‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 32 sur 195 · LIVRE I, CHAPITRE Vl · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE Vl

pape l'érection d'un petit nombre de couvents de Toscane en congrégation particulière, ne relevant plus de la Lombardie. Le but de cette séparation était de ramener ces couvents à la règle de Saint- Dominique , peu à peu tombée en désuétude. La requête devait être présentée en leur nom et au nom du gouvernement de Florence, dont Savonaroie avait obtenu l'approbation, par l'intermédiaire de Philippe Valori et du cardinal Jean de Médicis, qui fut plus tard Léon X.

Cette négociation n'ayant pas été conduite secrètement , tous ceux que le résultat devait déranger dans leurs habitudes , ou dont il devait restreindre la juridiction et Tin- Auence, soulevèrent une formidable opposition. Leurs délégués arrivèrent à Borne munis de lettres du roi de Naples , des ducs de Milan, de Ferrare, de Bologne, des républiques de Gênes et de Venise. Jérôme eut succombé, sans l'appui que lui prêtèrent le Père Giovacchino Turriani, général de l'ordre des dominicains, et surtout le cardinal Olivier Garaffa, archevêque de Naples, qui Jouissait d'une grande influence auprès du pape , et qui prit l'affaire à cœur. Alexandre VI n'était pas mieux disposé pour les uns que pour les autres; mais le grand nombre des princes qui appuyaient les adversaires de Savonaroie faisait pencher la balance de leur côté. Tout semblait perdu, lorsqu'un jour, le pape ayant congédié les cardinaux et renvoyé au lendemain les affaires, Garaffa s'autorisa de sa familiarité avec lui pour ne pas suivre ses collègues. Bevenant alors sur la séparation de Saint- Etfarc, il prit l'anneau pontifical, sous couleur de plaisanterie, et signa le bref désiré. Alexandre VI se récria pour la forme; mais, au fond, ces choses lui importaient peu, et il laissa le cardinal-archevêque faire ce qu'il voulut.

Il était temps : le provincial de Lombardie venait d'envoyer de nouveaux députés avec des lettres plus pressantes

que jamais* Le pape ne put que leur exprimer le regret qu*ils ne fussent pas arrivés avant que le bref fût expédié. Cependant tout n'était pas désespéré pour le provincial : il avait envoyé à Savonarole et à ses principaux adhérents l*ordre de quitter Saint-Marc sur-le-champ, et de se disperser dans d'autres couvents soumis à sa juridiction et qu'il leur dési* gnait. Il avait compté que son ordre arriverait à Florence avant que le bref fût signé, ou au moins avant qu'on en eût reçu l'expédition , et que Fra Girolamo ne pourrait se dispenser d'obéir, ce qui aurait tranché toutes les difficultés. Il est probable cependant que celui-ci aurait trouvé des moyens dilatoires pour retarder son départ jusqu'à ce qu'il connût la conclusion de Faffaire ; mais ses biographes attribuent l'échec du provincial à un hasard providentiel : l'ordre du départ, disent-ils, avait été adressé au supérieur du couvent de Fiésole , pour qu'il le communiquât aux intéressés. Il se trouva que ce religieux était absent, et que, par la négligence de ses vicaires, il ne reçut le pli qui lui était adressé que huit ou dix jours après. Le bref était déjà entre les mains de Savonarole. Ainsi échoua cette intrigue.

Dès que la décision du souverain pontife fut connue , un grand nombre de couvents demandèrent à entrer dans In nouvelle congrégation de Saint-Marc. Le premier de tous fut celui de Saint-Dominique de Fiésole. Saint-Dominique de Prato, Sainte-Marie du Rocher, Saint-Romain de Ltîcques, San-Spirito de Sienne en suivirent l'exemple. Plusieurs couvents de femmes voulurent aussi obéir à Savonarole, et le prirent pour directeur spirituel. Ce furent, entre autres, ceux de Saint-Nicolas de Lucques, Sainte-Lucie et Sainte-Catherine de Sienne: ces deux derniers fondés un peu plus tard à Florence. Pour se charger ainsi de guider des femmes dans la voie du salut, Savonarole avait d'illus-

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