‹ Jérôme Paturot à la recherche d'une position sociale (volume 4)Chapitre 9 sur 43 · AVIS QU'IL FAUT LIRB · texte numérisé non relu

AVIS QU'IL FAUT LIRB

« Voici peu de leinps que j'ai mis en priitiqiie ma inélhode cnra-

PL'BLÎCISTE OFFICIEL. 95

« tive, et déjà il est universellement reconnu que c'est, avec la vapeur, « la plus belle découverte des temps modernes. La Russie m'a fait a faire des propositions, mais le patriotisme dont je suis animé ne me « permettait pas de priver la France, la belle France, du fruit de mes « travaux et de mon génie.

« Aussi, n ais-je pas été surpris d'apprendre que des médlcastres « cherchent à s'approprier ma méthode curative. On me vole, on me « pille, on me dévalise. Sort inévitable des grandes inventions! La « bande des plagiaires se les arrache ; le troupeau des imitateurs s'en « empare. Vous voyez en moi une victime de cette intrigue.

« Depuis que j'habite la rue Saint-Pierre-Montmartre, plusieurs « guérisseurs sontsuccessivement venus dansmesenvirons tendre leurs a pièges à la crédulité des malades dont j'avais fixé l'attention. Cette « manœuvre ne pouvait réussir qu'auprès des esprits bornés, et ce a grossier charlatanisme ne m'inspirait que du dédain. Cependant, a enhardie par mon silence, l'intrigue continue à lever le tête, et il a faut la démasquer. L'un de ces médicastres plagiaires est venu « dresser ses tréteaux porte à porte, profitant de ce que la rue Monl- « martre est voisine de la rue Saint-Pierre-Montmartre. Abusant de <c Terreur d'un malade insouciant qui se trompe d'adresse, il s'est ce même emparé de mes écrits, a copié mes prospectus; et, se préten- « dant docteur de toutes les facultés, académicien, professeur, il les u distribue de sa propre main dans Paris et dans la banlieue. Je dé- « nonce au procureur du roi de Paris cette violation flagrante de la « propriété.

« Le fait est que mon domicile est plus que jamais rue Saint- Pierrece Montmartre (ne pas confondre), et que le public dont on insulte c( la bonne foi m'y trouvera tous les jours, de dix à quatre heures. Je Ci lui conseille d'éviter ces pièges que l'un de mes clients a justement « caractérisés de guei^apeuft, et de bien prendre note de mon nom et ce de mon adresse. »

A la suite de cet exposé, le docteur Saint-Ernest énumérait les maladies justiciables de sa méthode curative. Comme on le devine, rien ne se dérobait à l'action souveraine de cette panacée; et, par respect pour vos oreilles, je m'abstiendrai de nommer les impuretés dont ce prospectus contenait l'énumération.

Voilà le métier que faisait Saint-Ernest. Monsieur, la police de Paris

a, dans ses allribulions, la grande et la petite voirie; elle est chargée de nous débarrasser des immondices qui obstruent nos places et nos rues, et voici des industriels qui peuvent, sans qu'elle l'empéclie, nous poursuivre de leurs spéculations infectes, inonder nos domiciles de prospectus impurs, les faire distribuer sur la voie publique, tapisser les murailles de mots et d'images obscènes, dévoiler le mal en proposant le remède, attirer la curiosité des enfants vers des choses (|u ils apprendront, hélas! trop tôt. Vraiment, à voir le nombre toujours croissant des empiriques, la position qu'ils prennent et la nature des offres qu'ils font au public, ne dirait-on pas que nous vivons dans une léproserie immonde, au milieu d'une population cariée jusqu'à la moelle des os !

Parmi les pièces étalées sur la table du docteur, on en pouvait lire de plus récréatives que son prospectus. Dans le nombre, j'en remarquai une surtout dont la conclusion était des plus originales. En voici quelques extraits :

L'ESCLLAPE DE L'UKRAINE,

Page 1