‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 22 sur 195 · LIVRE I, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IV

dale, Savonarole invita un jour, en présence de l'auteur principal du désordre, tous ceux qui Técoutaient à se rendre à réglise un peu avant Theure du sermon. La superbe princesse feignit de ne pas prendre pour elle cet avertissement, et ne changea rien à sa manière de faire ; alors Torateur, s'adressant à elle, la pria respectueusement de ne plus trou* bler les fidèles par une arrivée si tardive. Elle s'obstina. Pour le coup, Savonarole n'y tint plus, et la voyant entrer avec son entourage au milieu du sermon : a Voilà, » s'écriat-il , a voilà le démou qui vient troubler la parole de Dieu. )i> La fureur de la princesse fut au comble. Elle ordonna aus* sitôt à deux de ses frères, qui étaient présents, de monter dans la chaire et de tuer le prédicateur. Ces deux hommes s'empressèrent pour lui obéir, disent les biographes; mais, parvenus au pied de l'escalier, ils n'en purent gravir le premier degré. Ce n'était que partie remise. Deux sicaires furent envoyés au couvent où logeait Savonarole pour l'assassiner; mais, poursuit la légende, le dominicain ayant ordonné qu'on les laissât pénétrer jusqu'à lui, et leur ayant demandé ce qu'ils voulaient, ceux-ci, intimidés, répondirent qu'ils étaient mandés par la princesse pour prendre ses ordres. Enfin, pour compléter le merveilleux de cette histoire, on prétend que Savonarole , enhardi par l'insuccès de ces deux tentatives, termina son carême par cette bravade : a Je » prendrai , ce soir, la route de Florence , avec mon petit D bâton et ma bouteille de bois. Je coucherai à Pianora. Si ir quelqu'un a affaire à moi, qu'il vienne avant que je parte. D Au reste, ma mort n'aura pas lieu à' Bologne, mais » ailleurs, d

Le travail de la prédication n'avait pas à ce point préoccupé Savonîirole qu'il n'eût toujours les yeux sur son couvent de Saint-Marc. Il le dirigeait de loin. Il s'était tant fait

aimer de ceux qui l'habitaient que les frères pe pouvaient supporter son absence, et il les en reprend avec doucear. Tout le temps qu*il séjourna à Bologne, il leur écrivit de fréquentes lettres, où il leur recommandait de se tenfr éloignés du monde , et où il descendait quelquefois Jusqu'aux moindres détails de la vie religieuse. Ces épitres, sans prétention de pensée ni de style, peignent leur auteur au naturel ; elles le montrent plein de simplicité et de tendresse pour les âmes qu*il était chargé de guider dans la voie du salut. Pour le connaître, 11 faut, quand on vient de le voir dans la chaire, au milieu d*une foule suspendue à ses lèvres, le suivre dans l'intérieur de son couvent et dans le secret de sa cellule.

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