LIVRE I, CHAPITRE IV. C
je , répond le prince. — Si la mort doit venir, poursuit Jérôme, sachez la supporter avec calme. — Rien ne saurait m'étre plus agréable, si telle est la volonté de Dieu. Savonarole allait se retirer, lorsque Laurent lui demande sa bénédiction. Le Père la lui donne , et le malade fait avec piété les répons aux prières de TÉglise....
Tel est le très-simple et très-vraisemblable récit que Politien fait d'une entrevue également honorable pour les deux illustres personnages. Ce qui donne une autorité considérable à sa parole, c'est qu'il avait été témoin de ce qu'il raconte, et qu'il écrit pour un ami, non pour la postérité. Les biographes de Savonarole rapportent la chose tout •autrement.
Selon Burlamacchi, le Père répondit avec dureté aux envoyés de Laurent qu'il ne se rendrait point à son appel, parce qu'il ne pouvait espérer de se mettre d'accord avec le moribond. Celui-ci, sans éprouver aucune colère, fit dire à l'impérieux prieur qu'ils ne pourraient manquer de tomber d'accord, attendu qu'il était prêt à faire toutes les concessions qui lui seraient demandées. Savonarole dut donc se mettre en route pour la villa de Careggi, où Laurent se trouvait alors. S'étant fait accompagner par un vieil infirmier nommé Grégoire, il lui prédit ^ chemin faisant, que le prince ne se relèverait pas de cette maladie. Lorsqu'ils furent en présence, le moribond témoigna le désir de se confesser, et avoua que trois péchés principalement pesaiqpt sur sa conscience : 1* le sac de Voltcrre, où Ton avait vu mille horreurs ; T le vol qu'il avait commis au Mont-des-Filles (institution de garantie pour les dots), et qui empêcha beaucoup d'entre les jeunes Florentines de se marier ; 3° la condamnation à mort d'un grand nombre d'innocents, à propos de la conjuration des Pazzi. En entendant ce triple aveu ,
.Savonarole imposa une triple pénitence, a II faut, » dit^il à l*auguste roalade, a que vous ayez une foi vive et sincère, d Laurent ayant répondu qu'il l'avait : a Vous restituerez! , » poursuivit le Père, a tout le bien mal acquis, et ne laisserez D à vos enfants que la fortune qui convient à des partîcu- D liers. D Après quelques hésitations, le Médicis promit de faire ainsi. En troisième lieu, Jérôme lui imposa l'obligation, s'il voulait faire sa paix avec Dieu , de rendre à Florence la liberté. A ces mots, Laurent lui tourna brusquement le dos, refusant de répondre davantage, et Fra Hieronimo se retira. Ce récit fut traité de bonne heure comme une fable , et il mérite , en effet, d'être rejeté. Si les piTroles échangées entre les deux interlocuteurs furent une confession, personne n'a dû les connaître; si elles ne furent qu'un simple entretien, il est peu croyable que Laurent eût fait ainsi devant témoins l'aveu de ses plus grandes fautes. Dans tous les cas, entre Politien, qui assista aux derniers moments de son maître, et Burlamacchi, qui ne sait rien, comme il le déclare lui-même , que par le témoignage verbal de Silvestre ]\f aruffl et du chanoine Dominique Benivieni , lesquels ne faisaient que répéter ce qu'ils avaient entendu dire, qui pourrait hésiter? Si Politien avait voulu dissimuler ces feits, comme peu honorables pour la mémoire de Médicis, il aurait gardé rancune au dominicain , et n'eût pas parlé de lui en termes élogieux. Il y a d'ailleurs, pour la fin de cette scène, entre les ^tres auteurs et lui , une contradiction trop frappante pour qu'on puisse croire à une omission; et il ne faut pas oublier que Pic et Burlamacchi écrivant après le rétablissement de la liberté, il était de quelque intérêt pour la mémoire de Savonarole de ne pas laisser croii*e qu'il avait donné sa bénédiction à l'homme qu'il flétrissait encore après sa mort dans ses discours et ses écrits. Pour conclure, en