‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 151 sur 195 · LIVRE III, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE IX

Devenus mattres du gouvernement, les Arrabbiati, selon Tusage, se divisèrent. Ce parti était composé de deux élé« ments trop divers pour que leur union survécût à la cause qui l'avait cimentée. Ceux qui n'en voulaient qu'aux austé» rites religieuses devinrent, dès qu'elles furent tombées, les ennemis déclarés de ceux de leurs alliés dont le but secret avait toujours été de changer le gouvernement. Ils ne s'entendirent plus que pour justifier leurs iniquités passées. Ils avaient toujours prétendu que Savonaroiè causait seul du trouble dans la ville, et que les citoyens, divisés sur son compte, étaient en parfait accord sur toutes les questions politiques. Cette allégation Cuvait avoir le double but d'expliquer l'extrême rigueur dont on allait user envers un innocent, et d'ôter tout prétexte à l'intervention d'un prince étranger dans les affaires de la république ; mais elle était mensongère pour l'avenir comme pour le passé. On a vu , à travers tant de conspirations et d'intrigues, si les Florentins étaient d'accord sur le système politique qui convenait À leur patrie; après la mort de Savonaroiè, les partis se déplacèrent, mais ne disparurent point. La question religieuse, la réforme des mœurs ayant été reléguée au second plan , une certaine conformité de vues permit à une grand nombre d'Arrabbiati de se rapprocher des Piagnoni pour empêcher une révolution nouvelle, tandis que les autres s'unissaient étroitement avec les Palleschi, qui pi:éparaient le retour des Médicis.

Ce parti resta quelque temps encore maître de la situation; mais il fût lui-même l'artisan de sa ruine. Bernard Ruccellai, l'un d'entre eux, avait été nommé gonfalonier de justice pour entrer en fonctions le T' novembre 1498. Soit qu'il ne voulût pas servir les projets criminels de ses amis, soit qu'il nvanquàt de hardiesse', il feignit unç

maladie; et, ne sï'taut pas rendu au palais dans le temps Axé par la loi, il fut déclaré démissionnaire et remplacé par Guidantouio Yespucci, partisan bien connu de TÉtat aristocratique.

Le nouveau gonfalonier, plus entreprenant, proposa diverses mesures utiles pour préparer ses desseins : elles furent toutes rejetées. II se tourna alors d*un autre côté , et fit dire sous main aux mécontents, qu'il croyait les plus nombreux dans le conseil, que s'ils étaient opposés aux institutions démocratiques, ils n'avaient qu'à le faire savoir à la seigneurie, qu'ils trouveraient très-disposée à écouter leurs ouvertures. Le secret fut mal gardé : les amis de la liberté, informés de ces complots, firent un grand tumulte, insultèrent Vespucci, et, cette tentative ayant avorté, les institutions politiques de Florence, dont le grand conseil était la clef de voûte, ne furent pas modifiées.

Les choses allèrent ainsi jusqu'en t502. Mais l'organisateur du gouvernement démocratique n'était plus là pour le guider dans sa voie. Les magistrats s'égarèrent ; leur faiblesse . ne sut pas dominer les partis. On chercha de tous côtés la cause d'un mal s^i ancien ; on crut l'avoir trouvée dans la trop courte durée de la suprême magistrature, et, comme remède, on imagina de créer un gonfalonier à vie. Pierre Soderini obtint cette charge, dont son incapacité le rendait indigne : au lieu de s'eipployer à guérir et à relever Florence, il%ssista impassible à Ma lente agonie. Machiavel, secrétaire de la république et ambassadeur sous la dictature de cet homme médiocre, ne fut ni plus hardi ni plus heureux. Son esprit net et sa science profonde le conduisirent au même résultat. Calculant avec la sinistre précision du médecin ce qui restait d'heures à la liberté, il fut incapable d'un de ces efforts liéroîques et désespérés qui retardent quelquefois les arrêts du

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