécus dans le cirage ; chaque jour je lustrais quarante paires de bottes religieusement. Par exemple, je n'ai jamais pu me rendre compte du service que je rendais en cela à l'humanité, et quel intérêt mon coup de brosse pouvait avoir pour les générations futures. C'est un problème qu'aujourd'hui encore je me pose sans pouvoir le résoudre.

Autant, monsieur, la première période de notre vie religieuse

18 JKROMK PATLROT

avait été remplie de joies et de succès, autant la seconde fut pleine de tristesses et de revers. Le jardin dans lequel nous nous étions volontairement cloîtrés abondait en raisins qui n* ont jamais pu mûrir. I^a détresse s'en mêlant, nous en fîmes la base de notre ordinaire, et Dieu sait ce qu'il en résulta. Malvina, qui avait repris son travail en ville, venait à mon secours en m'apporlant quelques côtelettes supplémentaires; mais cela ne sudisait pas pour balancer l'affreuK ravage des fruits verts. Vous dire dans quel état se trouvait alors la religion serait chose impossible. Enfin, im jour ma fleuriste me vit si pAle et si défait, qu'elle fit acte d'autorité.

« Mon petit, dit-elle, ça ne peut pas durer comme ça ; jamais le verjus n'a fait de bons estomacs. Puisqu'on te fait brosser les bottes des camarades, faut qu'on te nourrisse. Quiconque travaille doit manger.

— C'est bon à dire, Malvina ; mais Ik où il n'y a rien, le plus affamé perd son droit.

— Eh bien, alors, mon chéri, on leur dit adieu et l'on va décrotter ailleurs. Au fait, tu as maintenant un joli talent de société. »

Je suivis le conseil de Malvina ; je quittai Ménilmontant : mais, que devenir? Faut-il l'avouer! malgré les mécomptes de cette vie un peu aventureuse, malgré les souffrances physiques, les privations de tout genre, je ne me séparai qu'à regret des illusions qu'une année d'apostolat avait fait naître en moi ! Sérieusement, monsieur, il y eut un moment où je me crus appelé à régénérer le monde, à lui prêcher un évangile nouveau. J'avais cette foi robuste qui, au dire de l'Apôtre, peut déplacer les montagnes; je croyais que nous apportions aux classes souffrantes la parole du salut, que nous allions donner de la manne à tous les estomacs, de l'ambroisie à toutes les bouches arides. Tous, nous nous imaginions avoir dérobé à Dieu son secret pour en faire hommage à la terre. L'orgueil, sans doute, entrait pour beaucoup dans tout cela ; mais au fond de nos cœurs dominaient pourtant une compassion véritable pour nos semblables, un désir ardent du im*n, un dévouement sincère, un désintéressement réel.

Voilà pourquoi, monsieur, nous soutînmes sans faiblir un rôle siMivcrainement ridicule. Ces fonctions grossières auxquelles chacun i|(» nous savait se soumettre, l'abstinence souvent pénible qui signala iioirr vie en commun, ne trouvent leur explication que dans la

conviction ardente qui nous animait. Aussi, reslai-je longtemps sous le coup de celte impression. L*idée que notre globe n'avait d'avenir que dans une transformation complète me poui'suivit sans relâche; la régénération humaine m'assiégeait sous toutes les formes. De quelque côté que je visse luire ce feu trompeur, on était sûr de me voir accourir ; je craignais que ce grand travail ne s'accomplît sans moi ; et, comme Ton dit, j'étais jaloux d'apporter ma pierre à ce monument.

Hélas! monsieur, ce ne sont pas les occasions qui me manquèrent. A aucune époque, Thumanité n'eut plus de sauveurs que de iioln* temps. Quelque part que l'on marche on met le pied sur un messie: chacun a sa religion en poche, et entre les formules du jKirfai* bonheur on n'a que l'embarras du choix. Je ne choisis pas, caf î^^ssayai de tout. Il était fort question de l'Ëglise française, je donnai dans l'Église française : je faillis devenir sous-primat. Malvina, qui est une fille de sens, m'arrêta fort à propos, entre une messe en français et un sermon sur la bataille d'Austerlitz.

Je passai ensuite en revue les diverses sectes de néo-chrétiens dont Paris était inondé. Chacun, monsieur, voulait interpréter \c christianisme à sa manière. Il y avait les néo-chrétiens du journal r Avenir, les néo-chrétiens de M. Gustave Drouineau, les néo-catholiques et une foule d'autres, tous possédant le dernier mot du problème social et religieux, tous déclarant l'univers perdu si l'on n'adoptait pas leurs maximes. J'allai des uns aux autres, cherchant la vérité, cherchant surtout à prendre position quelque part. Hélas! je ne trouvai que chaos et impuissance, jalousies entre les sectes naissantes, schismes dans le schisme, mots sonores sans signification, prétentions exagérées, orgueil immense, confusion des langues plus grande que celle dont les ouvriers de Babel donnèrent le spectacle. De guerre lasse, monsieur, je me fis templier : c'était un remède héroïque. Si l'ordre avait vécu cinquante jours de plus, peut-être devenais-je le soixante et dixième successeur de Jacques Molay.

Cependant c'est à cette époque de notre vie que nous devons, Malvina et moi, l'une de nos plus vives satisfactions. Nous connûmes alors le grand ^fapa. Le Mapa, monsieur, fut l'idéal de tous ces pontifes nouveaux. Il les dépassait comme le chêne dépasse les bruyères. Figurez-vous une barbe vénérable, une élocution facile, un air avenant : tel était le Mapa. Il séduisit Malvina au premier abord. Sa reli-

gion était dans son nom, forme de rinitiale demaman et de la finale de papa, cest-à-dire ma-pa : un mythe, un symbole, l'homme et la femme, la mère et le père, le résumédeThumanitc ; la femmeavant Fhomme, car ccst la femme qui engendre, si c'est rhomme qui féconde. Il fallait T entendre expliquer son système, ce divin Mapa! Les paroles coulaient de ses lèvres comme le miel. Depuis les beaux jours du symbolisme indien et de la mythologie grecque, on n'avait rien connu de plus véritablement hiéroglyphique, cabalistique et hermétique.

Oui, monsieur, le Mapa a laissé plus de traces dans mon esprit que tous les réformateurs pris ensemble, sans en excepter Saint-Simon et M. Gustave Drouineau.

Ces tentatives ne constituaient pas toutefois une position sociale , les rêves nv font

pas vivre longtemps. Malvina y mettait du sien tant qu*elle pouvait, Texcellente fille; cependant nous n'allions qu*à force de privations. D'ailleurs, dans la force de Fâge, il était honteux de n'avoir pas su encore me ménager des ressources qui me fussent propres. J'en rougissais malgré moi; mais, quand il s'agissait d'adopter une carrière, des scrupules puérils me retenaient. Mon oncle me fit faire, à Tinsu de Malvina, quelques ouvertures. Il était vieux, sans enfants; j'étais son seul héritier : il m'offrit de me céder son commerce de son vivant, de me diriger, de m'initier. L'orgueil, monsieur, fut plus fort tjue le besoin. Ce mot de bonnetier me révoltait : c'était mon aiuchcmar* Je me disais qu'il était indigne d'un homme littéraire comme moi de végéter dans la bonneterie, d'être bonnetier, de vendre des bonnets, et de coton encore ! Plus mon oncle se montrait pressant, plus j'éprouvais de répugnance. Un jour le hasard nous mit face à face sur le boulevard du Temple. Le digne parent vint à moi, me serra la main :

« Eh bien, Jérôme, es-tu décidé? me dit-il.

— Jamais, mon oncle, jamais! » répliquai-je.

Et je m'enfuis à toutes jambes, comme si je venais d'échapper à un grand péril.

Que d'orages, monsieur, m'attendaient encore sur cet océan parisien, avant que je pusse jeter l'ancre dans le port de la filoselle et du tricot !

JBIIOME PATUROT

PATUROT GEltANT DE LA SOCIETI;: DU BITUME DE MAItOC.

Le récit des aventures du pauvre Jérôme commençait à m'intéresser. Cette nature candide, accessible aux illusions et disposée aux expériences, résumait par plus d'un point Thistoire et la situation d'esprit de la jeunesse actuelle. Je me montrais donc exact au rendez-vous qu'il me donnait, et je le voyais, de son côté, devenir plus communicatif à mesure qu'il se familiarisait davantage avec moi.

« Quand vous eûtes quitté le saint-simonisme, lui dis-je, quel parti prîtes-vous?

— Ne m'en parlez pas, monsieur : c'est ici que commencent mes plus tristes aventures. »

Et il continua :

Depuis que la porte de Ménilmontant s'était fermée sur moi, nous vivions assez tristement. J'avais vu s'effeuiller mes premiers rêves, s'évanouir mes plans imaginaires, se flétrir mon idéal. Quand on entre dans la vie, monsieur, on se la figure volontiers comme une chose éthérée; on en fait un Eden que l'on peuple de fantômes gracieux, et où il suflit, pour se maintenir en santé et en joie, de contempler la nature et de respirer le parfum des fleurs. Tout est beau, tout est bon; la pensée ne touche à rien sans l'embellir et le colorer. Il semble que l'humanité a le bonheur sous la main, que' la douleur n'est qu'un malentendu. Des besoins, on n'en connaît pas; des soucis, on n'a que celui d'aimer, d'être aimé, de s'épanouir, de se laisser vivre. Oh! les illusions de la jeunesse, que c'est beau, mais que c'est court!

Je n'en étais plus là; je louchais à la seconde période de Texis-

B£STl £i Offi. HO Tff. /M /fCCtlER.

\X %^ti\m S)I Jiae2)8.

Elle, oe rèvaDt que macaroni au gratin ; moi, repu de diimèrfs.

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