‹ Jérôme Paturot à la recherche d'une position sociale (volume 4)Chapitre 32 sur 43 · MG JI^ROME PATUROT · texte numérisé non relu

MG JI^ROME PATUROT

classe; le chef-lieu entier prétendait à la croix d'honneur; le soii«préfet lui-même rôvait une préfecture. Il ne se formait pas. dans Je ressort, un vœu, un désir, insensé ou raisonnable, qu'à Tinsfant même je n'en fusse saisi. J'ai reçu des lettres incroyables, des communications fabuleuses. A écouter les pétitionnaires, le gouvernement leur devait à tous une complète immunité d'impôts, l'exemption du recrutement militaire pour leurs tils et des rentes perpéluelles pour leurs vieux jours. Celui-ci avait trouvé le moyen de guérir toutes les maladies, et il réclamait une pension; celui-là, contrebandier de profession, voulait que je fisse condamner les droits réunis à des dommages-intérêts pour la surveillance dont il était l'objet ; un autre me demandait d'intervenir dans un procès civil, et de faire débouter s«t partie adverse ; un autre enfin se refusait à payer des droits de succession, sous le prétexte qu'il m'avait donné sa voix. Bref, j'étais devenu riiomme d'affaires de l'arrondissement, l'avocat des mauvaises causes et le médecin des cas désespérés.

Une seule de ces épîtres pourra donner l'idée de ce qu'était celle correspondance. La lettre en question émanait d'un homme considérable de l'endroit, du notaire du chef-lieu, qui avait joué un rôle décisif dans mon élection, et me tenait ainsi dans une sorte de dépendance. Les fonctions de cet officier public et ses devoirs d'état auraient dû lui conseiller un peu de réserve, un peu de dignité dans se» demandes. Voici la première requête que je reçus de lui :

« Mon cher député,

a Permettez à l'un de vos bons amis de se rappeler à votre sou- (( venir. Vous savez quelle part il prend à tout ce qui vous concerne. « Nous parlons ici souvent de vous : l'arrondissement a besoin d'être « tenu en haleine; autrement, il vous glisserait entre les mains. « Heureusement que nous sommes là. Dans l'inlérêt public, j'ai pource tant quelques réclamations à vous communiquer. N'y voyez qu'une « preuve du soin avec lequel je surveille les dispositions de vos corn- « mettants.

« D'abord il faudrait faire destituer le directeur de Tenregistre- (( ment : il est trop pointilleux sur les actes; il voit partout des droits « proportionnels au lieu de droits fixes. C'est un chicaneur qui fait « du tort au gouvernement, sans compter celui qu'il fait à mon étude.

DEPUTK. 517

« Le direcleur qui surviendrait saurait que c'est moi qui ai fait justice « de Tancien; nous nous entendrions parfaitement.

« Je voudrais aussi que Ton donnât une leçon au président du tri- « bunal : il taxe trop serré; il ne laisse pas passer nn seul article « d'honoraires au-dessus du tarif. C'est une petitesse intolérable. <i Donnez-lui de l'avancement si vous le voulez, mais renvoyez-le d'ici. « J'ai mon frère le juge qui se dévouera s'il le faut et acceptera la a présidence.

« Vous vous souvenez d'un cousin du côté de ma femme qui a pré- « sidé à l'itinéraire des voitures pendant notre campagne électorale; « il demande une perception. C'est le moins que vous puissiez faire « pour ce brave garçon.

« Voici bientôt le moment d'établir nos enfants. Je compte envoyer a mon Eugène à Paris, où, par votre influence, il sera reçu à Técole « polytechnique. Vous savez ce que sont les jeunes gens loin de la suru veillance paternelle. Ma femme ne se séparerait pas de son aîné, (( de son Benjamin, si elle n'était pas certaine qu'il trouvera, auprès <f de vous et de madame Palurot, une seconde famille. Si vous pouviez « le loger sous le même toit que vous, ce serait pour sa mère un (( grand souci de moins. Quant au second, Jules, il serait bien que i< vous pussiez lui obtenir une bourse dans un collège. C'est un garçon (( plein de moyens et qiii vous fera le plus grand honneur. Il est i< aimant, tranquille et spirituel. Eugène, au contraire, est tout feu, u tout ambition : il fera son chemin dans les armes savantes. Vous « en serez enthousiaste au bout de six mois. Je n'ai jamais connu de a salpêtre pareil : il tient de sa mère.

c( Par la même occasion, songez donc à notre neveu Antoine et à « notre tante Croquet. Le premier compte sur le bureau de tabac dont « il vous a fait la demande, et l'autre sur son bureau de poste. Ces « gens-là vous comblent de bénédictions chaque jour. Vous êtes leur « sauveur, leur providence; votre nom est constamment dans leur a bouche. Il est impossible que vous puissiez oublier ceux qui pence sent si assidûment à vous.

a Pour moi, mon cher député, je ne vous demande qu'une chose, (c c'est la continuation de cette amitié qui m'est si précieuse et dont a VOUS trouvez ici le retour. Je suis sur la brèche pour vous défendre a envers et contre tous, mais je ne voudrais pas que l'on pût y voir

34tf JKRUMIi: rATUUOT

(( le iiioiiiilre calcul. Vous êtes riiomme de ruiTondisseiuenl, de Jsi (c chose publique, voilà la considéralion qui me détermine. Nos àiiie>» c< françaises ont la même devise : Ijc pays avant tout! « Agréez, etc. B***.

NuUire à...

« l\ S. Madame B*'* me charge de la rappeler au souvenir àc. c( madame Paturot, dont le passage dans nos montagnes a laissé tant u de souvenirs. Voici riiiver. Ma femme est devenue parisienne depuis « que madamePaturotTa gâtée: elle ne peutplus souffrir les couluriùw res et modistes de Tarrondissement. Si vous pouviez lui faire l'envoi « dedeux chapeaux, de deux robes, Tune en mérinos, l'autre en soi<*, u de deux paires de bottines, de douze paires de gants assortis, vous M seriez on ne peiJt plus aimable. Par une occasion prochaine, vous M recevrez toutes les mesures et dimension» nécessaires pour l'exéu cution de cette commande. Quant h la couleur et au choix de ces « objets, madame B^** s*en rapporte entièrement au goût de madame « Paturot. Elle décidera souverainement. Pardon, mon cher députe, « de vous entretenir de détails si peu parlementaires.

« 2* P. S. Je rouvre ma lettre pour vous donner un dernier eni- « barras. Dans nos visites électorales, j'ai remarqué que vous portiez « des bottes vernies d'un fort bon goût. Cette denrée est inconnue a dans nos solitudes, où le cuir simple et le cirage à l'œuf conseri< vent encore de l'empire. Je veux introduire ici la botte vernie ; a cela doit éblouir le client. Veuillez m'en faire confectionner deux w paires conformes à l'échantillon que je vous envoie. Quand on est « l'ami d'un député, on ne saurait se donner trop de lustre. Rien u n'est petit dans le système constitutionnel : la botte vernie peut M avoir ici de l'influence, et il n'est pas mal que votre nom s'attache « à la première paire qui y paraîtra. N'oubliez pas surtout que j'ai « le cou-de-pied un peu haut; je vous recommande également un « œil de perdrix qui abuse du régime de liberté sous lequel nous « vivons.

c< 3* P. S. Je rouvre encore ma missive pour vous dire que l'arron- (( dissement s'attend à vous voir à la tribune.

« A vous derechef, B***. »

Telle était celte lettre, échantillon pris au hasard entre mille.

DKPUTE. 549

Encore les leUres ne consliluaienl-elles que la moindre de mes misères. J'en étais quitte pour exécuter chaque malin une tournée dans les bureaux. Bien des fois, quoique député, j*essuyais des fins de nonrecevoir.

«Une place de receveur général : peste ! me disait-on; il n'y en a qu'une de vacante; neuf ministres, dix-huit conseillers d'Ëtat, quinze banquiers, dont deux israélites, se la disputent ; il est difficile, monsieur Paturot, de vous faire espérer un succès. Mais on vous répondra.

— Un chemin de fer, ah! diable, c'est délicat! les lignes sont distribuées; la commission s'est partagé les tracés. Passe-moi le tunnel, je te passerai le viaduc. Nous n'y pouvons rien dans les bureaux; voyez vos collègues de la Chambre. Cependant on vous répondra.

— Une première présidence, un canal, un siège à la cour de cassation, tout cela est pris, monsieur Paturot; c'est le gros gibier; il n'y a que les hommes politiques qui y touchent; le conseil des ministres y pourvoit. On vous répondra néanmoins.

— Un bureau de tabac : ils sont au complet dans la localité. On vous répondra.

— Une perception : il y en avait une hier ; elle est donnée d'avanthier. On vous répondra. »

Si je n'avais pas les places, j*avais du moins des réponses officielles que je renvoyais aux pétitionnaires comme autant de calmants. C'était l'afTaire d'une correspondance à laquelle j'avais dressé l'un de mes commis; besogne supportable à la rigueur! Mais une misère bien plus grande venait m'assaillir de loin en loin. Le commettant quittait quelquefois sa montagne ; il se mêlait de voyager en famille ; il partait pour la capitale. Terrible apparition ! cauchemar aflreux ! Dès six heures du matin, le père, la mère et la fille se pendaient au cordon de ma sonnette : on se lève de si bonne heure en province! 11 fallait se jeter à bas du lit, se frotter les yeux, endosser à la hâte une robe de chambre pour recevoir ces visiteurs champêtres, et leur faire un accueil gracieux au lieu de les envoyer à tous les diables.

« Tiens, c'est vous, père Michonneau ! vous à Paris ! Que vous êtes aimable d'être venu me voir 1

— Oh dame ! tout de suite. On connaît ses devoirs, allez. Demandez a madame Michonneau.

— Pour ce qui est du respect, on ne peut rien lui reprocher a

560 JKIIOME PATUnOT

noire hoinino. Ça voiiore son dopulé, njoutuit inadnmc Miclioimeau.

— C'est hcîiucoiip (l'honneur pour moi, madame. Asseyez-vous donc, père Michonneau : là, sansfacjon, comme chez vous.»

Et jen avais pour deux heures avec les Michonneau. Il me fallaii écouler riiisloire du voyaj^^e, des économies qu'on y avail consacrées, des projets d'éducalion pour la jeune lille, enfin le détail des graves motifs qui font qu'un campagnard se déplace. Voir Paris est toujours pour le provincial une grande et consciencieuse afiîîire, un programme très-compliqué. On ne veut rien ouhlier, surtout de ce qui est graUi ît. Le député est presque complahle d(;s omissions. Tous les Michonneau du monde considèrent leur représentant à Paris comme un homme (|ui doit leur ouvrir les portes des monuments publics, des enceintes législatives, des parcs royaux, des châteaux de la couronne, des musées, des expositions, quelquefois même des théâtres. Le député n'est plus alors l'homme d'affaires du commettant : il en devient le cornac. Les Michonneau comptaient sur moi pour jouer ce rôle, et je m'y prétais avec une candeur et un abandon sans limites.

Dans des occasions semblables, madame Palurot se chargeait des femmes: il ne me restait plus qu'à distraire et à supporter les hommes. Il fallait voir quelles fa(;ons de toilettes ces Michonneau apportaient de leurs montagnes, et quels rires ils soulevaient chez les couturières où Malvina les conduisait. Les folles apprenties des ateliers parisiens ne pouvaient se contenir, et c'était à grand'peine que les maîtresses conservaient leur gravité. Pour comble de supplice, ces créatures-là marchandaient tout d'une manière déplorable, et, pour un rabais de deux francs, descendaient et remontaient vingt fois l'escalier. Quand les Michonneau dînaient chez moi, ils mettaient, au dessert, des biscuits et des fruits dans les poches pour le déjeuner du lendemain. S'il se présentait, dans leurs courses, un objet souverainement ridicule, hors de mode depuis dix ans, ils ne manquaient jamais d'en avoir la fantaisie. C'était à rougir d'une compagnie pareille.

Souvent j'étais à la Chambre , tranquille sur mon banc , enchanté d'être quitte , pendant une heure ou deux , de tant d'obsessions et de tracas. Un discours écrit berçait mon oreille et me maintenait dans un état de somnolence, quand tout à coup la voix d'un huissier me réveillait :

« On demande M. Palurol dans la salle des pas perdus, me disait-

?Â719a07, (£^7>®Tl-CO!a71AS.

Je me prèuis à ce rèle avec me candeur et no abandon sans limites

il à demi-voix, et nvoc la politesse qui caraclcrise celle institution.

— C'est bien, c'est bien, » répondais-je niacbinalement.

Je me levais, et j'allais voir qui me dérangeait ainsi. Que Irouvaisje? une légion de Michonneau, trois générations de Michonneau. 11 fallait faire placer celte fournée dans les tribunes : on avait compté sur moi, sur mon influence. Impossible de refuser : Tarrondisseraent est inexorable en pareil cas; il ne pardonne guère à son député de ne pas trouver des places pour Téleeteur, même dans une salle comble. Je remuais ( iel et terre, je suppliais les questeurs, j'allais d'une tribune à Tautre, clierchant partout un coin pour la nicbée des Miclionneau. Tant d'efforts étaient rarement vains : presque toujours je parvenais à loger mes commettants; et, avec la persévérance qui distingue le montagnard, ils finissaient par s'élargir aux dépens des voisins et par se caser fort à l'aise. Alors commençait pour moi une autre angoisse. La femme Michonneau, douée d'une vue fatale, m'apercevait dans l'hémicycle, et me prodiguait de là-haut les œillades, les signes et les gestes d'intelligence. 11 me semblait Fentendre de mon banc.

« Dis donc, notre homme, tu ne l'aperçois pas, notre député?

Tiens ! de ce côté , dans un coin, le quatrième 5 gauche! (Ilauf.) Bonjour, monsieur Paturot, bonjour.

— Où diable le vols-lu, madame Michonncau? devait dire l'époux.

— T'as donc la berlue ! Tiens, Tliabit bleu, les cheveux châtains, près d*un maigre à perruque. ( Se Itvaiit. ) Votre servante, monsieur Palurot... »

Ce manège durait pendant toute la séance. Cette famille n*avait pris une loge que pour jouir du spectacle de son député, et madame Michonneau semblait jalouse de me compromettre aux yeux de la (Chambre entière. Le jeu des mains, des regards, des petits signes de familiarité allait si loin, que, de guerre lasse, je m'accoudais sur mon pupitre, et, tournant le dos à Tennemi, je me condamnais à une immobilité complète. C'était le seul moyen d'en finir avec madame Michonneau. Alors, la tribu entière se résignait à écouter en bâillant « ou à grignoter quelques comestibles, débris du dessert de la veille. Quant au père Michonneau, il étiiit émerveillé de la facilité avec laquelle parlaient les orateurs qui occupaient la tribune. Aussi, au sortir de la séance, ne manquait-il pas de me dire :

«Pourquoi donc que vous ne montez pas là-haut, notre député, pour gazouiller un peu comme les autres? (ja ferait du bruit au pays. »

Toujours le même reproche : pourquoi ne parlez-vous pas? D'un côté, c'est le notaire qui me l'écrit; de l'autre, c'est le commettant qui me l'insinue. L'arrondissement exige que je parle, il n'accepte pas le silence de son député; il lui faut des phrases. On se plaint (fuelquefois du bavardage des orateurs! on s'imagine qu'ils montent à la tribune pour leur plaisir, qu'ils s'exposent de gaieté de cœur aux plaisanteries des folliculaires; on ne sait pas qu'ils ne vont là qu'avec crainte et sous Taiguillon de leurs électeurs. L'arrondissement a nommé un député; il ne veut pas en être pour ses frais. L'orage peut couver pendant quelque temps ; mais si un arrondissement voisin prend la parole et se distingue, l'exaspération locale ne connaît plus de bornes. « Qu'a donc notre député? se dit-il. D'où vient qu'il se tait obstinément? » Peu à peu la rumeur gagne, les ennemis s'agitent, les amis s'inquiètent et se troublent, les reproches d'incapacité et de négligence circulent de toutes parts, la situation n'est plus tenable ; il n'y a plus qu'un moyen d'en sortir, c'est d'aborder la tribune.

Je l'avoue, cette perspective m'avait toujours pénétré d'un certain effroi. Cette rampe de marbre a quelque chose de si solennel et de si redoutable ; il est si grave de s'abandonner , devant une assemblée

nombreuse, en face d'une publicité retentissante, à tous les basards. à tous les lieux communs de la pensée, d'affronter les distractions et les émotions que ce spectacle inspire, le vertige qu'occasionnent tant de regards attachés sur l'orateur, de soutenir sans trouble ce rôle écrasant et délicat, qu'un peu de crainte était permise, même à un homme moins novice et plus téméraire que moi. Une improvisation me semblait être une loterie, où les idées et les mots arrivent à l'aventure, et d'où les sottises peuvent s'échapper aussi bien que les grandes idées. Pour réussir dans ce genre d'exercice, deux qualités sont surtout nécessaires, et je ne les avais pas : d'un côté, une imperturbable confiance en sa propre supériorité; de lautre, une pauvre opinion de l'intelligence de son auditoire. Avec l'estime de soi et le dédain du reste, on fait son chemin dans les sphères de l'improvisation : le terrain est fatal pour tous ceux qui hésitent et qui doutent.

Bon gré, mal gré, j'étais condamné à donner à l'arrondissement le spectacle de celte tentative. On m'avait placé dans une situation telle, que je ne pouvais plus reculer. Mon silence devenait chaque jour plus fatal; on en abusait contre moi, on allait jusqu'à me dire vendu aux arrondissements voisins. Mort pour mort, il valait mieux encore un moyen désespéré que cette agonie lente. Je me décidai à franchir le Rubicon parlementaire. Dès lors, plus de sommeil tranquille; ma pensée courait chaque nuit à la poursuite d'effels oratoires. Je me voyais à la tribune aux prises avec des mots sans signification, des phrases incohérentes : je cherchais l'adjectif sonore, le substantif retentissant; je polissais la péroraison, je perfectionnais Texorde. Cet état d'insomnie se compliquait d'une agitation fiévreuse et de crampes atroces dans les jambes. Je plains les compagnes des grands orateurs; elles doivent passer bien des nuits blanches.

« Mais qu'as-tu donc? me disait Malvina, ennuyée de ce manège ; lu frétilles comme une anguille de Melun.

— J improvise, ma chère, j'improvise. Dieu ! la belle période que je viens de trouver. Veux- lu que je le la communique?

— Plus souvent! à trois heures après minuil.

— 11 n'y a pas d'heure pour l'éloquence, bibiche! Je lerrasse lc»s factions depuis vingt minutes avec un succès donl on n'a pas d'idée.

— C'est donc (;a c|ue tu exécutes ton petit pas gymnastique en révanl. Merci ! j'en aurai des biens sur \os mollels demain.

— Malvina! cestrinspiratioii, vois-luî Je veux pulvériser la presse, ce fléau des fléaux, cette liydre des hydres. Écoute.

— Du tout ! Je me sauve.

— Voici ce que je lui dis, dans mon improvisation, à cette lèpre odieuse que Ton nomme un journal : je m'élève à la plus haute éloquence :

c( Messieurs, a J'aborde cette tribune pour protester contre la liberté illimitée de « la presse : dussé-je périr sur Téchafaud , je m'élèverai contre les « folliculaires qui... »

— Jérôme! Jérôme! tu abuses de ma position.

— Attends la fin , ça vaut la peine d'être entendu. On n'a jamais mal mené les journalistes comme je le fais... « Ces folliculaires qui « ne respectent rien , qui se mettent volontairement en dehors de la c( constitution, qui... »

— Jérôme , veux-tu que je me fâche?

— Un peu de patience, tu vas voir le trait; c'est adorable; ça n'a jamais été dit... « Ces folliculaires qui... »

— Voilà que ça me part; prends garde à toi, Jérôme.

— Le trait seulement, le bouquet final , ma chère. C est divin... « Ces folliculaires que... »

— Ah! tu m'embêtes! le mot est lâché. »

Le dialogue se terminait là; Malvina était trop montée; je me résignais: et, me pelotonnant dans un coin du lit, j'y poursuivais mon improvisation d'une manière plus solitaire et moins bruyante.

LES GRANDS OHATEUnS. — LE DINER PARLEMENTAIRE. — L IMPROVLSaTION.

Pour me former au grand art oratoire, j'avais sous les yeux, au sein de la Chambre d'alors, une foule de précieux modèles. Lequel suivre? Là commençaient mes incertitudes.

L'un portait un habit bleu , à boutons de métal , croisé jusqu'au menton : on eût dit de loin une cuirasse pressant une poitrine bien développée. La tête avait un beau caractère, l'œil était vif et saillant, les traits réguliers, la lèvre sardonique, le front vaste, le crâne dégarni. On distinguait, dans cet ensemble, une puissance réelle, du sentiment, de la chaleur, en un mot les qualités de l'artiste. C'était, en efiet, un grand artiste plus passionné que convaincu , plus ardent que réfléchi, et se plaisant, à cause, de la difficulté même, dans une situation sans issue. On ne pouvait rien entendre de plus beau et de plus abondant que sa parole, de plus sonore et de plus plein que le timbre de sa voix. La dignité du geste et la fierté du regard ajoutaient

JKBOME FATUKOT

iMiœro à ces moyens exlérieiirs une séduclion irrésistible. Dans les jours heureux personne ne se dérobait h rinduencc de tant de dons réunis. Mais ce succès dépassait rarement la tribune : après avoir écouté, il ne fallait pas lire. Cette lave, une fois figée, avait perdu les seules qualités qui lui fussent propres, l'éclat et le mouvement. I^ veille, on admirait cette éloquence en fusion; le lendemain, il élail dilTicile de n'en pas remarquer les scories. Beaucoup de vague dans ridée sous la pompe de l'expression, une dialectique plus brillante que solide, des arguments grêles sous un vêtement trèsample, une habileté rare à tout mettre en question, unie à l'art de ne pas conclure : voilà de quoi se composait ce talent, Tun des plus achevés et des plus incomplelsqu'aif vus cM!lore la tribune moderne. Il figurait en première ligne parmi les maîtres de l'art oratoire, et (pioique dans un camp opposé, je savais lui rendre celle justice.

Non loin de lui, quoique avec des formes plus lourdes, se tenait un tribun qui abusait im peu de son lorgnon comme maintien et comme moyen préparatoire. 11 portait également l'habit boutonné, détail qui semble être commun à la famille des orateurs. Le front élevé et saillant, l'œil couvert par l'arcade sourcilière, le sinciput presque dépouillé, une physionomie qui ne manquait ni d'élévation ni de caractère, voilà sous quels traits principaux se révélait ce second tribun. Quant h sa parole, elle n'avait ni la même puissance ni la même grandeur. L'organe était pesant, la diction manquait d'é-^" légance et de charme; l'expression était fi^' juste, mais languissante et rarement choi- v!\ sie; elle perdait en grâce ce qu'elle avait de trop en solidité. Ces défauts étaient compensés par plusieurs qualités précieuses et rares. Sous celle écorce peu flexible , il éliîit impos-

sible de ne pas reconnnîlre un fond d'honnêteté, un accent de conviction véritablement estimables. Si la pensée se faisait jour avec quelque embarras, elle conservait néanmoins de renchaînemenl et obéissait à un ordre méthodique, à une sobriété trop méconnue aujourd'hui. Dans ces conditions, Torateur représentait, avec beaucoup de justesse, un parti qui compte plus sur rinHuence des principes

que sur les prestiges de la parole. Je n'étais pas des siens :

mais j'élais prêt à reconnaître la loyauté de ses vues et la sincérité de ses convictions.

Ces deux personnages écartés, je me rapprochais de mon terrain. C'était alors la première époque du talent le plus dithyrambique qui ait jamais abordé aucune tribune : je prends cette épithète dans la meilleure acception qu'elle puisse avoir. Platon avait banni les poêles de sa république, sans se douter qu'il s'en bannissait lui-même en sa qualité de poète et de l'un des plus ,î grands poètes de l'antiquité.

\ Quiconque aspire au mieux esl^- " ' poëte, car le mieux ici-bas est \ /l'inconnu, l'idéal comme la poé- -L sie. On peut donc être à la fois ^^j un grand poëte et un grand :; orateur : il n'y a rien là dedans qui s'exclue. Rien de plus noble, d'ailleurs, de plus heureux, comme coupe de visage, comme port, comme pose, que l'orateur dithyrambique et chevaleresque dont je veux parler ici. Ces avantages exiérieurs entrent pour quelque chose dans un succès de

tribune ; ils le préparent et le complètent. Quand on y peut joindn^ la pureté de Taccent et de la voix, la grâce contenue du geste, le jeu animé de la physionomie, la parole n*a plus que peu d'efTorf s à Aiiro pour s'emparer d'une assemblée. C'était le cas du poète- orateur. IJ ne s'en croyait pas moins obligé de déployer à la tribune toute la magnificence de son style et d'y apporter une prose colorée jusqu'à la recherche. A celte époque, il visait plus haut que la Chambre et dépassait constamment le but. Il lui restait à régler sa force, h modérer son essor, à se mettre au niveau des oreilles qui l'écoutaient.

Mais c'est un beau défaut que cet excès de puissance : il est plus facile d'en médire que d'y atteindre.

Voici maintenant le contraste.

Près de l'orateur qui lient à la main le rameau d'or de la poésie, éternellement renouvelé, se montre l'orateur dogmatique qui sacrifie à la concision, presque à la sécheresse. A l'abondance inépuisable des images , à la période pleine de nombre et d'haleine ont succédé la phrase courte et martelée, la dialectique sobre et magistrale. Tout se dit avec poids, mesure etgravité ; toutprocèdepar démonstrations doctorales, tranchantes, impératives. La tactique j oratoire emprunte dès lors quelque chose à la férule du précepteur, la requête prend un air d'injonction, la prière même ressemble à une remontrance. Ce moyen est souvent heureux : les assemblées se révoltent rarement quand on les morigène, surtout si le physique est assorti h l'emploi, si le geste et

DEPOTE.

le visage sont anguleux, si Torgane est vibrant et assure. Rien ne réussit mieux qu'une volonté qui s'impose et semble refuser le débat. Lorsqu'à la fermeté de la pensée s'unit quelque bonheur dans l'expression, rarement les grandes assemblées résistent à cet ensemble de moyens : l'éloquence dogmatique est de toutes la plus sûre comme effet, la plus aisée comme pratique. Il est impossible que Ton ne fasse pas passer chez les autres la confiance que l'on a en soi-même, quand cette confiance éclate en toute occasion et no se dément jamais.

Cependant, ce genre de triomphe n'était pas mon fait; mes instincts me portaient ailleurs. Un autre orateur de premier ordre existait h la

Chambre, et c'était celui-là que je devais choisir pour modèle. Il faut dire que je ne pouvais me lasser d'admirer l'essor rapide qu'il avait pris. Pour conquérir une grande situation parlementaire, il avait dû lutter contre des obstacles de nature, contre son organe, contre sa taille, contre un extérieur peu avantageux.

Les hommes qui occupaient la tribune avec éclat avaient sur lui cette supériorité de la prestance et de la voix.

Il avait fallu les vaincre par la dextérité de la parole, la fécondité des ressources, la souplesse du talent. C'était là mon idole, le maître de mon choix. Chaque fois qu'il ^(ravissait la rampe de marbre, je me recueillais comme un homme qui

va écouter une leçon. Il faut lui rendre cette justice qu'il n'y épargnait pas les heures, et que j'avais tout le temps nécessaire pour me pénétrer de sa manière et m'inspirer de ses procédés. Ce qui me plaisait en lui , c'est qu'il prenait une question au berceau, et ne la quittait qu'après l'avoir épuisée. 11 supposait toujours (et Dieu sait avec quel à-progos!) que la Chambre ignore jusqu'au premier mot des choses ; cela indiquait une profonde étude du coeur humain. Grâce à lui, je faillis comprendre la question d'Orient : un discours de plus, et je mordais au problème. Malheureusement, je demeurai avec quatre heures de leçon; ce n'était point assez. Mais ce qui m'est resté de la question d'Orient, je le dois à l'orateur qui m'a servi d'étoile. Par ses soins, j'ai appris qu'il existe sur le Bosphore une ville qui se nomme Constantinople. et que les Turcs y sont en majorité. C'est là incontestablement une notion très-essentielle en tout état de cause. Encore quelques efforts, et j'aurais su ce qu'est TÉgyple, ce qu'est la Syrie, pays célèbres dans Tanliquité. Le temps m'a manqué pour cette éducation parlementaire et ce cours d'histoire. Seulement, rien n'effacera de mon souvenir les impressions que m'a laissées l'éloquence du plus éveillé, du plus alerte, du plus fécond de nos orateurs, son ingénieuse manière d'exposer et de raconter, la ductilité, l'élégance de son langage, enfin une érudition historique qui n'est jamais à bout de ressources ni de rapprochements.

J'avais donc, après quelque hésitation, trouvé un modèle oratoire: il ne me restait plus qu'à travailler là-dessus. Une autre difficulté subsistait, celle de connaître à fond les locutions qui avaient alors la vogue. J'avais remarqué, en effet, que la Chambre change de temps en temps de vocabulaire, et adopte certaines expressions, certains mots pour leur donner une popularité triomphante.

« Voyons, me disais-je, mettons la main sur le substantif à succès, sur l'épithète accréditée. Disons, par exemple :

« Je dois à mon paijs la vérité, et je la dis à mo/f pay^ : mon pays a a droit à la vérité; je dirai la vérité à mon pni/s. »

Pendant qiie je me livrais à cet exercice de linguistique. Oscar était à mes côtés, dans mou cabinet. C'était un garçon de bon conseil, malgré sa scélératesse profonde.

«Qu'en penses-tu? lui dis-je. Ne trouves-tu pas que cela remplit parfaitement la bouche : mou pays y

DEPUTK. 501

— J'aimerais autant : ma pai/se, répliqua le peintre ordinaire de Sa Majesté. C*est plus anacréontique.

— Mauvais plaisant! il me semble que cela Fait bien, mon ptii/s! Le cabinet le dit; Topposition le dit; tout le monde le dit.

— Alors c'esl le pays de tout le monde, et le mon est de trop.

— Oscar, je vois ce que c'est : tu préfères rr pays-ci. C'a été employé dans les Premiers-Paris. Ce pays-ci! va pour ce pays^ci!

— Pas plus que ce pays-lù I

— Alors, Oscar, nous nous rabattrons sur les hommes et lex choses. Voilà qui ne manque jamais son effet, les hommes H les choses^ c'est compréhensif ; c'est philosophique; c'est synthétique; ça doit t'aller.

— Merci ! je sors d*en prendre, répliqua le rapin avec humeur.

— Pas même les hommes ei les choses^ Oscar! tu es difficile! Et la hante indépendance, les hantes lumières, la hante sagacité? tu repousses également ces hantes expressions de hant goût parlementaire.

— J'aime mieux le flov, le poncif ai tout l'argot des ateliers : ça me connaît du moins. »

Décidément le peintre ordinaire de Sa Majesté y mettait de la mauvaise volonté ; il ne voulait pas m'aidcr dans mes recherches oratoires. Je poursuivis seul mon étude. Ce travail, d'ailleurs, fut bientôt interrompu par des lettres désespérées qui me parvinrent de l'arrondissement. Non-seulement on me demandait un discours, mais on m'imposait un sujet. Il n'était plus question désormais ni de la liberté illimitée de la presse et des écarts des folliculaires, ni de mon pays ou de ce pays-ci, ni des hommes et des choses^ ni de rien de semblable. Le gouvernement venait de présenter un projet de loi qui . entre autres articles, dégrevait les fromages étrangers. On devine quel cri de détresse avaient poussé les fromages de l'arrondissement. C'était un deuil général dans la montagne; les bestiaux se lamentaient; les populations parlaient de marcher sur la capitale. Il n'y avait pas à balancer ; il fallait prendre la parole contre les produits caséeux de l'étranger et empêcher qu'ils ne souillassent le territoire.

Pendant mon noviciat parlementaire, j'avais pu remarquer que

5fti JEROME PATUROT

plusieiii-s dépulés, assez médiocres d'ailleurs, parvenaient à se faire une petite clientèle de collègues, à l'aide d'invitations lancées à propos. Le député qui perche à Paris ne craint nullement les dîners en ville, surtout quand ces dîners ne sont pas sans façon; il n'a aucune répugnance pour les babas et le punch, même quand ils se complic|ucnt de contredanses. Plus d'un membre des centres a fait ainsi son chemin dans la Chambre par des galas, des ambigus el des réunions dansantes auxquels il convie soit ses voisins sur les bancs, soit les membres de son bureau. C'est un moyen d'influence fort en usag-e, surtout à la veille des renouvellements mensuels.

Je résolus de le mettre au service du fromage français et de mon début oratoire. J'étais sûr de me ménager ainsi trois ou quatre voix pour saluer mon improvisation d'un : Ires-bien! et de me composer un petit noyau d'auditeurs reconnaissants et polis. Il fut donc décidé que nous donnerions un grand dîner; j'avais jeté les yeux sur douze collègues d'un estomac résolu, en y joignant quelques notabilités des centres. La princesse palatine, attachée plus que jamais à mon char, devait aider madame Paturot à faire les honneurs du repas et de la soirée : elle avait promis, en outre, d'amener le feld-maréchal Tapanowich en grand uniforme. Mon triomphe allait être complet, et le Tartare devait y figurer en vaincu. Aussi n'épargnâmes-nous rien pour que cette fête laissât des souvenirs dans la mémoire des convives. Tout ce que le luxe du service peut comporter de raffinements fut prodigué en cette occasion : les pièces les plus rares, les vins les plus exquis furent rassemblés avec un soin particulier. Rien que de délicat et de choisi ne devait paraître sur ma table; chaque mets allait être la dernière expression, le mot final de la science. Je ne m'adressai pas à un cuisinier ; je pris un artiste. Oscar et lui arrêtèrent le menu. C'était un repas à barbe, un festin chevelu : je le vis bien à l'addition.

Au jour et à l'heure dits, mes convives arrivèrent, et je les présentai successivement à Malvina qui leur fit les honneurs de sa maison avec une grâce infinie.

«Madame Paturot, lui disais-je, voici le célèbre général***, qui extermine périodiquement les Bédouins de l'Afrique. C'est un guerrier dont mon pays doit être fier.

— Certainement, répondait Malvîna : à preuve qu'il a soulevé le Kader à la force du poignet : ça indique du nerf.

— Madame Paturot, ajoulais-je en lui présentant un deuxième collègue, voici M***. Il a Thonneur d'être en butte aux railleries des folliculaires, parce qu'il a fabriqué dans sa première jeunesse le satin et le gros de Naples, les unis et les façonnés. Ce n'en est pas moins un homme qui honore mon pays en général et la soierie française en particulier.

— Au fait, répliquait Malvina, c'est délicat la soie; c'esl un commerce bon genre. J'y aurais volontiers mordu.

— Madame Paturot, reprenais-je en faisant une troisième présentation, voici M***, un député du plus grand mérite, quoique généralement inconnu. 11 culotte en rouge la troupe de mon pays.

364 JEHOME PATUUOT

— Des culottes ! s'écriait Malvina avec enthousiasme, ça me connaît; je couvre cet article de mon estime. »

Les présentations se succédaient ainsi : un poète tragique, un colonel de la garde nationale, un banquier que les petits journaux ont souvent attaqué dans l'un de ses organes, enfin mon mentor parlementaire, entrèrent successivemenl. Bientôt la compagnie fut au complet, et Ton se dirigea vers la salle à manger. Les choses s'y passèrent trèsconvenablement : tout était merveilleux, cuit à point et d'une délicatesse rare: les vins furent appréciés surtout par de véritables connaisseurs. Au dessert, j'avais conquis bien des suffrages : le feld-maréchal, dépouillant ses rancunes, jetait sur moi des regards tendres' et enluminés ; la princesse palatine tenait tête à ses voisins; Malvina avaif retrouvé sa verve et son caquet d'autrefois. Quant à mes collègues, après avoir gardé quelque réserve, ils finirent par nous donner le spectacle d'un abandon peu parlementaire; enfin tout alla au mieux.

Désormais, je pouvais ris(|uer la grande entreprise : j'avais un parti. Je préparai mon improvisation et l'appris par cœur : puis, pour tout prévoir, je mis le manuscrit dans ma poche. C'était une planche de salut pour un cas extrême : on va voir que la précaution n'était pas inutile. Le projet de loi contre lequel j'allais parler était presque sans intérêt pour la Chambre ; aucune émotion ne s'y attachait. Aussi les discours se succédaient-ils au milieu de conversations bruyantes. Ce fut au plus fort de la confusion que je demandai la parole, et que, prenant mon courage à deux mains, j'escaladai la tribune. Un verre d'eau était à ma droite, je l'avalai machinalement; après quoi, en cherchant à assurer ma voix, je commençai :

« Messieurs, dis-je, je viens parler à mon pays d'une industrie qui « l'intéresse très-vivement, celle des fromages... »

A ce mot, un éclat de rire bruyant s'éleva du sein de l'assemblée, le public, les messagers d'État, les journalistes, les huissiers même prirent part à l'hilarité générale. C'était un beau. et unanime succès. Je voulus continuer, impossible. Les explosions de rires étouffaient ma voix, et une pluie de quolibets venait m'assaillir de tous les côtés. Enfin, de guerre lasse, je quittai la tribune; mais, par une inspiration de génie, je portai la main à ma poche et en tirai mon discours pour le remettre au sténographe du MonHeur.

Cette idée lumineuse me sauva : le lendemain, mon plaidoyer pour

c42)057)liQ1X8 • ?Â7»S&7.

Messieurs ! je viens parler à mon pays d'une industrie qui Imtéresse >ivement l'industrie des fromages

les fromages figurait dans le Moniteur sur cinq grandes colonnes , assaisonnées de sensation ei de /m-6/>nqui leur donnaient un caractère triomphant. L'arrondissement fut battu, mais cette défaite eut pour moi tous les caractères d'une grande victoire. Ce fut ainsi que je gagnai à la tribune ma bataille dWuslerlitz.

L*ESPIOM^E RUSSE. — l'eMPRUM FORCÉ. LA MAISON MOYEN AGE.

Page 1