LES CLUBS AL' VINAIGRE ET AU CAMPHRE
que soir le traitaient de haut et parlaient d'aller lui couper les oreilles.
Dès les premiers jours, la position se dessina. D'au côte', les ambitions parvenues, de l'autre, les ambitions à parvenir: à celles-là l'Hôtel de ville; à celles-ci les grands clubs. On traita dès lors de puissance à puissance; on se mesura de Fœil. L'Hôtel de ville ne voyait pas sans ombrage ces foyers d'action pleins de menaces contre lui ; les clubs ne songeaient pas sans s'indigner à cet assemblage incohérent d'individus et d'opinions, que le hasard et la bonhomie du peuple avaient investis de l'empire. Ici, c'était une secrète appréhension; là, un frémissement visible. Le beau rôle appartenait plutôt à ces gouvernements libres qu'au gouvernement institué. Us n'encouraient pas la responsabilité et partageaient le pouvoir. Aucune mesure grave qui ne fût jugée par eux et passée à un crible sévère. L'Hôtel de ville ne s'appartenait pas; il vivait sous la tutelle. Son désir secret était de rendre à Paris un aspect tranquille qui rassurât le crédit. L'intérêt des clubs était de maintenir l'agitation et d'arriver par la détresse au nivellement. Les clubs eurent raison. L'Hôtel de ville voyait dans le retour des troupes de ligne deux heureux effets : une garantie d'ordre et une réparation. Les clubs craignaient que l'armée n'eût le goût d'une revanche: ils exigèrent que Paris demeurât sans garnison. Ce fut encore l'Hôtel de ville qui s'inclina : à peine poussa-t-il la révolte jusqu'à un détilé de théâtre.
C'était au nom du peuple que s'exerçait cette pression funeste. Oscar n'était pas le seul à se prévaloir du peuple et à se faire fort de son appui. Chaque club avait un peuple à ses ordres. Était-ce le même? ou comptait-on autant de peuples que de clubs? Si c'était le môme, il se donnait de furieux démentis, car les clubs ne s'accordaient guère que surun point, celui de perpétuelles contradictions. Si c'étaient divers peuples, restait à savoir où était le bon, où était le vrai. Quel qu'il fût, le peuple, au dire des clubs, avait chaque soir quelque chose à demander à l'Hôtel de ville. C'était ceci, c'était cela : marché fixe, sans rien rabattre. Pour peu qu'il tardât
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à Tobtenir^ il fallait se porter sur le siège du gouvernement et l'enlever d'assaut. Point de délais surtout, point de mauvaises défaites. Le peuple ne s'en payerait plus, le peuple était las. Ce grand et noble peuple avait fait assez de révolutions stériles; il était résolu à veiller sur celie-ci, afin que rien n'en troublât la fécondité. Ainsi parlaient les clubs; Oscar n'eût pas mieux dit. ^
Toujours est-il que ce peuplées! universellement invoqué, n^avait pas les allures d'un maître accommodant. Que d'exigences ! quel despotisme ! Comme il parlait aux souverains qu'il s'était donnés ! Comme il les rappelait aux conditions de leur origine! Vis-à-vis de commis^ le ton n'eût été ni plus tranchant ni plus hautain. Vite, une armée à la frontière! c'est le désir du peuple. Un impôt forcé sur les riches, le peuple Tentend ainsi. Pourquoi des élections à court délai? le peuple n'en veut pas. Retardez-les, dit un elub; rapprochez-les, dit un autre, tous deux au nom du peuple. Lequel croire? Puis venaient des opinions impérativessur les décrets rendus ou à rendre. Le peuple approuve, le peuple blâme, suivant les versions: il accepte l'ensemble, mais il proteste sur les détails. Jamais on n'en a Oni avec ce peuple; il est vétilleux comme un huissier, fendant comraa un matamore, soupçonneux comme un Othellt), et raisonneur comme un valet de comédie. Sans compter que sa grande joie est de mettre son chapeau perpétuellement de travers, d'aiguiser sa moustache en pointe et de britcr quelques vitres en manière de passe-lemps. Tel était le peuple au nom duquel les clubs dictaient leurs arrêts. \Tn mot explique tout; ils le faisaient à leur image.
Me voici encore sur les clubs; c'était la grande curiosité. Le lendemain de la révolution, il s'en créa un ; au bout d'une semaine, on en comptait cent cinquante. Tout propriétaire qui avait une pièce vide fondait un club; il se ménageait ainsi une influence et s'assurait un loyer. Beaucoup de ces établissements naquirent de ce calcul; ils ne s'élevèrent à la poHîi^lue qu'après avoir passé par la spéculation. Le club avait la vogue, et à Paris c'est beaucoup. On allait y cher-