LIVRE III, CHAPITRE IV
toutes les tergiversations, en décidant que répreuve aurait iteu. Mais elle était si loin d*étre roal disposée pour les dominicains, qu'elle ne voulut rien faire, relativement à Tordonnance et aux dispositions à prendre, sans les avoir consultés.
Elle commit ensuite à dix citoyens, pris en nombre égal dans les deux partis , le soin de régler contradictoirement les conditions , le jour et le lieu de l'épreuve , de faire tous les accords et de terminer tous les différends qui pourraient s'élever.
Cette commission fit choix d'abord du vendredi 6 avril ; mais, forcée, pour des motifs peu connus, de différer d'un jour, elle renvoya au samedi 7, veille du dimanche des Ra« meaux. Elle fit dresser sur la place de la seigneurie un bûcher long de quarante brasses, au milieu duquel se trouvait un étroit sentier '• C'était par ce sentier que les ad ver* saires devaient passer, lorsque les flammes l'auraient envahi. Savonarole avait obtenu de la seigneurie qu'au lieu de la Rmghiera, réservée aux deux ordres, on leur cédât la loge d'Orcagna, dite Loggia de' Lanzi, qui était moins découverte. Une cloison fut établie, et les dominicains firent élever un autel dans le compartiment qui leur était accordé. La garde de la place fut confiée au capitaine Giovacchino délia Yecchia, à la tète de cinq cents soldats ; mais la défiance était si générale, que cinq cents jeunes gens des Compagnacci vinrent en armes , sous les ordres de Dolto Spini , pour soutenir les franciscains; de son côté, Marcuccio Salviati amena trois cents Frateschi, ou partisans du frère, pour défendre Savonarole plus menacé.
Pendant que la foule se rangeait sur la place, Jérôme
1. Ce sentier allait du toit des Pisans (la poste aux lettres actuelle) à la fonttrine de l'Ammanato, qui n'existait pas dans ce temps-là.
chantait à Saint-Marc une messe solennelle, donnait la communion à de nombreux fidèles, et leur adressait une courte instruction où l'on remarque les paroles suivantes :
(( Autant que cela m'a été révélé, si l'épreuve se fait, la )) victoire est à nous , et Fra Domenico en sortira sain et » sauf. Mais se fera-t-elle ou ne se fera-t-elle pas? Voilà ce D ce que le Seigneur ne m'a pas révélé. Si vous me deman- » dez ce que J'en pense , je dis, au moyen de mes lumières D purement humaines, qu'il est plus probable qu'elle se » fera. »
Ce doute sur un événement qui allait s'accomplir avant une heure est extrêmement singulier, et l'incertitude de l'avenir même le plus prochain , au point de vue philosophique, ne suffit pas pour l'expliquer. Ce sont les paroles d'un homme qui compte sur quelque detis ex machina pour brusquer le dénoûment et empêcher Tépreuve d'avoir lieu. La seigneurie, qui avait d'abord fixé le 6 avril, ajourna ensuite au 7; elle espérait sans- doute, comme Léonard Strozzi nous l'apprend, qu'un bref arriverait de Rome pour défendre de passer outre, ou qu'il surviendrait quelque autre obstacle, car elle redoutait les suites'de cette affaire. Savouarole dut partager cet espoir. Peut-être croyait-il encore que ce bref, probablement sollicité , arriverait à la dernière heure, et, dans tous les cas, il était résolu à susciter des embarras aux deux champions. Cette conjecture , trèsvraisemblable après ce qui précède, se change en certitude pour quiconque suit sans prévention les événements de cette mémorable journée. .
Au moment où Jérôme terminait sa courte exhortation, il reçut l'ordre de se rendre sûr la place. Les religieux de Saint-Marc , de Fiésole et de Prato se mirent processionnellement en marche, suivis d'une foule de Piagnoni qui avalent