LIVRE I, CHAPITRE IV
un mot , les biographes plaident et Politien raconte : cela fait pencher la balance en faveur de ce dernier.
Laurent de Médicis mourut donc en paix avec TÉglise , qui lui accorda ses derniers sacrements. C'était le 8 avril 1402. Il était âgé de quarante-quatre ans*
La même année vit mourir le pape Innocent YIII (35 Juillet)* Son successeur, Alexandre YI, est trop connu pour qu'il soit nécessaire de rappeler ses déportements et ses vices : on en peut suivre la trace dans tous les historiens et les annalistes du temps. Nous nous bornerons à citer quelques paroles énergiques de Mgr. Mansi , le savant éditeur de Baluze et de Baronius : a 11 est plus facile de ne rien dire » de ce pontife que d'en parler avec modération. Il réunit » tous les vices les plus extrêmes et eut très-peu de vertus, » ou, pour mieux dire, il n'en eut point du tout. Il avait o dû sa dignité à la corruption, les moyens qu'il employa » pour la conserver ne furent pas plus honnêtes. Je n'ai » trouvé Jusqu'à présent aucun auteur qui fit son éloge, ni A parmi ses contemporains, ni dans les temps postérieurs. »
On comprend tout ce qu'un tel pape donnait d'à-propos et de force à la thèse soutenue par Savonarole. Comment s'étonner que tant d'effroyables excès attirassent sur l'Église la colère de Dieu, et comment nier qu'il fallût de toute nécessité la réformer ? Fra Girolamo poursuivit donc avec plus d'énergie que Jamais le cours de ses prédications. Pendant l'avent de cette année (1492), il commença d'expliquer l'arche de Noé, et ses paroles eurent leur retentissement ordinaire. Tout ce bruit empêchait les Mineurs-Observantins de dormir, et ils voulurent en détourner une partie à leur profit. Ayant fait donner à l'un d'eux, Fra Domenico de Ponzo, la chaire de la cathédrale, pour cette même station de l'avent, ils le chargèrent de renchérir encore sur les menaces
de sang que Savonarole faisait à Florence, mais en se plaçant à un point de vue différent. Ces rivalités et les dissensions qu'elles soulevaienfr fatiguèrent Pierre de Médicis, et ce jeune prince , inhabile à masquer le despotisme sous des formes agréables, fit dire au frère mineur de cesser ses scandaleuses prédications, s*il ne voulait être exilé, comme d'autres moines l'avaient été avant lui. Il est probable que cette invitation fut adressée en même temps aux dominicains , quoique aucun auteur ne le dise; car la collection des sermons de Savonarole pendant cet avent s'arrête brusquement au treizième , tandis que ses autres stations de l'avent sont toutes plus considérables. Ne trouvant plus la chaire libre à Florence, Jérôme résolut de porter ailleurs ta parole de Dieu , et accepta la proposition qui lui était faite d'aller à Bologne prêcher le carême suivant (1493).
Il parait néanmoins que l'avertissement de Pierre de Médicis avait produit sur lui quelque impression ; car, même à Bologne, il crut devoir baisser le ton et se renfermer dans l'exposition de TÉcriture sainte. Aussi les Bolonais montrèrent-ils dans le principe peu d'empressement à l'entendre : ils le tenaient pour un homme simple et un prédicateur bon pour les femmes. Mais bientôt Jérôme triompha de cette froideur, et vit se presser autour de lui un auditoire pris dans tous les rangs de la société , depuis l'humble artisan jusqu'à la famille de Jean Bentivoglio , qui gouvernait pour lors ce petit État. La femme de ce prince fut même cause d'un vandale qui peint mieux les mœurs du temps que ne le ferait un long écrit.
£lle venait au sermon accompagnée de plusieurs dames d'honneur, et, contrairement à la modestie qui sied à son sexe, elle arrivait tard et faisait une entrée bruyante qui dérangeait l'orateur et l'assistance. Pour mettre fin à ce scan-