‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 34 sur 195 · LIVRE I, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VI

diiire au silence im si redautable advei'saire. Ce n'est que par la persuasion, disait-il, qu'on pourra soumettre cet esprit altier, et si toutes les subtilités des raisonnements théologiques n'y suffisent pas, il n'y a qu'à lui promettre, pour prix de sa soumission, quelque haute dignité ecclésiastique. Le pape goûta fort cet avis : il ne lui en coûtait pas de corn* hier un ennemi de faveurs, pourvu que par là il s'en fit un ami. Désignant aussitôt un dominicain, nommé Louis de Ferrare, pour remplir cette mission délicate, il lui ordonna de partir sans délai pour Florence. Ce théologien répondit à la confiance dont il venait d'être honoré # pendant trois jours, il disputa avec beaucoup de nerf et de subtilité contre Savonarole ; mais, sur ces matières, celui-ci ne pouvait être vaincu. De guerre lasse, le délégué cessa de s'adresser à sa conscience et à sa raison ; il youlut parler à son ambition, et il lui offrit d'abord l'archevêché de Florence, puis le chapeau de cardinal.

L'indignation de Fra Girolamo fut profonde; mais, par respect pour lui-même, il sut la contenir, et se borna, pour toute réponse, à prier le tentateur d'assister à son sermon du lendemain. Lorsque l'heure fut venue, il monta en chaire, et répéta avec énergie toutes les accusations qu'il avait déjà portées contre la chrétienté et surtout contre la cour de Rome, et il termina par ces paroles : « Je ne veux » d'autre chapeau que celui du martyre, rougi dans mon » propre sang. »

Quoique ce sermon ne nous ait pas été conservé, les faits qui précèdent ne sauraient être révoqués en doute. Souvent Savonarole répéta la même phrase, presque dans les mêmes termes, et il eut pour témoin une ville tout entière. D'autres fois il déclare que, s'il avait voulu flatter, il ne serait pas exposé à tant de persécutions. Enfin , dans un de ses écrits ,

intitulé De veriiate prophetica, il affirme positivement qu'il lui a été fait des offres brillantes :

a Si je cherchais les biens temporels, quelles facilités n'aurais -je pas de plaire à certains grands personnages? D Puisqu'ils ont essayé de me vaincre par les menaces et les d persécutions, vous pensez bien que, poussés par ramonrfi propre, ils m'ont également tenté par leurs promesses et leurs présents; car ceux qui poursuivent un but important D ne négligent rien pour l'atteindre. »

On ne doit pas s'arrêter, après des témoignages si formels , aux doutes malveillants et peu justifiés de Rastrelii ; le silence de Pic n'a rien non plus qui puisse nous étonner : l'ouvrage qu'il nous a laissé est moins une vie de Savonarole qu'une relation des miracles qu'on rapporte sur cet homme célèbre. On ne saurait admettre enfin qu'il est impossible qu'Alexandre VI ait fait faire à son ennemi de si belles offres, sous prétexte qu'il ne craignait personne, pas même les plus grands princes. L'histoire nous apprend au contraire qu'il les craignit tous, et que, s'il employa souvent le poison, il ne dédaignait pas d'essayer auparavant ce que pourrait la corruption.

Il était important de bien établir la vérité de ces faits , car ils sont de ceux qui font le plus d'honneur à Savonarole. Ce n'est pas pour avoir résisté à une grossière tentatlon qu'il mérite d'être loué , mais pour avoir pris son parti sur-le-champ, et s'être engagé pour toujours par un refus public. Il était trop clairvoyant pour ne pas comprendre qu'à partir de ce jour il aurait dans le pape un implacable ennemi , et qu'il finirait par succomber. Ce ne fut pas un faible mérite dç n'avoir pas reculé devant les menaces de l'avenir.

Toutefois, les apparences donnèrent tort quelque temps

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