‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 111 sur 195 · LIVRE III, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE II

» disait : Homo in quantum homo non est albm. Interrogez » les philosophes : le moindre logieiea vous dira que cette » proposition est vraie. Ainsi le pape, en tant que pape, est D infaillible, car alors il marche droit dans le devoir. Quand » il se trompe, il n'est plus pape, et s'il commande le mal, j> ce n*est pas comme pape qu'il le commande, o

Nous ne savons si cette explication de rinfaillibilité du pape est orthodoxe. La défense qui fut faite aux fidèles de lire le sermon où elle se trouve et quelques-uns de ceux qui suivent ferait pencher pour la négative. En tout cas, s'il suffit de Juger, d'après ses propres lumières , qu'un pape agit mal pour déclarer qu'il n'a pas agi en tant que pape et que par conséquent on n'est pas tenu à lui obéir, voilà tous les récalcitrants fort à l'aise. Avec un tel système, Savonarole n'admettait en général l'autorité du pape que lorsqu'il commandait des choses justes et raisonnables , laissant toujours dans l'ombre la question épineuse de savoir si tel ordre en particulier est juste et raisonnable, ou s'il ne l'est pas.

a Si l'on vous commande quelque chose de contraire à D l'honneur, vous ne devez pas obéir. — Quoi! frère, si » c'est le pape qui commande? — Vous ne devez pas obéir, » même au pape, vous dis-je, et je le lui dirais en face à . » lui-même, s'il était là...' — frère î papa omnia potest, — D Dites-moi : s'il peut toutes choses, il pourra donc ordon- » ner à un homme marié de quitter sa femme, et d'en. D prendre une autre! Il est clair que le pape ne peut que les . » choses justes et raisonnables, o

Il suit naturellement de là que si le pape est perdu de vices et de crjmes, comme Alexandre VI , dans le plus grand nombre des cas il faudra mépriser ses ordres. C'est pour« quoi Savonarole, parlant des brefs qui portaient sa condamnation , s'écriait : <» Les brefs venus de Rome contenaient

aSlS VIE DE SAVONAROLE.

» tant de contradictions , qu'ils ont dû être faits par une cerj> velle de bien peu de sens. »

Le même jour, il parlait des excommunications en des termes qui rappellent Luther : a Ces excommunicatioDs » sont aujourd'hui à bon marché, et chacun, pour quatre » livres, peut faire excommunier qui il lui plaît. On en X) donne à qui Ton veut, de ces excommunications, d

Enfin, il allait jusqu'à braver le pape ouvertement : « Vous croyez que Rome me fait peur? Je n'ai aucune peur : nous » marcherons contre vous comme contre les païens, n

C'est en des termes si audacieux que Savonarole prêcha tout ce carême. Jamais il ne toucha de plus près au schisme, . sinon à Thérésie : la plupart des sermons de cette série furent, dans la suite, condamnés à Rome par la congrégation.

Cependant Savonarole continuait, malgré l'opposition d'un grand nombre, à régner sur Florence. Le 25 février, il avait donné ses ordres pour la procession du surlendemain, qui se trouvait être le dernier jour du carnaval et l'avant-dernier de la seigneurie en fonctions.

Le 27, Jérôme célébra donc solennellement la messe à Saint-Marc, comme il Tavait annoncé. Il donna la communion aux religieux , et , après lui , Fra Domenico de Pescia la donna aux séculiers nombreux, hommes, femmes et enfants, qui se pressaient dans l'église. Puis, le vicaire général monta dans une chaire qu'il avait fait élever à la porte; il ^ donna la bénédiction au peuple avec le saintrsacrement, et, le gardant entre ses mains, il déclara que s'il n'avait pas toujours dit la vérité. Dieu, présent sous les espèces du pain, le frapperait sur-le-champ. Quelques Arrabbiati, témoins de cette scène, auraient voulu qu'au lieu de promettre un miracle si Dieu était contre lui, Savonarole en obtint un pour prouver sa mission, et ils disaient, non sans raison,

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