LIVRE III, CHAPITRE.III
décisif : il songeait à faire déposer le pape. Il écrivit aux principaux rois de ITurope pour leur proposer de s*assoc!er à son hardi projet en décrétant la réunion d'un concile général. Il s'attacha, dans ces lettres, à développer cette maxime de Jean Hus, que le pape n'est pas le successeur véritable du chef des apôtres , si ses mœurs ne sont pas semblables à celles de Pierre; il montra qu'Alexandre VI n'était pas même chrétien ; que, par conséquent, il ne pouvait être considéré comme pape, et qu'il fallait le déposer au plus tôt. Il n'oublia pas de rappeler les services qu'il avait rendus lui-même à l'Église, sans doute pour donner plus de poids à son opinion auprès des princes, et il informa chacun d'eux qu'il faisait aux autres la même proposition.
Ces lettres, qui ne portent point de date, sont évidemment du mois de mars, car il n'en est point question dans celle que Bonsi écrivit le 7 de ce mois à la seigneurie, et où il énumère les gilefs du saint-siége. Il est évident qu'Alexandre VI n^aurait pas oublié le plus sérieux de tous. Elles ne sont pas de beaucoup postérieures à cette époque , puisqu'au commencement d'avril , comme on le verra, Savonarole était déjà sous les verrous.
Quelle qu'en soit au juste la date, on peut les regarder comme un acte d'énergie qui n'a rien de blâmable en soi , si Ton considère l'indignité d'Alexandre VI; mais elles furent cependant un acte de rébellion qu'un catholique soumis doit condamner. C'est pourquoi quelques apologistes de Savonarolp ont essayé de contester une faute qui serait, disent-ils, en opposition avec sa vie entière. On a vu si l'insubordination était ou noâ dans les habitudes du dominicain* Les témoignages historiques abondent d'ailleurs pour prouver Tauthenticité de ces lettres , et l'affirmation positive de Pic, de Burlamacchi , de Marco délia Casa , de Nardi , de Botto-
nio, de Bazzi, est plus que suffisante pour qu'on refuse (Vadmettre, avec le P. de Poggio, comme une preuve irréfragable qu'elles sont apocryphes, le silence de Sabellico, de Lambertini, dlnfessura et de Binaldi. Ces. annalistes étaient trop embarrassés dans le récit des faits généraux ou des détails d'une histoire étrangère à Florence pour s'être arrêtés à des circonstances particulières concernant un seul homme.
Cette affaire acheva de perdre le téméraire dominicain. Le duc de Milan saisit un courrier florentin qui allait en France; il le dépouilla, trouva la lettre relative au concile, et l'envoya aussitôt à Rome. Le pape, en apprenant que son ennemi ne s'en tenait plus aux paroles, entra dans une violente colère et fulmina un nouveau bref, où il exigeait impérativement de la seigneurie l'exécution des mesures par lui ordonnées. Ce bref arriva le 1 3 mars à Florence. Le jour même, Savonarole y répondit par une courte lettre, où il rappelait au pape qu'ayant rempli tous les devoirs d'un l)on chrétien, il méritait une autre récompense que les rigueurs dont il avait toujours été poursuivi. Puisque je ne puis compter sur personne , je prouverai , dit-il , la vérité de ma doctrine par des raisons naturelles et surnaturelles , de manière à convaincre les plus endurcis. Il termine en invitant Alexandre à ne pas difterer plus longtemps de pourvoir à son salut.
A la réception du bref pontifical , la seigneurie ne se crut plus en état de résister; elle pensait peut-être que c'était une folie de défendre à ses propres risques un homme qui , par sa témérité, se compromettait chaque jour davantage. Elle se réunit donc pour délibérer sur la réponse qu'il convenait de faire au saint-siégo. Les Piagnoni, informés du change* ment qui s'était opéré dans les intentions des prieurs, de-