LIVRE II, CHAPITRE IL
Leur désaccord augmentait les espérances et l'audace du parti populaire. Les mécontentements excités par Pierre de Médicis lui avaient permis de relever la tête, et, pendant Tambassade de ce prince, les meneurs avaient, dans des assemblées particulières, préparé la révolution. Devenu plus fort par son triomphe inattendu , ce parti s'opposait bruyamment à ce que la seigneurie rapportât le décret qui mettait à prix la tête de Texilé (9 décembre); mais il manquait d'idées et s'abandonnait au hasard. Mécontent de la tendance de ses magistrats, il ne savait quel système, ni quelles personnes leur opposer. Savonarole vit donc la nécessité de donner un but à ses désirs et à ses efforts, et, au moyen de sa popularité, il se prépara à faire comprendre au peuple dans quel sens et dans quelle mesure il fallait réformer le gouvernement.
Il s'y prît avec une prudente réserve, se bornant d'abord à inviter les citoyens à chercher eux-mêmes ce qu'il convenait de faire : a Ne croyez pas impossible de le trouver, » disait-il; a Dieu vous illuminera. » En même temps, il indiquait quelles qualités font le bon citoyen et quels défauts le mauvais. Il recommandait a d'adopter une forme de gou- » vernement qui ne permît à personne de dominer à Tiïvenir » dans la ville, mais sous laquelle tous les citoyens, con- » tents de leur sort, s'estimassent heureux de conserver la » liberté que Dieu leur avait rendue, et de voir régner à » Florence la simplicité, l'humilité et la charité enseignées » par Christ. »
Après avoir ainsi préparé les voies, il entre dans le sermon suivant au cœur du sujet. Il expose d'abord les trois formes de gouvernement, monarchique, aristocratique et démocratique, et il donne les raisons de sa préférence pour le dernier. Pour que son opinion ait plus de
poids, il la fait celle de IMeu même, dont il rappelle qu'il est renvoyé :
« O Florence) je ne puis te dire tout ce que je sens en » moi, parce que tu n'es pas disposée à l'entendre pour le » moment. Oh ! si je pouvais te dire tout, tu verrais que je » suis comme un vase neuf, plein de moût et hermétique- » ment bouché , où le vin fermente de toutes parts sans » pouvoir sortir. Il y a en moi beaucoup de seerets que ton » incrédulité m'empêche de te révéler. Florence! si tu n'as » pas voulu croire jusqu'à présent, crois du moins aujour* D d'hui; et si tu as cru, crois plus que jamais ce matin. Ne » fais pas attention à moi; je ne suis qu'un pauvre moine, » un pauvre pécheur. Dieu n'a pas voulu te laisser ignorer » ma faiblesse, afin de te faire comprendre que c'est lui, et » non pas moi , qui fait tout et qui incerta et occulta maniyyfestmit mihL., Écoute, Florence, écoute ce matin ce que » j'ai à te dire; entends ce que Dieu m'a inspiré. Je ne D m'inspire que de Christ pour tout ce que je te dis. Suis mes » conseils : ce sera pour ton bien. »
Savonarole expose alors son plan. Il le résume en deux points : la réforme des mœurs et celle des institutions. La première se fera en rendant tout son lustre à la religion, c( sans laquelle aucun État ne peut être fort ni stable; i^ en corrigeant, à l'aide de ce puissant modérateur, les viccjsdu clergé d'abord et ceux du peuple ensuite. C'est la tâche de la seigneurie. Elle doit pour l'accomplir s'entendre avec le pape, puisqu'il faut avant tout remettre la religion «i honneur et ses ministres dans la bonne voie. Le point fondamental de la seconde réforme est de rendre à tout jamais le retour delà tyrannie impossible. Pour cela, il faut, d'une part, asseoir les finances sur une base réelle et solide <pii ne laisse rien à l'arbitraire , ce qui se fera en frappant les