‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 150 sur 195 · LIVRE lïï, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE lïï, CHAPITRE IX

Paul IV, qui paraissait moins bien dispose , permit qu'une congrégation s'assemblât sous ses auspices, et soumit les oeuvres de cet homme extraordinaire au plus rigoureux examen. Après six mois d'une discussion sérieuse, la doctrine et les ouvrages de Jérôme furent déclarés irréprochabïes ; on n'excepta que le traité intitulé De veritale prophetka, et quelques sermons où le pape et le clergé étaient attaqués trop vivement. Cet écrit et ces siermons furent déclarés aussi irréprochables que les autres ; mais on les interdit parce que la malice des hommes les pourrait mal interpréter. Encore Bzovius prétend-il que tous les passages condamnés ne sont que des interpolations. Mais si le savant jésuite avait eu une connaissance moins incomplète des œuvres de Sa- Yonarole, il n'aurait pas hasardé une hypothèse aussi peu fondée.

Le pape Benoit XIV se montra toujours grand admirateur du célèbre dominicain. Dans Tédition qu'il donna, en 1751, de son grand ouvrage De servorum Dei beatijîcatione , il ajouta un huitième volume contenant trois index : le premier, des choses ; le second , des noms propres ; le troisième, des saints hommes et serviteurs de Dieu , et il mit au nombre de ces derniers Savonarole , aux écrits duquel il avait fait plus d'un emprunt dans le cours de son ouvyge.

Mais, malgré cette béatification officieuse, Jérôme ne put jamais être canonisé. Alors même qu'on proclamait l'orthodoxie et la pureté de ses doctrines, on ne pouvait oublier que non-seulement il avait mis l'Église sous ses pieds, mais qu'il avait formellement désobéi à ses supérieurs, méprisé leurs anathèmes, et entraîné un peuple entier à la révolte contre Tautorité du saint-siége. Il fallait bien se rappeler aussi que les protestants le rangeaient parmi les ancêtres de la réforme : a Les protestants, » dit Bayle, a prennent Sa-

9 Yonarole pour un des leurs. Balée, Flaccius Illyricus, Verheiden, Jean Wolfius, Bèze, Vigner, Gappel, Duples- » sis-Mornay, les luthériens d*Allemagne, l'appellent le témoin fidèle de la vërité, le précurseur de la réformation » évangélique, le fléau de la grande Babylone, l'ennemi Juré » de l'Antéchrist romain , le Luther d'Italie. Les protestants » ont fait sur lui ce distique :

I» En monachus solers , rerum scrutator acutus , n Martyrio ornatus , SaTonarola pioa. n

Il eut du moins la gloire d*étre canonisé dans la personne de ses plus zélés sectateurs. Philippe de Neri, Catherine de Ricci, furent mis au nombre des saints, malgré leur culte avoué pour un homme condamné et mis à mort par l'Église. Quant à lui , après tant de vicissitudes , il n'a pu laisser un nom à l'abri des attaques, et sa vie tout entière est encore aujourd'hui soumise à la discussion.

Toutefois, il fut de ceux qui peuvent dire : Non omnis moriar. On a vu le bruit qui se fit longtemps encore après sa mort au sujet du théologien et du réformateur religieux. Le réformateur politique ne fut pas plus facilement oublié, et Savonarole, comme Alexandre de Macédoine, eut des funérailles sanglantes.

Ce fut une opinion générale et constante à Florence, que le Jour même où mourut Savonarole, il s'en était fallu de peu que la constitution de 1494 ne fût abolie. Si elle survécut à son auteur, cela tint à un reste de honte dont les vainqueurs ne purent se débarrasser. Jean Manetti, membre des collé* ges et commissaire de la seigneurie, se trouvait à cheval , en cette qualité, au moment du supplice; quelques citoyens lui ayant rappelé que les circonstances étaient favorables pour faire une révolution, ce magistrat répondit : Nous aurons bien le temps sous la seigneurie prochaine.

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