‹ Jerome Savonarole: d'après les documents originaux et avec des piècesChapitre 65 sur 195 · LIVRE II, CHAPITRE ÏII. U · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE ÏII. U

du carnaval furent remplacées par des fêtes religieuses qui ont une certaine importance historique, et dont il sera parlé plus bas.

Telle fut, en peu de mots, la réforme des mœurs qu'entreprit Savonarole. Il entra sans doute dans des détails minutieux ; mais il avait coutume de dire que négliger les petites choses n'est pas le moyen de bien faire les grandes. Il eut le tort grave de vouloir transformer une ville en un couvent, des citoyens en religieux , et, en les invitant à passer presque tout le jour à l'église, de les détourner du travail. L'homme ne vit pas seulement de pain, mais il vit aussi de pain, et comme on reprochait à Jérôme de trop oublier les nécessités de la vie physique et de faire des paresseux , il répondait qu'il n'avait jamais détourné personne du travail.

Mais le fond de sa doctrine n'en était pas moins qu'on gagne plus en priant qu'en travaillant de ses tiîains. Il eut en outre le tort de croire qu'il était possible de restaurer un passé déjà loin. En essayant de se faire à l'image des anciens chrétiens, les Florentins," qui ne pouvaient se pénétrer de leur esprit, crurent les avoir continués et reproduits ^arce qu'ils se soumettaient à quelques-unes de leurs pratiques. On ne remonte le cours de l'histoire que par un effort contre nature , et , lorsqu'on y a épuisé ses forces et son courage , on est entraîné par le courant plus vite que jamais. Savonarole avait tant monté l'imagination de ses partisans que lorsqu'il ne put plus soutenir leur foi par des prodiges ou même la suivre, il dut payer de sa vie leur désenchantement. Mais il eut la gloire d'avoir fait régner la vertu parmi eux, et, à la fin de l'année 1495, le triomphe de sa doctrine était si éclatant, que ses ennemis mêmes étaient obligés de le confesser, et ne pouvaient élever qu'un doute de mauvaise foi sur la cause et l'auteur d'une si grande réforme.

^iê VIE DE SAVONAROLE.

Page 1