‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 141 sur 195 · LIVRE III, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE VII

Le 23 au matin, les condamnés, conduits à la chapelle du palais, reçurent la communion. Savonarole prit un instant dans $es mains l'hostie consacrée, et prononça quelques paroles touchantes pour demander pardon à Dieu et aux hommes de ses fautes et du scandale qu'il pouvait avoir causé.

On les conduisit ensuite sur la place, où l'instrument du supplice avait été dressé* C'était un échafaud à hauteur d'homme, couvert de matières combustibles, et d'où s'élevait une potence en forme de croix. Une sorte de pont en bois, partant de la ringhlera, y conduisait. Cette construction avait été achevée si précipitamment , la garde en était si mal faite, que des enfants avaient pu se glisser sous les arches de ce pont, et passer des bâtons pointus entre les fentes des planches, afin d'entraver les derniers pas des condamnés, et de leur piquer les Jambes et les pieds. La place regorgeait de curieux, les uns mornes et atterrés, les autres pleins de joie et d'insolence. De toutes parts on entendait les cris d'une foule impatiente de voir brûler ce qu'elle avait adoré.

Sur la ringhiera avaient été dressés trois autels ou tribunaux. Le premier, près de la grande porte du palais, était pour Fra Benedetto Pagagnotti , évêque de Vaison , chargé par le pape de procéder à la dégradation. Par un raffinement de cruauté, le saint-père s'était plu à confier à des dominicains le soin de présider à sa vengeance. Le général de l'ordre était un de ses commissaires, et il avait confié au prieur de Sainte-Marie-Nouvelle, Fra Sébastiano Buontempi, le soin d'ôter l'habit à Fra Hieronimo. L'évéque de Yalson était aussi des dominicains; il avait même fait ses vœux à Saint-Marc, d'où il avait passé au couvent rival de Sainte- Marie-Nouvelle. Le deuxième tribunal était pour les com-

missaires apostoliques , fe troisième pour I^ Huit de garde *.

Après avoir descendu le grand escalier du palais , les condamnés furent dépouillés de leurs vêtements , à la réserve de la chemise de laine, et s'avancèrent nu -pieds sur le perron. Ils furent conduits par des satellites devant le premier autel où, suivant les us de l'Église, on les revêtit des ornements sacerdotaux dont ils devaient être dépouillés un instant après. L'évêque de Vaison prit alors Savonarole par la main : a Je te sépare, » lui dit-il , a de l'Église militante » et de l'Église triomphante. » — « De l'Église triomphante! » Non, » répondit aussitôt Jérôme, cr cela n'est pas en votre » pouvoir. »

Cette cérémonie terminée, on conduisit les patients aa pied du second tribunal , pour entendre lire par Romolino leur sentence de mort, comme atteints et convaincus d'hérésie. Puis on leur offrit au nom du pape une indulgence plénière pour leurs péchés , et ils la reçurent humblement. Enfin, les juges civils placés devant le troisième tribunal ayant confirmé la condamnation , on traîna ces trois malheureux au supplice.

Arrivés au pied du gibet, ils s'agenouillèrent, après avoir inutilement demandé qu'on leur attachât la chemise aux genoux. Silvestre mourut le premier; on l'entendit réciter en expirant ce verset du Psalmiste : In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum, Buonvicini le suivit, et son courage ne l'abandonna pas.

1. Il existe de cette scène un très-fidèle tableau, œuvre du PoUajuolo. Tous les détails sont rendu» avec beaucoup d'exactitude; mais l'auteur a eu la fantaisie singulière de représenter les condamnés dans trois phases de leur agonie : , l» lorsqu'ils sont agenouillés au coin de la ringhiera ; 2® en marche sur le pont de bois pour se rendre au bûcher ; 3» suspendus à la potence et dévorés par les flammes. Ce singulier tableau est dans la galerie du marquis Corsini , à Florence.

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