LIVRE II, CHAPITRE IL H
a Après avoir, d dit-il, a parlé en détail du meilleur gou- » yemement, d*après Topinion des philosophes et des théo* D logiens, je montrai quel était celui qui convenait naturel- » lement au peuple florentin, et j'indiquai quatre choses à » faire : 1° craindre Dieu; 2** préférer le bien de la républi- » que à nos propres intérêts; 3° accorder une amnistie géné- A raie à tous les fauteurs et partisans du régime déchu; » 4"* établir un conseil général sur le modèle de celui de D Venise. »
Nardi, qui nous rapporte aussi une analyse de cet impor* tant discours, entre dans plus de détails sur ce dernier point, qui est au fond toute la réforme politique; le reste n'était qu*un expédient pour dégager le terrain, a Ce conseil, » ditil, (( devait comprendre tous les citoyens qui avaient, sui- » vaut les antiques coutumes de la ville, le droit de prendre » part aux aiïaires publiques, en apportant dans cette inno- D vation toute la prudence nécessaire. »
Il semble que Savonarole ait accordé trop de place aux précautions préliminaires; mais si ^ l'on se rappelle que les Médicis avaient respecté presque toutes les institutions, et établi leur autorité en leur faisant doucement violence , on comprendra qu'une réforme qui consistait à admettre quelques citoyens de plus à l'exerdce des droits civiques n'était point capitale, et qu'il était plus urgent d'assurer la paix publique, gravement compromise par les vengeances que l'on préparait contre les vaincus. Savonarole nous apprend quels dangers couraient les partisans des Médicis :
a Si Dieu n'avait pas donné ce gouvernement à Florence, ]> les graves conjonctures où nous sommes auraient fait D éclater une discorde épouvantable. Non - seulement les » citoyens perdaient tout, mais la liberté succombait, et la » ville devenait une caverne de brigands; car, après le dé-
» part de Pierre de Mëdicis, <m vit réunis dans nos mursiles JD membres des diverses factions qui s'étaient fait rédproque- » ment tant dlnjures de 1434 à 1494. Chacun attendait le » moment de se venger et de remonter au faite. QwA de plus juste à leurs yeux que de prendre sa revandiê des » maux du passé?... Ces discordes auraient fedt j^noncer D beaucoup d'exils et répandre des flots de sang. »
£t Yivoli nous apprend ce que ia modestie de frère Jérôme ne lui permettait pas d'ajouter : « Sans les prédicfttk»s de » ce Père, » dit>il, « on aurait vu couler daus la ville des » flots de sang; mais ses paroles et son autorité, qui pout lors était grande, apaisèrent tout et empéclièrent qu'on » n'exécutât les vengeances projetées, d
Quant aux institutions, Savonarole ayant parlé, les accô^ pmtori et les prieurs n'eurent plus qu'à constituer le gouvernement d'après les principes qu'il avait posés. Même pour les détails, on prit son avis. Il le faiscdt connaître par Soderini et surtout par François Valori, homme de l^n, bon patriote, zélé pour la liberté, de mœurs rigides et peutêtre trop sévères, que les Florentins comparèrient à Caton^ et qui était de tous les citoyens celui que le Frère voyait le plus volontiers. Au sommet, la seigneurie fut maintenue comme pouvoir exécutif; mais on lui donna pour contrôle le grand comeii, qui se détachait, par de nouvelles et plus importantes attributions, et par sa composition même, de tous les conseils dont l'histoirç intérieure de Florence est remplie. Il dut être formé de tous les citoyens qui, ayant trente ans (dans quelques cas particuliers, il suffisait de vijïgt-cinq ans], étaient, en outi^, reconnus netti di ipecf chio» Or, pour avoir cette qualité , il fallait être personnelle^ ment capable de prendre part aux affaires publiques, et avoir eu parmi les seigneurs, les gojifaloniers de compagnies