‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 124 sur 195 · LIVRE 111, CHAPITRE IV. 2S · texte numérisé non relu

LIVRE 111, CHAPITRE IV. 2S

si à propos, on ne saurait ie dire ; mais Savonarole s*y rattacha comme à une dernière planche de salut, et rien ne put le décider à céder sur ce point; Par là apparaît claire* ment son intention de faire manquer l'épreuve. S*il croyait à la possibilité d'un miracle en faveur de sa doctrine, qu'était-il besoin de porter une hostie consacrée dans les flammes? Si elle devait être, pour ainsi dire, un talisman aux mains de Fra Domenico , Bondinelli n'aurait donc eu qu'à en prendre une autre pour en neutraliser l'effet. Et si Dieu , parmi deux moines porteurs du sacrement de l'autel , savait choisir le sien , qu'y aurait-il eu de changé en retranchant la partie semblable des deux termes de l'équation?

Ainsi, même de la version des dominicains, rapportée par Burlamacchi, ressort la mauvaise volonté de Savonarole ; il n'est pas besoin d'admettre le récit des mineurs, qui lie ferait que la rendre plus apparente. Selon eux , les pères de Saint-Marc voulurent que Fra Domenico entrât dans le feu avec le crucifix , ce qui fut accordé ; puis, avec la chasuble, ce qui fut encore accordé; enfin, avec le saint-sacrement, ce qui fut refusé, parce qu'on ne pouvait autoriser une telle nouveauté sans l'agrément du pape. S'il fallait les en croire, à chaque difficulté nouvelle, Fra Domenico con* ferait longuement avec son supérieur^ ce qui augmentait l'impatience et l'irritation populaires.

Entre ces deux récits contradictoires, l'autorité de Thon* nête Nardi doit faire pencher pour le premier. 11. laisse une assez large part à Savonarole dans les déceptions de cette journée, qui allait se terminer d'une manière si imprévue;

Des discussions s'élevèrent sur tous les points de la place; A la faveur du désoi'dre qu'elles produisirent jDolfd Spini s'avança à là tête de quelques-uns des siens , et fit tous ses efforts pour parvenir jusqu'à Savonarole et le tuer. Mais ce

mouYement n'échappa point à Marcuccio Salviati, qui, s*étant avancé vers les Compagnacci , traça sur le pavé une ligne avec la pointe de son épée, et déclara à leur chef que, s*il la dépassait , il saurait Ten faire repentir. Cette menace d'un homme bien connu pour son énergie empêcha le meurtre que Dolfo méditait. On ne sait cependant comment tout cela aurait fini, si une forte pluie, qui survînt tout à coup, n'eût donné moyen aux deux ordres, fort embarrassés de leur rôle , de dire que Dieu ne permettait pas l'épreuve ; aux seigneurs de congédier tout le monde, et aux Piagnoni de prétendre que ce dénoûment était fort heureux, parce que, s'il y avait eu un miracle, les Arrabbiati n'auraient pas manqué de dire que c'était le diable qui l'avait fait.

Cette pluie explique l'entêtement des deux partis dans leurs prétentions réciproques. Savonarole risquait la vie de son plus fidèle ami, la sienne peut-être, et certainement son honneur et son crédit. Les franciscains, moins exposés, n'étaient pourtant pas fort désireux de faire l'épreuve : s'ils ne croyaient pas que Fra Girolamo fût revêtu d'un caractère divin, c'était plutôt un doute dans leur esprit qu'une conviction bien arrêtée ; ils avaient foi dans la possibilité des miracles et, à défaut des miracles, dans la magie ; ils craignaient donc que, pat* l'intervention de Dieu ou par quelque art diabolique^ le résultat ne tournât contre eux; ils craignaient peut-être, au moment décisif^ une défaillance de leur champion , homme faible et nul , qu'ils avaient pris n'en ayant pas trouvé d'autre , et qui montrait peu de zèle et d'empressement à courir à la mort. En voyant passer audessus de leur tête de gros nuages noirs et près d'éclater (car, si subite qu'ait été la pluie ce jour-là, le ciel avait dû se couvrir au moins une heure avant) , les deux partis crurent avoir trouvé un moyeu de sortir d'embarras. De là leur

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