LIVRE III, CHAPITRE VII
Savonarole vint le dernier ; on lui avait réservé le supplice de voir les suprêmes convulsions de ses deux amis. a II mourut, » dit Guicciardin, a convaincu de son innocence » et pénétré des plus vifs sentiments de charité. Soutenu D par Tespérance, il ne démentit point sa fermeté; il ne » laissa échapper aucune parole qui fût un aveu ou une pro- » testation. » On prétendit pourtant qu'avant d'expirer il avait fait entendre cette plainte : c Âh ! Florence , que fais-tu D aujourd'hui ! d
Jérôme Savonarole mourut le mercredi 23 mai 1498, veille de l'Ascension, Il avait quarante-cinq ans et huit mois.
Les insultes ne manquèrent pas à ses malheureux restes. II est temps de faire des miracles, s'écriaient des ennemis impitoyables. Tout à coup un vent assez fort s'étant élevé préserva pour un instant les corps des suppliciés de l'atteinte des flammes. Miracle ! répondit-on aussitôt. Voilà le miracle ! Au milieu du désordre qui suivit cette lamentable exécution, plusieurs Piagnoni dévoués s'approchèrent du bûcher pour enlever quelques reliques des martyrs. La seigneurie s'en aperçut, et donna l'ordre de jeter les cadavres dans l'Amo. Cette précaution n'empêcha pas un certain nombre de personnes de montrer mystérieusement et de transmettre par héritage, celui-ci un os, celui-là un fragment du gibet. Comme les particuliers, les couvents eurent de quoi entretenir la piété des fidèles ^ et l'on conserve encore à Saint- Marc et à Prato quelques-uns de ces précieux restes. La maison qu'illustra Savonarole montre, en outre, les ornements sacerdotaux de son martyr.
Ainsi périrent ces hommes infortunés, tristes victimes du bruit qui s'était fait autour de leur nom, mémorable exemple pour ceux qui prétendent conduire les peuples en prenant les
passions pour levier. Quand la tempête qu*ils ont soulevée se tourne contre eux, ils ne savent plus où se prendre, et il ne leur reste qu'à désavouer leur gloire ou à périr pour la sauver. Heureux encore si ce sacrifice porte ses fruits !
CHAPI-ÇRE HUITIÈME.
Nous avons cru jusqu'à présent devoir laisser de côté les miracles nombreux dont les biographes de Savonarole ont enrichi leur récit ; mais cette étude serait trop incomplète si nous n'indiquions la part que des propagateurs zélés dé sa doctrine ont faite au merveilleux dans la vie de cet homme extraordinaire. A côté de l'histoire qui nous apprend ce qu'il fut, il faut placer la fable pour savoir ce que le fanatisme aurait voulu faire de lui.
C'est une tradition constante dans l'Église de prouver la i;ainteté de l'homme par les actes miraculeux quUl lui a été donné d'accomplir. Loin de croire que c'est un moyen extraordinaire que. Dieu s'est réservé pour les grandes circonstances, rÉglise admet la présence de l'esprit divin et, dans une certaine mesure, de la puissance divine, en ceux qui se sont distingués par une parfaite vertu : ce don surnaturel en est comme la récompense. L'imagination humaine, toujours avide de merveilleux, vient en aide à cette tendance, et, grâce à elle, si Ton s'^n tenait à l'étymologie, les miracles devraient changer de nom.
La Vie des Saints , le Recueil des Bollandistes fourmillent de faits de ce genre. Pour ne parler que d'un bienheureux dont Savonarole devait s'attacher à suivre les tracés, quelle