‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 40 sur 195 · LIVRE II, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE I

se remettre aux mains du conquérant et à implorer sa miséricorde : c'est ce qu'il fit. Voilà sans doute pourquoi ce discours n'eut aucune portée politique : le roi ne Técoutait que pour la forme; il était plus sage de s'adresser à son cœur qu'à son esprit.

Lorsque, à son retour, Savonarole reparut dans la chaire, on s'attendait à de curieux détails ; mais il trompa l'attente générale, et usa de beaucoup de réserve touchant les circonstances et les résultats de son ambassade. Il commença par s'excuser, sur la mission dont on l'avait chargé, du peu de consistance qu'aurait son sermon ; puis, prenant autorité du caractère public dont il venait d'être revêtu , il invite les Florentins à se tenir à leur place pour éviter les désordres. Après avoir, comme toujours , recommandé de faire pénitence, il se donne pour le père du peuple, et se fait un mérite de son désintéressement : a Je me fatigue pour vous, comme » vous voyez, et pour votre salut. Dieu vous a donné en » moi un père, quoique je sois son serviteur inutile. J'ai tout » laissé pour toi , Florence , et de toi je ne veux rien , sinon B que tu fasses le bien et que tu deviennes véritablement 9 une cité chrétienne. »

Charles VIÏI fit son entrée solennelle à Florence le 17 novembre 1494, Il affecta une douceur et une modération extrêmes ; mais comment aurait-il pu se montrer cruel ou sévère envers un peuple pénétré de sa faiblesse et prosterne à ses pieds? La seigneurie alla au-devant de lui, en compagnie des principaux citoyens; elle lui fit la réception la plus brillante, et le lendemain lui rendit ofQciellement visite au palais Médicis, qu'on lui avait donné pour résidence.

Pendant les jours qui suivirent, le jeune roi délibéra avec le gouvernement de la république sur les conditions de la paix. Il demandait pour Pierre de Médicis le droit de rentrer

dans Florence avec tous ses privilèges, et pour lui-même la suzeraineté de la ville. Ces prétentions étaient exorbitantes, et les magistrats les repoussèrent, comme c'était leur devoir. C'est alors qu*eut lieu une «cène demeurée célèbre. Charles yill , fatigué d'une longue discussion , s'écria avec impatience : a Eh bien , je ferai sonner mes trompettes !» — a Et )) nous, » répondit Pierre Capponi, l'un des délégués florentins, « nous ferons sonner nos cloches, jo Puis, déchirant les conventions , il se retira aussitôt avec une noble fierté. Le roi , frappé de tant d'énergie, et ne croyant peut-être pas qu'on eût osé lui parler ainsi sans être en mesure de lui résister, fit rappeler Capponi. Tranchant alors la difficulté par une grossière plaisanterie * , il se réconcilia avec ce courageux citoyen, qu'il connaissait déjà pour l'avoir vu ambassadeur à sa cour, et arrêta avec lui les conditions de la paix.

Cependant Charles VIII ne se pressait pas de partir : même il n'avait pas encore signé officiellement le traité, et l'on craignait que, par un brusque revirement, il n'ordonnât de mettre Florence au pillage. L'anxiété était grande dans la ville, et la douleur profonde. Chacun tenait pour accompli le mal qu'il redoutait. On ne crut voir une dernière planche de salut que dans une nouvelle ambassade : Savonarole fut choisi pour la seconde fois , et chargé d'aller trouver le jeune } prince , d'obtenir de lui sa signature et le départ d'une armée 1 qui causait à Florence des maux incroyables. Il se rendit seul au palais, a Arrivé à la porte, » dit-il , « je fus repoussé,

1 . u Ah i riappon , ciappon , voi siete un mal ciappon. n ( Nardi , liy. l, p. 51. ) Le mot de Macliia,vel vaut mieux :

u Lo fttrepito dell' armi e de' cavalli Non potè far che non fosse sentita La voce d'un Cappon fra cento Galli. »

( Décennale primo, v. 34. )

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