LIVRE III, CHAPITRE I
au pape, soit à Pambassadeur, pour le même objet, et comme les manuscrits d*où le père Marchese les a tirées sont incomplets, il n'est pas prouvé que ce soient les seules qu'ils aient écrites. La derniere.de ces lettres montre que le pape était un peu revenu de ses préventions, et qu'il paraissait disposé à donner, dansim temps prochain , levée de l'excommunication.
On comprend donc avec quel empressement Savonarole dut saisir l'occasion de montrer, par une lettre de convenance qui ne l'engageait en rien, qu'il était toujours le iUs soumis du saint*père et qu'il ne gardait point rancune du coup dont il s'était vu frapper. Il réparait par là ses torts, et faisait oublier sa rébellion au moment où on allait demander grâce pour lui. Cette lettre, qui dut être douce au cœur d'Alexandre YI, contribua sans doute beaucoup au succès inespéré, on peut le dire, que la seigneurie obtint de ses démarches, et il est probable que Jérôme serait rentré bientôt dans le giron de l'Église si sa nature fougueuse ne l'avait emporté dans de nouvelles imprudences et de nouveaux écarts.
Une affaire grave eut lieu dans ce temps-là à Florence : il ne sut pas y prendre la seule position qui convenait à ses intérêts et à sa dignité.
La tentative de Pierre de Médicis avait donné l'éveil, et les patriotes suivaient avec soin les menées de ses partisans. Lorsqu'ils furent parvenus, le 1" juillet, à ressaisir le pouvoir, ils n'eurent aucune peine à découvrir des coupables. Lambert délia Antella, l'un des deux citoyens surpris déjà en Inagrant délit de conspiration et exilés pour ce crime, fut trouvé porteur de notes détaillées, qui révélèrent au gouvernement un nouveau complot en faveur des Médicis. Quelques historiens prétendent que Lambert, voulant à tout prix rentrer à Florence, avait fait en sorte de tomber
aux mains des magistrats, et portait à dessein sur lai use lettre adressée à Gualterotti, Tun des Dix, où il rinformait qu'il désirait lui parler en secret touchant les affaires de la république. Quoi qu'il en soit, -trahison ou maladresse, la saisie des papiers de Lambert devint funeste à ses amis : pour avoir tous les détails de la conjuration , on le mit à la torture, et il fit des révélations qui jetèrent la surprise dans tous les esprits.
Quelques-uns des principaux citoyens se trouvaient compromis. C'étaient un Ridolfl^ chef de cette famille illustre, beau-père d'une fille de Laurent le Magnifique; un Tornabuoni, proche parent des Médicis , jeune homme qui s*était concilié, par ses qualités aimables, l'affection de tous; un Cambi , chargé par Pierre de veiller à ses intérêts pécuniaires et commerciaux ; un Pucci , qui avait su se faire passer pour Piagnone dévoué; c'était enfin Bernard del Nero, vieillard presque octogénaire, gonfalonier de justice au mois d*avril précédent , quand Pierre de Médicis avait fait son coup de main. Il n'était accusé que d'avoir connu le complot et de ne l'avoir pas révélé ; mais , en raison des hautes fonctions qu'il avait occupées, c'est sur lui principalement que l'opinion publique s'acharnait. On reprochait aux quatre autres d'avoir voulu livrer aux exilés une des portes de la ville.
Le nom des prévenus fit reculer le tribunal des Huit. Ces magistrats ne voulurent pas assumer la responsabilité d'une condamnation, car la voix populaire la demandait terrible. C'est pourquoi ils firent nommer, pour étudier le procès, une commission judiciaire composée de cent soixante personnes, prises parmi les plus considérables citoyens.
Le fait était évident, et nul ne songeait à le nier; mais ce que les uns regardaient comme un crime passait aux yeux des autres pour un acte de dévouement et d'héroïsme, et