‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 37 sur 195 · LIVRE II, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE I

Âragonais disposes à favoriser ses prétentions, il s'était livré à eux corps et âme.

Telles étaient ses dispositions, et Toccasion de les manifester ne se fit pas attendre. Dans les premiers mois de 1 494, les ambassadeurs que Charles VIII envoyait au pape avaient reçu l'ordre de passer par Florence, et de rappeler au chef de la famille régnante les bonnes relations qui avaient de tout temps existé entre les deux pays. Ils exposèrent combien le roi leur maître comptait sur une ville rebâtie par Charlemagnê, constamment favorisée par ses ancêtres, et, clans ees derniers temps, par le roi Louis, son père, dans la guerre injuste qu'elle eut à soutenir contre le pape Sixte, contre feu Ferdinand et contre Alphonse , présent roi. Ils rappelèrent à la mémoire des Florentins les avantages im« menses qu'ils retiraient pour le commerce de leurs rapports avec le royaume de France, où ils étaient bienvenus et bien accueillis, comme si le sang français eût coulé dans leurs veines.

Pierre était trop préoccupé des avantages que semblait offrir à son ambition une alliance avec Naples, pour que de tels discours pussent le ramener à une plus sage politique. Il répondit d'une manière ambiguë qui mécontenta Charles VIII , et ce prince se disposa dès lors à traverser la Toscane en ennemi. L'indignation fut extrême à Florence : on n'avait pas assez d'imprécations contre l'imprudent qui 2*epoussait les avances d'un si grand prince, et qui attirait sur sa patrie des maux qu'il eût été si facile d'éviter. Pour apaiser la fureur publique, les magistrats imaginèrent de s'adresser à Savonarole, dont l'influence sur la fdule n'était un secret pour personne, et de le prier de contenir tout ce peuple. Le dominicain accepta la mission, et, le 1" novembre, il reparut dans la chaire de la cathédrale.

Il n'eut besoin , pour détourner les plus forcenés de leurs projets de vengeance , que de suivre le cours de ses idées ; de rappeler aux Florentins que, par leurs vices et leurs crimes, ils avaient mérité tous les maux qui allaient fondre sur eux, et que le seul moyen de les conjurer était de faire pénitence. En reportant ainsi leur attention sur eux-mêmes, il laissait généreusement Pierre de Médicis dans l'ombre, et lui sauvait peut-être la vie; mais il ne put s'empêcher de triompher avec quelque orgueil de ce que les événements qu'il avait annoncés s'accomplissaient si promptement : a Vous le savez, a s*écriait-ii dans son premier sermon , a je vous disais, il n'y » a pas encore deux ans : Ecce gladitis Domini supe r terram » cito et vehcit^. Ce n'est pas moi , c est Dieu qui vous an- » nonçait ces malheurs, et voici qu'ils sont venus et qu'ils » fondent sur vous. Vous le savez , quand je vous disais : D Hœc dicit Dotnintu, vous ne le croyiez pas. Maintenant » vous êtes bien forcés de le croire, puisque vous le voyez, d

Mais toutes les réticences, tous les raisonnements du monde n'empêchaient pas les Florentins de se dire que si Pierre de Médicis avait eu moins de vanité et plus d'intelligence politique, les prédictions de Savonarole, vraies peut* être pour le reste de l'Ttaiie, ne l'auraient pas été pour Flo- L. rence. C'est pourquoi ce prince ayant voulu se mettre en état de défense par une première levée d'argent, ne trouva partout que de la répugnance ou peu d'empressement. Par sa maladresse, il poussait ses concitoyens à séparer leur cause de^ lar-^sienne JPour parer aux maux que la folie d'un seul attirait sur une ville entière, il n^y avait qu'à sacr ifier le coupabtejj^n se donnait par là je droit.ilejipudiCTjaso:: ry lldarité de ses actes. De tels discours, avant-coureurs de la révolte, commençaient à circuler dans Florence. Bientôt même la position parut si désespérée aux amis de Médicis ^

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