‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 19 sur 195 · LIVRE I, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IV

comme une preuve qu'il lisait dans l'avenir par la grâce de Dieu. 11 ne parait pas cependant que les témoins oculaires , ni même celui qu'il menaçait, aient été vivement frappés de cette prédiction.

S'il fallait en croire l'historien Nerlî, le Médicis, après cette tentative infructueuse, aurait intimé l'ordre à Fra Girolamo de ne plus entretenir son auditoire de ses visions ; mais il est le seul qui avance ce fait peu en harmonie avec la réserve ordinaire d'un prince si prudent : aucun document historique n'indique un temps d'arrêt dans la marche du dominicain à partir de i49i . Quelle que fût la clémence de l'homme qui disposait à son gré de Florence, il est peu croyable que le prieur de Saint-Marc eût osé enfreindre un tel ordre, s*il l'avait reçu. Le récit des biographes à cet endroit est plus vraisemblable. Ils racontent que Laurent fit venir un prédicateur très-renommé, Fra Mariano de Ghinazzano, et qu'il le chargea de détruire l'effet produit par Savonarole, et d'administrer aux^ Florentins le contrepoison.

Fra Mariano obéit, et prêcha, le jour de l'Ascension entre autres, sur ce texte, emprunté fort à propos aux Actes des Apôtres (1,7) : Non est vatrum nosse tempora vel momenta quœ Pater posuU in sua potestate. C'était la guerre. Savonarole l'accepta , et , répliquant en chaire , il développa à sa manière le même texte. Il parait avoir eu le dessus dans cette joute oratoire. Pic de la Mirandole qui l'avait suivie, en sortit plus que jamais pénétré d'admiration pour le dominicain. Mais quelle qu'ait été l'issue, on venait de porter à Frère Jérôme un rude coup dont il devait se ressentir plus tard : les Florentins apprenaient, s'ils ne le savaient déjà, qu'on peut interpréter le même texte d'une manière plausible dans les sens les plus opposés. Cette dispute, au reste,

se termina avec beaucoup de courtoisie : Fra Mariano invita Savonarole à venir chanter la messe au couvent des Augustins , près de la porte San-Gallo, et là les deux adversaires firent assaut de politesse.

Cette dernière tentative n'avait servi qu'à mettre Fra Girolamo plus que jamais en relief; Laurent, qui ne pouvait commander à l'estime que ce religieux lui inspirait , résolut de ne plus l'entraver dans sa marche, et d'assister, 'paisible spectateur, à ses triomphes. Chargé, en 1492, de prêcher le carême à Saint-Laurent, théâtre de son premier é^hec, le prieur de Saint-Marc y continua l'explication de la Genèse, qu'il avait entreprise l'année précédente à Sainte-Marie de la Fleur. Vivoli nous rapporte ces succès , dont il avait été le témoin oculaire : Savonarole préchait-il contre le luxe et les ajustements immodestes des femmes? on les voyait tontes quitter l'église pour aller déposer leur parure et revêtir les robes simples et de couleur sombre que recommandait le prédicateur. Tonnait-il contre les richesses mal acquises? aussitôt des restitutions avaient lieu : un citoyen , ^ par exemple, s'empressait, en sortant du sermon, de restituer trois mille ducats dont sa conscience ne pouvait plus supporter l'injuste acquisition.

Ce brillant carême était à peine terminé que Laurent de Médicis se mit au lit pour ne plus se relever. Depuis deux mois , sa maladie avait fait des progrès effrayants. Sentant sa mort approcher, il ne voulut pas s'en tenir à son confesseur ordinaire , mais il commanda qu'on allât chercher Savonarole , le seul vrai religieux , disait-il , qu'il eût jamais rencontré. Le prieur se rendit à cet appel suprême, comme c'était son devoir. S'approchant du moribond, il lui demande s'il a la foi. — Laurent ayant répondu qu'il l'avait, il l'exhorte à vivre honnêtement désormais. — Ainsi ferai-

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