LIVRE I, CHAPITRE VI. S
très exemples, notamment le chef de son ordre, saint Dominique, fondant le couvent de Notre-Dame de Prouille au pied des Pyrénées : et la nécessité de réformer les congrégations des femmes était plus évidente de son temps, qu'au temps du maître celle de les fonder; car au quinzième siècle a les femmes, d dit -il, a devenaient, dans leurs couvents, n pires que des courtisanes, d
Peut-être ces adhésions ne furent-elles {^as toutes spontanées. Savonarole fit plusieurs voyages pour dissiper les hési< tations et prendre possession. Le succès ne couronna pas toujours ces démarches. S*il fut complet à Lucques, les magistrats de Sienne firent poliment reconduire le célèbre voyageur hors des murs de leur ville; mais, à quelque temps de là, cette insulte fut vengée, et, malgré l'opposition des édiles de la cité, le couvent de San-Spirito se rangea dans la nouvelle congrégation.
Quand l'organisation en fut définitive , Savonarole convoqua une réunion capitulaire des couvents réformés, pour arrêter différents points qui n'étaient pas encore réglés et choisir un chef spirituel. Il fut nommé par acclamations vicaire général , et la sympathie de ses ouailles le maintint dans cette dignité jusqu'à la fin de ses jours. Si tant de succès et d'honneurs augmentèrent sa hardiesse et son orgueil , les puissants s'en aperçurent seuls, et son humilité, sa douceur des premiers temps ne se démentit jamais dans la vie privée et dans Tintérieur du couveiit.
Cependant l'affaire de la séparation avait fait à Savonarole un certain nombre d'ennemis, auxquels s'étaient joints tous ceux qu'irritaient sa rigueur et sa supériorité. Tous ensemble faisaient entendre de vives plaintes, et quelquesuns, ayant accès à la cour de Rome, allaient les porter au souverain pontife. Comme personne ne croyait encore que
Jérôme courût aucun danger, ses amis ne songeaient pas à le défendre, et l'accusation avait le champ libre. Elle ne pouvait manquer dès lors de faire quelque impression sur l'esprit d'Alexandre, et du reste , pour y parvenir, ou n'avait rien épargné. On imagina d'aposter un scribe pour prendre par écrit un sermon de Savonarole à mesure qu'il le pro* nonçait , et cette rédaction , probablement peu exacte, et , à coup sûr, amplifiée sur les points délicats, fut envoyée au saint père. Le prédicateur y attaquait avec une extrême vivacité la corruption du clergé et des chrétiens ; puis , re* montant à la source, il en demandait compte c à cette cour » éhontée de Rome, où tous les crimes que l'orgueil, la » cupidité, la luxure font commettre, s'étalaient au grand D Jour. 9 II lui reprochait tous les maux passés , présents et futurs de l'Italie et du monde, et l'en rendait responsable devant les hommes et devant Dieu.
Alexandre YI se sentit atteint , car il était question de vices ; mais s'il avait le cynisme du mal , il n'en avait pas l'hypocrisie. Il aurait donc supporté peut-être qu'un prêtre dît en chaire ce que chacun disait en tous lieux ; mais ceux qui l'entouraient ne lui permirent pas de rester indifférent à des attaques qui les touchaient autant que lui : exagérant la portée de l'outrage, ils décidèrent le ps^e à prendre des mesures pour qu'il ne se renouvelât pas. Alexandre s'adi*essa donc à un évêque de Tordre des dominicains , et le pria de répondre vertement à Savonarole. L'évêque , qui avait sans doute son franc-parler, et qui était fort avisé, objecta qu'il ne pouvait se charger d'une pareille tâche, qu'il ne saurait comment repousser des accusations fondées, et qu'il ne connaissait pas de moyens de prouver que la simonie , le concubinage, l'inceste, n'étaient pas des vices ou des crimes; mais il ajouta qu'il ne fallait pourtant pas désespérer de ré-