‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 63 sur 195 · LIVRE II, CHAPITRE III. U · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE III. U

» droit de vous plaindre; si vous ne le faites pas, vous » n*ayez rien à redouter d*eux. d Court d^arguments, il tournait les mécontents en ridicule : a J'entends dire : Nous » sommes à la merci des enfants. Est-ce que les enfants » sont au nombre des magistrats? Est-ce qu'ils sont mem- » bres du tribunal des Huit? — Voyons, appelez un de ces )) hommes infâmes, et faites-lui cette question : Est-ce bien x) ou mal de débarrasser la ville de toutes ces impuretés? 11 » vous répondra avec mille contorsions : Oh!... eh!... mais ù il lie saura que dire. Il faut répondre autre chose que oh ! » eh ! C*est pourquoi je vous recommande de faire dispa- » raitre ces vices, si vous ne voulez pas que Dieu vous JD donne un grand coup de bâton. »

Ce n'étaient pas ceux que Savonarole menaçait ainsi, mais les enfants qui recevaient les coups de bâton , récompense méritée de leurs intolérables vexations. Il fallut obtenir pour eux de la seigneurie l'institution d*autant de gardes qu'il y avait de quartiers, avec mission de faire respecter et de défendre au besoin les enfants inquisiteurs dans l'exercice de leurs fonctions. Les pères ne furent pas toujours les moins irrités de voir leurs fils entrer, tête baissée, dans un parti dont ils étaient loin de partager les passions. Il y en eut qui parlèrent de les envoyer en France pour les arracher à l'irrésistible influence de Savonarole. a Envoyez-les » où vous voudrez, » s'écriait le moine d'un ton de défi, ff ils reviendront! d

Par de si provoquantes paroles, il poussait presque la jeunesse à la désobéissance. 11 ne manquait pas cependant de lui recommander le respect pour les parents et même la soumission ; mais, suivant lui, cett^ soumission devait avoir des bornes, et il invitait les enfants à la refuser lorsqu'on leur commanderait des choses contraires à la loi de Dieu ou

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aux îDj^ctiODS du prédicateur, comme de trop se par^ on déjouer. « Répondez, 9 ajoutait-il, « que tous de^ez obéir B d*abord à Dieu, qui est votre premier père, et, si vous êtes > frappés, supportez les coups avec résignation : cda vous » vaudra une couronne au paradis. »

Il est certain qu*ii y a tel des ordres paternels qu'un fils doit éviter d'accomplir : les anciens en sont tombés d'accord avec les modernes; mais le plus sage est encore de s'abstenir de tout précepte sur un sujet si délicat*. II y a moins d'inconvénient à ce qu'un enfant commette quelque mal par obéissance qu'à jeter en son âme, pour lui épargner une faute éventuelle, les germes d'une funeste rébellion. Pour avoir plus écouté son zèle que la prudence, Savonarole mérite donc en partie les accusations que ses ennemis portèrent contre lui dans son procès :

. a Isi discorde , » y est-il dit , a s'était glissée dans toutes ^ les maisons, La femme et le mari , le père et les enfants , » tout le monde était en querelle. Ou entendait tout le jour » d'atroces menaces; la belle-mère diassait sa bru du iogis, » le mari sa femme, et ils ne tombaient d'accord que pour » vivre séparés... Les femmes écrivaient en secret à Savona- » rôle pour lui dénoncer les complots que leurs époux tra- » maient contre lui. Cela est arrivé entre autres, au su de » toute la ville, à un grand citoyen, Tanai de* Nerli, et à » maître Ulivieri, médecin. »

Cette malheureuse institution d'enfants magistrats fit plus de mal que de bien à la société florentine et à Jérôme luimême. Toutefois, il est juste de reconnaître qu'elle fût l'occasion, sinon la cause, d'une innovation et d'une réforme importantes.

Avant que les inconvénients de cette juvénile tyrannie se fussent accrus, par Timpunité, au point* de devenir insup-

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