‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 59 sur 195 · LIVRE II, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE III

D ressente. — Père! il ne faut pas' ainsi malmener les x> citoyens ! — mon fils , il ne faut pas ainsi perdre cette \ille et sacrifier le bien public... Tu veux que mille ou B dix mille personnes périssent pour un scélérat ? Les poésies » ont attiré sur nous la colère de Dieu. Ne les laissez pas x> sous la main de vos enfants. Faites exposer toutes les courtisanes en un lieu public , et faites-vous-les conduire » au son des trompettes. — Oh ! Père, il y en a tant, que ce D serait bouleverser toute cette ville. — Eh bien ! commen* 9 cez par une; vous irez ensuite aux autres, et si vous ne leur donnez pas la chasteté, vous leur imposerez du moins » la réserve. Punissez les joueurs ; car , sachez-le bien , on D joue encore. Faites en sorte, magnifiques seigneurs, qu'on » ne joue dans les rues à aucun jeu , ni petit ni grand. Si 9 vous trouvez un citoyen qui joue cinquante ducats, en- D voyez-lui dire : La commune a besoin de rnille ducats; il » faut que tu les lui prêtes avant de partir d'ici. Faites pern cer la langue sans pitié à tous les blasphémateurs. Saint » Louis, roi de France, faisant cautériser les lèvres à un » blasphémateur, disait: Je m'estimerais heureux qu'on m'en » fit autant, si, à ce prix, je pouvais débarrasser mon D royaume de ces gens-là. Supprimez aussi les danses : ce n'est pas le temps de danser maintenant; prohibez les » bals à la ville et à la campagne. Ayez des espions, et pu- » nissez quiconque sera trouvé en faute. Exigez qu'à six D heures du soir les cabarets soient fermés. Cet ordre a été » donné bien des fois; mais à peine quelques jours sont-ils » écoulés, que personne ne s'en souvient.'Fermez les yeux , » faififes semblant de ne pas voir ; puis prenez les délinquants » tous à la fois, et infligez-leur la peine de leur désobéis- » sance. J'apprends que les boutiques restent ouvertes les D jours de fête : portez remède à ce mal , faites fermer les

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» apothicaires eux-mêmes, à la réserve de ceux qui sont commandes pour les médecines; ces jours-}à, ou ne devrait » vendre que des médiednes. Vous qui donnez à dîner, si X» vous voulez des pâtisseries toutes Aralehes, commandez- B les le samedi pour le dimanche. Si vous souffrez d'une J9 dent, faites-la arracher , même un jour de fêle : il n'y a » pas de mal ; mais passer le temps à regarder les eseamo* » teurs et mille niaiseries, voilà où est le mal. Jeunes gens, » vêtus aujourd'hui avec plus de coquetterie que les fem- » mes, mettez de c6té toutes ces parures. Pères, enlevez à » vos fils ces beaux pourpoints; dites-leur d'en acheta d^au» » très, et ne leur donnez pas d'argent Magnifiques sei- » gneurs, faites en sorte que les débiteurs qui gardait la » maison puissent au moins sortir, les jours de fête, sans D crainte d'être arrêtés, pour aller à la messe et au sermon. » Mais en voilà assez pour les magistrats. »

C'était même trop pour les magistrats, car Savonarole dut ses succès à sa parole et au crédit qu'elle avait sur le peuple, plutôt qu'à leur intervention. £n se montrant, en toute occasion , l'ami des misérables et'l'eiinemi mortel de ceux qui voulaient les affamer , il avait porté au comble sa popularité. Ce n'étaient plus les seuls Florentins qui se pressaient autour de sa chaire ; les paysans des montagnes voisines s'acheminaient pendant la nuit vers la ville, pour y être rendus de grand matin et prendre leur place à la cathédrale. Une sorte de fraternité s'était établie entre leif partisans du Père : les riches allaient au-devant des étrangers qui se rendaient à Florence pour le sermon, çt en logeaient ou en hébergeaient quelquefois jusqu'à trente ou quarante; A l'église, l'émotion était générale, le succès immense; il arriva plus d'une fois que celui qui prenait par éci*it les sermons de Savonarole à mesure que l'orateur les prononçait,

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