LES MAI>'S CACHEES
les pouvoirs issus du sufTrage universel. Chaque jour des protestations pareilles s'écliappaient de plumes plus obscures. 11 s'y mêlait des torrents d'invectives ou de sombres pronos tics : chacun se croyait en droit de prodiguer l'insulte à de; Joies désarmées. Toutes les sectes agissaient à la fois, et le clubs recrutaient leurs soldats. C'était une conspiration im mense, poursuivie impunément et à la face du soleil. Il éta» impossible que le gouvernement l'ignorât; on ne cherchais même pas un abri dans le mystère. La question des prises d'armes se débattait ouvertement au sein des club?, et à peine, dans les cas graves, avait-on recours au huis-clos. Personne ne semblait douter que ce pouvoir sans racines ne disparût devant le premier souffle de l'opinion, et qu'il ne s'élevât sur ses débris une initiative en harmonie avec les instincts du siècle et les tressaillements de l'humanité.
Les sectaires triomphaient; c'était leur heure, leur jour. Ils avaient semé le vent, ils recueillaient la tempête. Toutes les idées malsaines qu'ils avaient jetées çà et là, un peu au hasard, venaient de germer à la fois, et ils se promettaient bien de surveiller la moisson. En hommes prudents, ils. ne se livraient pas; toute chance leur répugnait. Ils laissaient aux autres les émotions du combat, et se réservaient celles de la victoire. Ils menaient la partie et cachaient la main. Leur rôle était celui des dieux d'Homère, qu'un nuage dérobe à propos et tient en réserve jusqu'au dénoûment. En attendant, ils jetaient des aliments nouveaux dans cette ardente fournaise oii bouillonnaient les laves populaires. A des gron- Ciments sourds, aux langues de flammes qui s'échappaient du foyer, on pouvait suivre les progrès intérieurs et prévoir le jour 011, brisant son enveloppe, ce cratère verserait dans la ville sa pluie de cendre et ses rivières de feu.
?.ââ JÉRO.ME PAT U ROT.
LHS INSTRUMENTS,
Nous venons de voir la maîn; passons aux instruments. Il n'y en avait qu'un seul de sérieux; c'était Tatelier national, foyer de toutes les manifestations et de tous les désordres. S'il est vrai qu'on eût à dessein constitué cette armée de prétoriens afin de maintenir dans les esprits une agitation salutaire, il faut avouer que l'attente avait été dépassée et la faute suivie d'un prompt châtiment. C'est surtout pour le gouvernement que cette cohue d'ouvriers fut un embarras et un péril :onne saurait mieux appliquer l'image d'une épce toujours menaçante.
Les clubs avaient là des alliés naturels, et chacun d'eux s'y était ménagé de précieuses affiliations. Pas de mouvement sur le pavé, dans lequel l'atelier national ne jouât un rôle; et il ne s'en cachait guère, en vérité. Il arrivait drapeau en tête, comme eût pu le faire un corps régulier, et troublait l'ordre avec une confiance que donne seule l'impunité. Les sectes sociales exerçaient aussi de grands ravages parmi ces ouvriers enrégimentés. NuUepart on n'avait plus de soif du chimérique et de l'impossible. Nulle part on ne prenait tant au sérieux ces républiques imaginaires, pleines de ruisseaux de lait, ou ces dictatures violentes qui préludaient par la spoliation.
Depuis quelques jours, il était question d'une prise d'armes, et les ateliers nationaux s'en préoccupaient vivement. Mais, au sein des ateliers, personne n'y songeait avec plus d'ardeur que notre ancienne connaissance le Percheron. Attaché au chantier de la porte Maillot, un malin, il prit à part le Comtois, et l'entraînant dans un fourre du bo s de Boulogne :
— Mon fils, lui dit-il, j'ai une grande nouvelle à t'annoncer. Mais viens plus loin : j'aperçois un garde au buut de l'avenue.