‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 123 sur 195 · LIVRE IIÏ, CHAPITRE IV. 2i · texte numérisé non relu

LIVRE IIÏ, CHAPITRE IV. 2i

tous à la main la croix rouge, leur signe ordinaire de ralliement. Savonarole , revêtu de ses babits sacerdotaux , portait le saint-sacreroent. Lorsque la procession arriva sur la place, les franciscains s'y trouvaient déjà ; ils s'y étaient rendus simplement, sans aucune pompe. Ils gardaient le silence, tandis que les dominicains et leurs amis chantaient des psaumes à tue-téte. En attendant le signal , Fra Domenîco resta constamment agenouillé devant le saint -sacrement que Savonarole avait déposé sur l'autel; les franciscains se promenaient gravement dans la partie de la loge qui leur appartenait. Quant à Rondinelli et à Fra Francesco di Puglia, on ne les voyait point : le bruit courut qu'ils étaient en pourparlers avec la seigneurie.

Alors commença une scène étrange, qui fît bien voir qu'on avait des deux côtés un égal désir d'éviter la redoutable épreuve.

La seigneurie venait d'envoyer des messagers aux deux parties, pour les inviter à se rendre au bûcher et à faire l'épreuve sans plus tarder. Buonvicini et Rondinelli, qui ne faisait que d'arriver, répondirent qu'ils étaient prêts ; mais les mineurs, s'étant aperçus que le prieur de Fiésole s'apprêtait à entrer dans le feu revêtu des ornements sacerdotaux, s'y opposèrent formellement, sous prétexte que ces habits pouvaient être enchantés. C'était là sans doute une puérile exigence; mais Fra Domenico l'avait pour ainsi dire justifiée d'avance : il s'était engagé spontanément à se dépouiller de ses habits sur la place. Croyant lui-même à la magie, il craignait sans doute qu'on ne l'accusât d'y avoir recours. Pour si peu , Savonarole n'osa pas encourir le reproche de reculer; il proposa^ que le P. Buonvicini changeât d'habits avec un de ses frères de Saint-Marc, et cela fut accepté sans difficulté.

%m VIE DE SAVONAROLE,

Fra Domenico se rendit à cet effet dans une des salles âa palais. Les mineurs qui l*y avaient accompagné exigèrent qu'il se mit complètement nu , afin de s'assurer qu*on n'avait eu recours à aucune incantation. Au retour, on avait tant de peur que Savonarole n'enchantât son délégué , qu'il fut placé entre deux mineurs qui ne le quittèrent plus.

Le temps qu'il avait fallu pour cette opération avait paru fort long à la multitude impatiente, qui n'était pas dans le secret. On se perdait en conjectures sur la cause du retard, et le tort en retombait sur Jérôme, déjà en butte aux soupçons populaires , à cause du refus qu'il avait fait d'entrer lui-même dans le feu.

Cette difficulté aplanie, on en souleva une autre. Les franciscains s'aperçurent que le P. Buonvicini portait à la main la petite croix rouge des Piagnoni, et qu'il ne voulait pas la quitter pour entrer dans le feu. Ils protestèrent aussitôt contre cette profanation. Savonarole céda encore, mais cette fois d'une manière dérisoire. Il invita, en effet, Fra Domenico à laisser le crucifix, et à prendre entre ses mains le saint-sacrement déposé sur l'autel. A cette proposition, une grande clameur s'éleva parmi les franciscains; ils firent part à ceux qui les entouraient de la difficulté nouvelle, disant aux simples que c'était un horrible sacrilège, et aux gens sensés que si l'hostie brûlait, comme cela était ]^ro« bable , il en résulterait un grand scandale. On essaya Inutilement de faire revenir Fra Girblamo sur sa résolution ; les imprécations mêmes de la foule , qui le rendait responsable des retards, de l'épreuve manquée et du scandale, ne purent rébranler : il avait été révélé à Fra Silvestro Maruffi , dit Burlamacchi, que le P. Buonvicini ne devait, dans aucun cas , entrer dans le feu sans le saint-sacrement.

Ce qu'il y avait de spontané dans une vision qui venait

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