‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 117 sur 195 · LIVRE 111, CHAPITRE III. Tàl · texte numérisé non relu

LIVRE 111, CHAPITRE III. Tàl

mandèreDt que le conseil des Quatre-vingts prit part à la délibération. Ils savaient que leurs amis étaient les plus nombreux dans cette assemblée. De leur côté, et po^r la même raison, les Arrabblati voulaient qu'on adjoignit à ' cette pratique (c'était un nom qu'on donnait souvent aux conseils de gouvernement) vingt-cinq citoyens par quartier, espérant par là déplacer la majorité. La seigneurie fit droit à cette double réquisition. Tous les magistrats qui prenaient part d'habitude aux délibérations furent en outre appelés, et l'assemblée, afnsi composée, se réunit le 14 mars : la discussion fut très-vive, mais elle n'avança rien. Après six heures de débats orageux , où les uns firent ressortir tout le bien, les autres tout le mal que Savonarole faisait à Florence, les seigneurs congédièrent la pratique, sous prétexte qu'une question si grave ne pouvait être résolue que par le grand conseil.

A cette nouvelle, les deux partis se récrièrent. Ils craignaient également l'opinion mobile d'une assemblée si nombreuse, et ils dirent qu'on pouvait vider le débat sans faire tant de bruit. La seigneurie consentit, pour la forme, à les satisfaire; elle désigna douze citoyens, pris par moitié dans chaque parti, et les invita à délibérer ensemble. Elle pensait que, les forces se balançant, on ne pourrait s'entendre, et qu'il faudrait revenir au grand conseil ou s'en rapporter à sa propre décision. Mais le résultat ne répondit pas à son attente; la nouvelle réunion arrêta un compromis : il fut interdit à Savonarole de prêcher, mais les citoyens conservèrent le droit d'aller à Saint-Marc, comme par le passé, faire leurs conférences accoutumées (17 mars).

Jérôme, informé de tout ce qui se passait, se préparait, pendant ce temps-là , à faire une retraite honorable. Il disait à fon auditoire que, si le pape seul lui défendait de prêcher,

il continuerait ; mais que si la seigneurie lé faisait prier de garder le silence , par respect pour elle, et, tardif scrupule! pour ne pas causer de scandale, il obéirait. Cependant lorsque, obligés d'exécuter les résolutions de la pratique, les prieurs lui envoyèrent, le 17 au soir, des officiers pour lui signifier de ne plus prêcher, il les reçut fort mal , leur dit qu'il avait un autre maître que le gouvernement, et remit au lendemain sa réponse. Le 18, étant monté en chaire, il la donna en ces termes :

«r Hier au soir, à nuit close , qûoniam qui mole agit odit » lucem, la seigneurie m'a envoyé prier, pour une foule de » raisons , de ne plus prêcher. Avez-vous accompli la mis- » sion dont vos seigneurs vous ont chargés? dis-]e aux de- » pûtes. — Sans doute. — Eh bien ! moi , j'ai encore un 9 Seigneur : je saurai sa volonté, et demain matin Je vous ib donnerai la réponse du haut de la chaire. Éooutez donc D maintenant , car voici ce que dit le Seigneur : £n priant ce frère de renoncer à la prédication , c'est à moi que vous 9 faites cette demande, et non à lui, car c'est moi qui » prêche^ c'est moi qui vous ai exaucés, et qui ne vous ai pas » exaucé»; £e Seigneur vous a exaucés en supprimant la » prédication , mais il ne vous a pas exaucés quant à votre ' » salut. »

Ainsi Savonarole cédait à la force; mais il faisait ses réserves pour l'avenir î

« Quand Dieu voudra que je prêche, quand il mUnspirera , » je prêcherai ; vous le verrez. Par sa grâce, je m'affrann chirai de toute crainte, de tout ménagement envers les «personnes. Dites «moi : ai -Je attendu l'absolution pour » reprendre la parole? Ne suis-Je pas venu prêcher le Jour de l'Ascension, malgré vos menaces? Ne suis-je pas venu n prêcher, il y a environ deux ans ^ malgré le bref qui me le

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