‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 54 sur 195 · LIVRE II, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE II

» amis; soyez justes, équitables pour tous; troisièmement, » ouvrez vos séances en disant un Paier noster, un Ave » Maria, et Deus in adjutorium meum intende. Domine, ad » adjuvandum me festina : pas davantage. Faites ensuite A votre devoir : Dieu vous viendra en aide. Qu*on n'oublie D pas de pourvoir aux gabelles ; que les droits sur les vins » soient remis sur l'ancien pied. Ordonnez enfin que la x> place soit fournie de grains pour les pauvres gens à viQgt » sous la mesure, jd

De telles paroles sont la plus éloquente des démonstrations. On ne saurait donc contester que Savonarole ait pris, par les conseils qu'il donnait, une part active au gouvernement de Florence. Il ne s'en tenait pas là : il défendait son œuvre avec une puissante énergie qui suppléait quelquefois à la nouveauté des aperçus, car il pensait qu'il est utile de répéter souvent les mêmes choses et dans les mêmes termes. Le passage qui suit sera un exemple suffisant de ce genre de discussion :

a Heureuse Florence I Non-seulement tu as changé ton D gouvernement, mais encore tu l'as fait tel que Dieu le D veut! Montrez-vous donc, vous qui dites qu'on ne peut » vivre sous ce gouvernement ! Quel est celui qui a vos pi*é- » férences? Celui que nous ayons renversé? 11 était mon- » stfueux, Je veux vous le prouver. Il était semblable au » lion par la tête, à l'ours par les épaules et les bras, au » chien par les parties inférieures. Voyons ; je veux disputer » avec vous. Il n'y a que trois espèces de gouvernement : le » gouvernement royal, qu'on appelle monarchie, et dont o un prince est le chef; celui des nobles, quand les grands B sont à la tête : c'est l'aristocratie; celui du peuple , qu'on B appelle civil et politique. Choisissez entre les trois. You- » lez-vous le premier? — Oh ! non , nous serions esclaves.

» — Le seoMid? — !N(ni, le peuple n'en veut pas. • — Il fkut B donc vous en tenir au troisième. Je vous le répète : votre » gouvernement était ue monstre^ La tète de lion signifie » l'orgueil , parce que le. lion veut être le premier pormi les » animaux; les bras d*ours étaient les mains ri^aoes de » certains grands , qui s'attachaient au ch^ et soutenaient A son pouvoir pour s'emparer {^us sûrement dtt richesses. » Les parties postérieures du chien, ce simt tes satellites qui aboyaient autour du prince , disant : Je veux ceci , je veux » cela. Vous prétendez qu'on n'est pas entièrement libre au- » jouicd'bui? Je réponds que notre gouvernement se perfec- » tionneraet nous donnera la plus complète liberté. Mais, » qum! A un vice du gouvernement actuel il me serait aisé » d'en opposer mille du précédent. On ne pouvait obtenir » justice; l'argent s'engloutissait dans les caisses des maîtres; » les fonctionnaires faisaient de faux serments; les jeunes » filles ne se mariaient point, et ainsi de suite. PreHerea, le » gouvernement que vous voulez rétablir devient de jour en » jour plus mauvais, parce que plus on vit sous iui^ plus » on devient esclave. Dans le nôtre, au contraire, plus on D devient libre, car tout passe par le cril^e du conseil. »

Mais toute l'éloquence de Savonarole ne put défendre la constitution nouvelle contre trois r^roches graves : l'es* prit peu libéral qui avait présidé à sa formation, puisqu'un homme à peine sur trente était jugé digne du nom de citoyen; le filment oligarchique qu'on avait introduit dans cette démocratie, comme un principe corrupteur destiné à la détruire, en laissant au caprice de vingt tkxof^iatari le i$oin de désigner ceux qui devaient jouir de leurs droits civiques; enfin, l'espèce de bandeau dont on continuait de couvrir les yeux de la république, en s'abandonnant au sort pour le choix de ceux qui devaient présider à ses.

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