LIVRE III, CHAPITRE IIL
neroent se devait à tous les citoyens, et c'était bien le moins qu'il pût faire pour les chanoines menacés de perdre leurs privilèges. Loin d'accomplir l'ordre qu'elle avait reçu âe s'emparer du frère, la seigneurie bravait l'interdit pour lui, en n'exigeant qu'un simple changement de lieu. Elle faisait donc preuve de bienveillance; Savonarole lui-même comprit qu'il ne pouvait demander davantage, et il céda de bonne grâce; mais il voulut couvrir sa retraite, et dit qu'il cesserait à l'avenir de prêcher au Dôme, à moins que la volonté des bons ne l'y rappelât,
A Saint-Marc, l'église reçut d'auditeurs tout ce qu'elle en pouvait contenir. On fut même obligé d'exclure les femmes; et comme elles réclamaient vivement, Jérôme consentit à prêcher exclusivement pour elles le samedi. Le reste de la semaine, elles purent entendre les sermons du P. Buonvicini , qui continuait de porter la parole de Dieu au couvent de Saint-Nicolas, dans la rue du Cocomero.
Retiré dans sa maison et aigri de sa défaite , on ne pouvait espérer que Savonarole se modérât; tout au plus était-il permis de croire que sa parole aurait moins de retentissement. Mais ceux qui avaient pu trouver place sur le pavé de l'église ou sur les barreaux des grilles rapportaient à leurs amis des paroles comme celles-ci, qui étaient bientôt connues de toute la ville : a Boniface VIII (qui avait persé- » cuté les dominicains) entra comme un renard et mourut » comme un chien. » Le père, disait-on, nous a raconté comment son ordre savait faire mourir les papes qui ne le laissaient pas en repos.
Cependant la seigneurie ne savait trop comment Alexandre VI prendrait sa désobéissance; elle lui écrivit (4 mars) pour conjurer son courroux et implorer sa clémence en faveur de Fra Hierouimo, « qui avait cueilli plus de fruits
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JD dans la vigne du Seigneur qu*aucun autre de son temps, » et qu'on était tenté de regarder comme au-dessus de Thu- A'manité. » La seigneurie ajoutait qu*on ne pourrait le récompenser si mal de ses éclatants services sans ingrati* tude et sans amener de graves désordres dans la ville, et elle suppliait Sa Sainteté de revenir sur sa résolution,
A cette lettre, la sei^eurie obtint deux réponses : l'une de son orateur Dominique Bonsi (7 mars), l'autre du pape (sans date). Dans la première, Bonsi raconte longuemost l'entrevue que le pape lui a accordée. Sa Sainteté refuse, dit-il , de se croire mal informée ; elle a vu les sermons où Fra Girolamo marque un si grand mépris de l'excommunication , et où il déclare qu'il aimerait mieux aller en enfer que de demander l'absolution. Elle se plaint qu'au lieu de le lui envoyer à Rome, le gouvernement ait permis au père de précber à Saint-Marc. Bons! se montre convaincu, dans cette lettre , que lé pape est à la veille de prendre les plus graves mesures contre Florence , et qu'il n'y a que deux moyens de l'apaiser ; ou lui envoyer Savonarole, ou obtenir de celui-ci une soumission sommaire; après quoi on ne fera nulle difficulté de lui rendre le droit de prêcher.
Ainsi Alexandre YI , même au moment de ses plus grandes colères, n'était pas éloigné d'un arrangement à l'amiable. Sa lettre, quoique très-dure dans la forme, est très-conciliante au fond.. Il y demande par écrit ce qu'il avait demandé à Bonsi de vive voix ; le reste n'est que reproches adressés à la seigneurie pour sa partialité et l'exposition de ses justes griefs. Ne me répondez plus par des lettres, dit-il en terminant , mais par des actions.
Mais loin de vouloir céder et satisfaire à des prétentimis si naturelles et si modérées, Savonarole essayait dans ce texps-là de triompher une fois pour toutes par un coup