‹ Jérôme Paturot à la recherche d'une position socialeChapitre 60 sur 96 · LT^S QUEUES PROMISES A I/IUMANU!':. C · texte numérisé non relu

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Li:S QUEUES PROMISES A l'iI L" M A N ITÉ.

Je venais de voir Tan des écliantillons delà grande fanilil ;• des empiriques ; il me restait à en connaître les autres variétés. Les étudier toutes eût été impossible ; beaucoup se refusaient à l'examen ; il fallait choisir celles qui avaient un peu de vogue et une certaine originalité.

Dans le nombre était la secte qui prétendait enrichir le corps humain d'une queue et d'un œil supplémentaires. Voici l'origine de cet événement. Vers la fin du siècle dernier, naquit à Lyon un de ces illustres prédestinés qui meurent da faim de leur vivant, et reçoivent après leur mort les honneurs de l'apothéose. On ne dit pas quels signes écrits dans les cieux précédèrent son apparition, ni quels miracles entourèrent son berceau. Tout ce que l'on a pu recueillir de ses débuts, c'est que, bien jeune encore, il put se faire une idée delà scélératesse des hommes. Des accapareurs de grains eu jetèrent dans la mer un chargement entier, tandis qu'il avait le dos tourné. De là une révélation subite :

— Si j'avais eu une queue et un œil au bout, s'écria-il, j'aurais pu en cette occasion m'en servir avec avantage. C'est un sens qui manque à l'homme. L'homme est incomplet.

Ce n'était là qu'un éclair, une lueur ; m.ais une lueur et un éclair de génie. Â travers l'homme incomplet, le grand Lyonnais découvrit une création à refaire. 11 commença par un trait hardi. Les amants et les poètes avaient su ménager à la lune une certaine réputation ; rien de plus délicat que d'y toucher. Il l'osa pourtant, dénonça cet astre comme plein d'imperfections, et en institua cinq autres qui lui sont infiniment supérieurs. Ce n'est pas tout : Saturne possède un anneau, et il était humiliant de penser que la terre ne présente rien de semblable. Notre cosmographe y pourvut; il sut venger ce nouvel affront. Grâce à lui, notre globe a repris ses

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droits et son rang dans la hiérarchie sphériqiie ; ii aura son éclairage complet : il aura ses lunes, il aura son anneau.

Ceserviceétait rendu sans que l'auteur en fût plus illustre: le génie est si facilement dédaigné ! Il siégeait humblement dans un comptoir, lui qui eût mérité des couronnes. Ses doigts alignaient des chitîres pendant que son cerveau enfantait des mondes. Entre une facture et un compte courant, il examinait l'état des pôles et en dégageait un acide qui changeait l'eau des mers en une boisson rafraîchissante. Chaque jouramenait un bienfait nouveau. Il organisait pour la remorque des bâtiments des légions de baleiiîcs, dressait des phoques à la pêche du poisson, et métamorphosait les léopards en estafettes. Aucun détail ne le prenait au dépourvu; il ne souffrait pas d'oubli dans le matériel nouveau dont il décorait la planète. Il passait du grave au doux, du sévère au plaisant, et, dans cet ensemble plein d'harmonie, il étendait jusqu'aux moutons les bienfaits de l'éducation musicale.

Tout cela avait eu pour point de départ un œil et une queue. Les découvertes s'enchaînent. Le globe était refait, restauré ; il faillait songer à l'homme. A quoi bon renouveler le logement si le locataire restait le même ? Ce fut une grave élude et un problèmic épineux ; le philosophe y employa bien des soins et des lettres moulées. 11 envisagea l'homme dans ses divers états, dans ses fonctions multipliées; il le suivit aux champs, dans son négoce, dans son atelier ; il interrogea la vie publique el s'assit au foyer de la famille. Sa conclusion fut qu'il était difficile d'imaginer un monstre plus achevé dans un cadre plus abominable. L'arrêt était sévère ; il fallait le justitîer. Notre illustre n'y manqua pas, et traita de haut une civilisationqui avait pu se contenter d'une lune. Il se railla de nos misères et de nos tribulations, flétrit notre hypocrisie et dénonça nos bassesses. Jusque-là c'était bien; mais rien ne sert de détruire si l'on ne rebâtit pas. Il rebâtit, et au lieu d'un monde de proxénètes et de banqueroutiers, il composa un monde de gloutons et de prostituées. Où était le'protit ?

La destin" e de l'homme est impérieuse, disait-il, il ne peut

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