‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 148 sur 195 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

La réaction , qui avait commencé de triompher le lendemain de répreuve du feu, domina quelque temps encore après la mort de Savonarole. Il est impossible de dire de combien de plaisanteries ou d'insultes on poursuivit les disciples et les partisans du malheureux frère. Tout le monde, la plus brillante jeunesse comme la plus infime populace, les flétrissait des noms d'hypocrites, de pleureurs , de cafards; et ainsi, pendant un temps assez long, les hommes les plus dignes, par leur mérite et par leur naissance, de Testime et du respect de tous, ne purent sortir dans la rue. L'abaissement et le découragement de ce parti ne firent qu'augmenter l'insolence du parti contraire. Dans toutes les conditions, riches et pauvres, nobles et plébéiens, religieux t\ séculiers, prirent licence de faire le mal avec tant d'audace, qu'on a pu dire qu'il n'y avait pas eu de plus grand scandale dans la chré- ' tienté depuis Mahomet. Il semblait, en effet, qu'il n'y eût plus qu'un crime honteux, qu'un vice répréhensible, c'était d'avoir cru aux paroles du frère, et d'avoir désiré la réforme de la cour de Rome.

Ceux qui se livraient ainsi à une vie scandaleuse ne pouvaient souffrir que quelques-uns, par un exemple contraire, semblassent leur reprocher une si indigne conduite. C'est pourquoi ils poursuivirent de leurs vengeances les derniers Piagnoni qui avaient le courage de résister au torrent et de pratiquer la vertu , après la mort du maître comme de son vivant. Des prêtres, des docteurs, des chanoines furent ac-

cusés d'avoir été favorables à Savonarole ouvertement ou en secret, ou d'avoir écrit pour soutenir sa doctrine et infirmer la valeur de l'excommunication : il fallait un prétexte à ces rigueurs. Ils furent cités à Rome par le commissaire apostolique , instrument des Compagnacci ; mais ils furent tous déchargés de l'obligation de s'y rendre, au prix d'une somme d'argent que chacun d'eux compta à messire Romolino, futur cardinal. Un grand nombre de séculiers» poursuivis comme hérétiques, furent condamnés à l'amende.

Moins heureux , les dominicains de Saint-Marc ne purent à prix d'argent éviter l'exil auquel les plus considérables d'entre eux avaient été condamnés. Leur église fut fermée Jusqu'au mois de Juillet suivant, afin d'empêcher les tronçons du parti vaincu de se rejoindre. Au reste, depuis qu'avait disparu l!âme qui leur donnait la vie, ces moines paraissaient dignes de peu d'intérêt. Ils abandonnèrent à l'envl la foi qui les avait mis au-dessua de tous leurs rivaux. Dans leur empressement à rentrer en grâce auprès du saint-siége et des magistrats florentins, ils n'eurent pas assez de voix pour flétrir celui qui avait été leur guide et leur oracle, et ils laissèrent la corruption du dehors se glisser parmi eux. Presque aucun ne resta Adèle à la tradition du maître. Fra Benedetto, qui nous fait ce triste tableau de Saint-Marc, hésita lui-même, quoiqu'il dût. bientôt se raffermir :

£ io ancora alquanto vacillai ; - Ma poco duxo 1 freddo , e venne «1 caldo.

Quant au gouvernement florentin, en même temps qu'il persécutait les dominicains , indignes de tant d'honneur, il récompensait les franciscains de la part qu'ils avaient prise dans le triomphe des mauvaises passions en instituant pour vingt- cinq ans en leur faveur une rente de soixante livres.

Mais c'est surtout contre la mémoire du principal martyr

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