‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 104 sur 195 · LIVRE III, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE I

l'espèce de culte dont ceux-ci entouraient le nom des accusés ne faisait qu'exciter le parti contraire à la sévérité. .Quoique amis et ennemis ne parussent occupés que de ceux qui étaient en cause, ce procès politique soulevait une question plus grave que celle de la vie ou de la mort de cinq d'entre les principaux citoyens. On sentait bien qu'une condamnation consacrerait et affermirait la révolution de 1494 , tandis qu'un acquittement en serait le désaveu. Les deux partis poursuivirent donc le but où ils devaient tendre; mais l'un le fit avec tout le découragement que le soupçon jette sur ceux quMl atteint; l'autre avec l'ardeur et l'indignation que donne le droit ou la légalité. Placée entre deux, la seigneurie aurait bien voulu étouffer l'affaire, ouvrir aux accusés les portes de leur prison et les envoyer en exil ; mais elle craignit de passer pour complice de leur crime. Ne pouvant donc empêcher de si périlleux débats, elle prit le parti de les diriger. En conséquence^ elle assembla les principaux magistrats, les confondit dans une même assemblée avec les cent soixante richiesH qui avalent instruit le procès, et les Invita " à prononcer la sentence. Cette commission déclara les accusés coupables, les condamna à mort, et ordonna la con* fiscation de leurs biens (17 août).

On devait attendre cet arrêt rigoureux d'un pareil tribunal : quand le nombre des juges est si grand , la responsabilité de chacun d'eux devient illusoire ^ et la prudence ne met plus de frein à leur passion. Cependant les condamnés n'avaient pas perdu tout espoir : il leur restait Tappel au grand conseil ^ d'après la loi que Savonarole avait fait porter en 1495, et il n'était guère probable que dans cette assemblée il se trouvât une majorité pour confirmer la condamnation. On liV pourrait, en effet, ni connaître la cause dans tous ses détails ni se livrer, au milieu de tant et de si

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furieuses passions, à une discussion approfondie : outre que la réunion était trop nombreuse, les Bigi et les Arrabbiati coalisés balançaient, pour le moins, les forces des Piagnoni. Les chefs du parti populaire pensaient que si le conseil faiblissait, la ruine de la république était imminente. Partagés entre la raison d'État et la légalité, leur passion fit pencber la balance, et ils décidèrent de forcer la main à la seigneurie et de lui arracher le refus d'appel.

Les prieurs se trouvèrent divisés. Trois d'entre eux ne crurent pas devoir violer la loi; mais les collèges, qui siégeaient de droit auprès d'eux, se récrièrent contre cette marque de faiblesse. Pendant qu'on délibérait encore, de nouveaux avis venus de Rome apprennent aux Florentins que leur liberté est sérieusement menacée. L'audace du parti populaire s'en accroît : il se montre prêt à prendre les armes si la seigneurie ne se rend pas à ses vœux. Le gonfalonier de justice, Dominique Bartoli, céda par faiblesse plutôt que par conviction, et proposa lui-même de faire exécuter la sentence dès la nuit suivante. Pour que le scrutin fCit valable, il fallait les deux tiers des voix , six sur neuf. On trouva quatre fèves blanches contraires à la proposition de Bartoli. A cette vue , la fureur fut à son comble : les gonfaloniers de compagnie menacèrent de tuer «eux des prieurs dont ils soupçonnaient l'opposition , de prendre leurs drapeaux , et de faire piller les maisons des magistrats qui sacrifiaient ainsi la république à des scrupules de légalité. Bartoli obtint avec peine de ces hommes passionnés qu'ils permissent aux prieurs de passer à un second tour de scrutin. Cette fois, les menaces ayant produit leur effet, l'appel fut rejeté à l'unanimité (21 août). La sentence fut exécutée la nuit même, et les plus furieux ne quittèrent la salle du conseil que lorsque leurs ennemis eurent cessé de vivre.

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