‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 158 sur 195 · LIVRE 111, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE 111, CHAPITRE X

sa pensée sur saint Antoine de Padoue, Fra Roberto de Leece, saint Vincent Ferrier, Maillart et Menot, si l'on veut comprendre ce qu'il a fait pour l'éloquence; sur Cornelio Musso , évêque de Bitonte (l 653), et sur le bénédictin André Valladier (1612), si l'on veut savoir combien ceux qui suivirent restèrent loin de lui; enfin, sur Bourdaloue et Bossuet, pour se rendre compte de ce qu'il y avait encore à faire*

Mais indépendamment de cette valeur relative, Savouarôle a, comme orateur, une valeur réelle et une rare originalité. Interprétation allégorique de l'Écriture et application des principales figures qu'elle contient au temps présent ou à l'avenir le plus rapproché, prophétie des fléaux et de la réforme, qui atteste la continuation de l'esprit prophétique dans l'Église et fait de Savonarole le successeur de Fra Giovacchino de Calabre, de.Joachim de Flore, de sainte Brigitte; tableaux éloquents des vices de l'Église et de la chrétienté; apologie de sa propre doctrine; exposition savante des dogmes religieux et philosophiques, d'après Aristote ou saint Thomas, telle fut sa prédication. L'art lui manqua trop souvent, et même la méthode. Il n'a pas de style, et ne rencontre pas toujours la véritable éloquence. Il se bornait à prendre un texte dans la Bible, et, après l'avoir médité, à le suivre pas à pas dans tous les développements, dans toutes les digressions que l'improvisation lui suggérait. Au surplus, ce n'est pas par le style et des proportions parfaites qu'on remue les peuples, et Savonarole, uniquement occupé de poursuivre son but, avait pour l'art d'écrire un injuste dédain qu'il* serait inutile de dissimuler. On a vu par quels moyens il avait assis sa domination morale sur Florence; la nouveauté des formes et des idées,

Fintérét actuel de toutes ses paroles, la singularité de beau-

coup d'entre elles, mais surtout la passion qui débordait en lui , tels furent , sans parler de la considération qui s'attachait à sa personne , les principaux éléments d'un si éclatant succès. La passion fut sa principale force, parce qu'elle était partout : dans ses pensées, dans ses expressions, dans son geste, dans sa voix. Loin de se maîtriser, Jérôme cédait à toutes ses impressions, à sa colère, à sa joie, à son attendrissement. Il prenait à la lettre le précepte que Despréaux, traduisant Horace , enfermait plus tard dans ce vers :

Pour me tirer des pleurs , il faut que vous pleuriez.

Il pleurait donc à chaudes larmes, il riait, il se mettait à genoux lorsqu'il parlait à Dieu, se relevait pour menacer du poing les incrédules. Érasme nous apprend que , dominé par une sainte colère contre les pécheurs et la corruption de son temps , il descendait brusquement de la chaire sans te^ miner son discours, comme s'il ne pouvait plus continuer, ou comme si son auditoire était indigne de l'entendre. Un si risible mouvement faisait autant d'effet que ses paroles mêmes. Il faut donc rendre au caractère impressionnable des Florentins la part qu'il dut avoir dans le genre de prédication adopté par Savonarole. Ce genre était sans doute dans le génie de Torateur; mais si Jérôme eût trouvé des esprits plus froids et d'un goût plus châtié, peut-être eût-il cherché son succès à des sources plus pures. Avec des fa* cultes si brillantes ^ il l'eût trouvé sans doute non moins retentissant parmi les contemporains et plus durable dacs la postérité.

Ses écrits ne valent pas sa parole. Homme d'action, il ne voulut se servir de la plume que pour la lutte qu'il soutenait , et ne travailla ce qu'il publiait qu'autant qu'il le fallait pour atteindre son but. Qu'importaient à ce réformateur

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