‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 62 sur 195 · LIVRE II, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE III

hommies. L'enthousiasme qui gagnait leurs pères ne pouvait manquer de s'emparer de ces jeunes têtes, toutes ftères de ce que le prédicateur avait souvent pour eux des paroles amies et de sages conseils. Le carême de 1 496 fut consacré en partie à les organiser. Ils appelaient SaVonaroIe ia vraie lumière, et lorsqu'ils le voyaient apparaître dans la chaire, ils chantaient en son honneur c^ paroles : Lumen ad révélationem gentium et gloriam plehis iuœ Israël,

La conversion des enfants se fit plus rapidement encore que celle de leurs pères, et fut surtout plus générale. Alorç Savonarole songea à les enrégimenter dans une sainte milice» Les conditions imposées pour en faire partie furent : f* l'observation des commandements de Dieu et de l'Église; . 2* l'exactitude aux deux sacrements de pénitence et d'eueharistie; S** le renoncement à tous les spectacles, à tous les plaisirs mondains; 4° la plus grande simplicité dans le^ mœurs, la tenue et les vêtements.

Chaque quartier eut un chef chargé de veiller à ce que ces conditions ne fussent pas éludées; ce chef devait être assisté de quatre conseillers , sans lesquels il n'avait le droit de rien faire. Il y eut, en outre, diverses magistratures qui donnaient une véritable importance à cette république d'en* fants : les pacieri, officiers de paix , chargés de maintenir Tordre à l'égUse et dans la rue; les ordonnateurs des processions, maîtres de cérémonies dont la tâche était d'assigner à chacun sa place et de faire régner le silence ; les corretiori, juges chargés d'infliger une correction fraternelle à ceux qui la méritaient; les limosinieri , quêteurs qui devaient demander l'aumône pour les pauvres honteux ; les luHratori, puiiâcateurs chargés de faire nettoyer les croix et les autres objets de la vénération publique qu'ils trouvaient malpropres ou peu convenablement placés; enfin, les inquisiteurs,

UO VJE DE SAVON AROLE.

dont la mission fut de nature à donner une véritable importance à cette institution. *

En enrôlant ainsi les enfants sous la bannière du Christ , Savonarole pensa qu*il pouvait en tirer un grand parti pour affermir les bonnes mœurs dans Florence. Il imagina de faire d'eux les redresseurs des torts, et de leur confier le soin de remplir officieusement au. nom du Christ une tâche que les magistrats négligeaient trop. Les inquisiteurs furent donc employés à parcourir la ville, à poursuivre les blasphémateurs et les joueurs, à enlever à ceux-ci leurs cartes, leurs dés et jusqu'à leur argent, qu'ils donnaient ensuite aux pauvres. Leur juridiction s'étendait jusque sur les jeunes filles et les femmes : lorsqu'ils les voyaient trop pompeusement parées, ils leur adressaient, avec une douceur et une simplicité qui arrachaient des larmes, dit le bon Burlamaccbi , des paroles comme celles-ci : cr De la part de Jésus- D Christ, roi de notre ville, et de la Vierge Marie, notre reine, B nous te commandons de déposer toutes ces vanités; si tu » ne le fais, tu seras frappée de maladie, d Us ne se bornaient pas à faire leur office dans la rue : ils se faisaient ouvrir les maisons et y prenaient les cartes, les échiquiers, les harpes, les luths, les parfums, les miroii*s, les masques, les livres de poésie et autres instruments de perdition.

C'était une véritable tyrannie, et la pire de toutes, car les tyrans n'avaient pas l'âge de raison. Savonarole était informé de tous ces abus; mais, dans son ardeur de réforme, il ne regardait ni aux moyens, ni aux détails, et il s'employa plus d'une fois à justifier les enfants des accusations trop fondées qui s'élevaient contre eux. Mais pour défendre une mauvaise cause, il ne pouvait trouver que de mauvaises raisons : o^Si vous faites, » disait-il,. a ce que les enfants sont » chargés d'empêcher, vous êtes coupables et n'avez pas le

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